‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 4 sur 108 · COMMENT M. FRANCE « EXPLIQUE » JEANNE D ARC · texte numérisé non relu

COMMENT M. FRANCE « EXPLIQUE » JEANNE D ARC

Si nous en croyons le jugement d'historiens aussi savants et autorisés que Jules Ouicherat et Siméon Luce, — avec cela les moins suspects possible de tout parti pris religieux, — la carrière et le caractère de Jeanne d'Arc ont été merveilleux au plus haut degré. Mais c'est aujourd'hui une sorte d'axiome, pieusement entretenu par un grand nombre de personnes « éclairées »■,. que nul fait « merveilleux » ne saurait être tenu pour vrai jusqu'au jour où il se trouve dûment expliqué, et réduit aux proportions de la banalité coutumière.

Une explication de ce genre est, précisément, ce que M. France se flatte d'avoir tenté et accompli. Il nous dit, dans sa nouvelle préface, qu'il a « expliqué » Jeanne d'Arc, qu'il Fa « restituée à la vie et à la nature humaines », et

que l'explication qu'il nous en a offerte a toujours le mérite d'être « claire, naturelle, puisée aux meilleures sources, et fondée en raison ».

Je ne saurais naturellement, pour ma part, vouloir retirer Jeanne d'Arc de la « vie » non plus que de cette « humanité » dont elle est, à mes yeux, l'un des exemplaires à la fois les plus hauts et les plus complets. Mais encore est-il nécessaire de montrer que les explications de M. France sont aussi loin que possible d'être « claires », et que, au lieu d'être u puisées aux meilleures sources », trop souvent elles sont expressément en contradiction avec celles-ci.

M. France, d'ailleurs, emploie deux méthodes différentes pour « éclaircir » toutes choses; et ces méthodes, déjà, se contredisent l'une l'autre. La première consiste à nous représenter l'immense majorité des témoignages historiques comme étant sans valeur : et le fait est que, s'il en est ainsi, nous n'avons aucune preuve que les événements qu'ils attestent se soient produits sous la forme qu'ils nous décrivent. Mais l'autre méthode consiste, au contraire, à prêter aux témoignages historiques une signification qu'ils n'ont pas, à y découvrir des faits qui ne s'y trouvent pas contenus, et à traiter comme authentiques ces témoignages inexistants.

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