‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 22 sur 108 · Vol. 1, pp · texte numérisé non relu

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LES « SOUVEÎ^IRS CONFUS )) DE JEANNE 35

cité, Jeanne ne dit pas un mot au sujet de cette couronne qu'un ange lui aurait remise, et qu'elle aurait présentée au roi, à Chinon, On lui demande : « Est-ce que votre roi avait une couronne, lorsqu'il était à Chinon ?» A quoi elle répond : « Je crois que le roi a été content d'avoir la couronne qu'il a trouvée à Reims : mais une très riche couronne lui a été apportée dans la suite. Ce qu'il a fait (de se servir de la couronne qu'il trouvait dans le trésor de Reims), il l'a fait pour dépêcher plus vite l'accomplissement du sacre, à la requête du peuple de Reims, (jui désirait s'éviter le fardeau d'entretenir son armée ; mais, que s'il avait attendu, il aurait reçu une couronne beaucoup plus riche. — Avez-vous vu cette couronne ? — Je ne puis vous le dire sans me parjurer. Mais, si même je ne l'ai pas vue, j'ai entendu dire que c'était une très riche (îouronne. »

Au moment du sacre de Charles VII, une correspondance italienne a mis en circulation une certaine légende, des plus confuses, concernant l'évèque de Clermont, qui aurait caché une riche couronne, et ne se serait décidé à l'envoyer au roi qu'après avoir reçu de Jeanne une lettre où l'objet précieux se trouvait décrit. Et M. Lefèvre- Poatalis a supposé, avec grande vraisemblance,

que rauteur italien de la lettre avait voulu désigner non pas l'évèque de Clermont, — qui avait alors cessé d'être chancelier, — mais bien le chancelier nouveau, Regnault de Chartres, archevêque de Reims, renommé pour son avidité '. En tout cas, il n'est point douteux qu'une couronne, expédiée à Reims, y est arrivée trop tard, peut-être en compagnie du gros bagage de la Cour, comme Ta supposé Yallet de Yiriville -. Il est possible, aussi, qu'un secret de cour se soit rattaché à cette affaire. Mais, là encore, ce n'est qu'en altérant les textes et en citant des références sans valeur que le nouveau biographe réussit à convaincre Jeanne d'avoir manqué de mémoire. D'un bout à l'autre de son récit, voilà par quel singulier traitement des sources il prouve sa théorie de l'incapacité, presque continue, de la Pucelle, à « distinguer le vrai du faux » ■' !

Enfin je découvre, dans le livre de M. France, une autre imputation, — la dernière, — contre l'exactitude des souvenirs de Jeanne. Dans la parabole ou allégorie susdite, imaginée pour cacher la véritable nature du signe qu'elle a

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