‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 29 sur 108 · LA PRÉTENDUE INSPIRATION CLERICALE DE LA MISSION DE JEANNE · texte numérisé non relu

LA PRÉTENDUE INSPIRATION CLERICALE DE LA MISSION DE JEANNE

La mission de la Pucelle, d'après ses propres paroles, consistait à se rendre auprès de son roi, et à l'amener à Reims pour y être sacré. Cet objet de sa mission, elle l'a annoncé dès le mois de mai 1428. Dès ce moment, peut-être, elle se rendait compte que la mission aurait un caractère militaire : mais surtout elle s'en est rendu compte après le début du siège d'Orléans, en octobre 1428. Elle nous apprend, d'ailleurs, que, la première lois qu'elle a entendu ses voix, en 1424 ou 1425, celles-ci lui ont dit « d'être bien sage, d'aller souvent à l'église, et puis lui ont annoncé qu'elle aurait à se rendre en France ». A quoi elle a répondu qu'elle « n'était qu'une pauvre fille, ne sachant

ni monter à cheval ni conduire en bataille » *. Comment de telles idées lui sont-elles venues à l'esprit? Si nous nous représentons simplement Jeanne d'Arc comme une enfant pleine d'enthousiasme et de patriotisme, rien n'est plus naturel que de la concevoir s'abandonnant au beau rêve éveillé d'un avenir où elle réussira à sauver son pays. Cette capacité de rêve éveillé, durant Tenl'ance, n'a point de limites ; et plusieurs de nos poètes nous en ont laissé d'adorables images. Que si maintenant nous joignons à cela l'hypothèse ((ue les rêves de Jeanne, sous l'effet d'une particularité de sa nature intime, avaient le pouvoir de revêtir des formes objectives, et de lui apparaître incarnés dans des figures visibles, audibles, et tangibles, d'anges et de saints, l'aventure achève de perdre tout élément mystérieux, sauf pour ce qui est de l'extraordinaire précocité du courage et de la résolution de Jeanne, soutenus et confirmés en elle par sa foi à ses étranges visions. C'est là, dans la présence de ces qualités morales chez une humble créature de sa sorte, qu'est proprement le problème, ou, si l'on veut, le miracle de la vie de Jeanne. Et l'explication qu'elle en donnait elle-même, quelque

Page 1