‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 21 sur 108 · Ed. 1861, pp · texte numérisé non relu

Ed. 1861, pp

LES « SOUVENIHS GONFLS » DE JEANNE 33

Flodden, pour l'avertir vainement de ne pas livrer combat.

Les faits réels, pour ce qui est de Jeanne, sont les suivants. Vers le jour de l'Ascension, en mai 1428, la jeune fille est venue trouver Baudricourt, le capitaine de Vaucouleurs, et l'a prié d'envoyer un message à son roi. « Il faut, a-t-elle dit, que le Dauphin se tienne sur ses gardes, et n'offre point bataille à ses ennemis, et cela parce que (M. France omet de citer le mot « parce que ») Messire Dieu lui accordera secours à la mi-carème ! » — c'est-à-dire au mois de mars suivant, date où Jeanne devait arriver à Chinon et secourir la cause royale. Cette histoire nous est racontée par un témoin oculaire, Bertrand de Poulengy ', dont il n'y a absolument aucune raison de contester l'assertion faite sous serment. Le fabuleux Vavasseur, lui, n'a dit rien de pareil, et d'ailleurs n'a rien dit ni rien fait, n'ayant probablement jamais existé.

Une autre preuve prétendue de la mauvaise mémoire de Jeanne et de son inaptitude à « distinguer le vrai du faux », — une preuve infatigablement exploitée par M. France, — est l'allégorie sous laquelle l'accusée a imaginé de cacher, à son

I Procès, vol. Il, p. 4:')G.

procès, la nature A'éritable « du secret du roi w, ainsi que du « signe » (ju'elle a donné à ce prince. Cette allégorie, l'apparition d'un ange avec une couronne dans la salle encombrée de Chinon, n'était nullement le résultat d'une hallucination. Quicherat reconnaît expressément qu'il s'agissait là d'une image, d'une « sorte de fiction » [ficlio quœdam) ', suivant l'expression de Jeanne elle-même.

Mais M. France répond qu'il lui a paraît impossible » de s'accorder là-dessus avec Quicherat. Il déclare que Jeanne, étant libre et se trouvant en France -, « avait fait plusieurs récits merveilleux de couronnes, et dans l'un d'eux se représentait en la grande salle du château de Chinon, au milieu des seigneurs, recevant de la main d'un ange une couronne, pour la donner à son roi... Elle disait que cette couronne avait été envoyée à Reims pour le couronnement, mais qu'on n'avait pas pu l'attendre \.. Et les juges connaissaient toute cette histoire. »

A l'appui de son affirmation, M. France cite le Pfocès, vol. 1, j). 91. ]Mais, dans le passage

1. Noui'eaujr Aperçus, p. G4. Procès, vol. I.pp. 479 et suiv. vol. II, pp. 247-248.

Page 1