‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 30 sur 108 · Procès, vol. I, pp. •'îa-j'j · texte numérisé non relu

Procès, vol. I, pp. •'îa-j'j

opinion que nous en ayons aujourd'hui, était la seule qu'il lui fût possible d'en donner : elle se considérait comme un simple instrument aux mains de Dieu, comme un émissaire ou un agent de la bonté céleste.

Mais la critique, dès le premier jour, n'a jamais consenti à admettre que Jeanne, en accomplissant sa tâche, eût obéi aux ordres que lui dictaient ses rêves d'enfant : probablement parce que les critiques ont oublié leur enfance, ou peutêtre parce que, dans leur enfance, ils ont manqué du don charmant de rêver. Dès les premiers jours, des hommes se sont trouvés pour soutenir que c'étaient des personnes d'âge qui avaient suggéré à Jeanne sa mission, et cela bien que l'on ait peine à comprendre que l'idée soit venue à un esprit mùr et sensé de choisir une petite paysanne ignorante, pour lui faire conduire les armées françaises.

Dès l'année i44o, neuf ans après la mort de la Pucelle, un poète français, Martin Lefranc, dans son Champion des Dames, nous rapporte l'opinion du sens commun d'alors sur la véritable origine de la mission de Jeanne. Ce sens commun, que le poète symbolise sous la forme d'un personnage nommé Court-Entendement, déclare que le peuple se laisse facilement tromper, et qu'il a

été trompé notamment par Jeanne d'Arc, qui était poussée en secret par des gens inconnus :

Pfeut pas aviser cette Sainte Aucun qui Orlyens arna.

Qui l'enhardy et enflamma, Et enseigna quelle diroit ?

Court-Entendement a appris que, dans sa première jeunesse, Jeanne avait chevauché comme page dun capitaine, avait porté armure, étudié le maniement des armes, et que, plus tard, elle avait faussement prétendu n'être qu'une 5//»pletle beigièi'e inspirée \

Sur ce dernier point, Court-Entendement s'est trouvé mal renseigné : mais son explication, légèrement modifiée, est celle que nous olire aujourd'hui M. France. Jeanne, suivant lui, a eu ses visions de saints dès lâge de treize ans : mais, pendantlongtemps, sessaintsluiontditsimplement d'être bien sage. Plus tard, un prêtre, ou des prêtres, ayant reconnu « le don qu'elle avait reçu de voir des choses invisibles au commun des chrétiens, ... ont préparé en elle unangélique défenseur au roi et au royaume de France »".

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