‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 45 sur 108 · LA FACILITE DE LA TACHE DE JEANNE · texte numérisé non relu

LA FACILITE DE LA TACHE DE JEANNE

Encore ne faut-il pas s'exagérer la faiblesse des Anglais. Durant la journée du 7 mai, du lever au coucher du soleil, un corps de 600 soldats anglais a défendu le fort de la tête du pont contre toute la masse disponible des forces françaises, — 5.000 assaillants, nous dit M. France^ — . Jusqu'au soir, cette poignée d'Anglais a combattu avec une ardeur merveilleuse ; en fait, son bel effort lui aurait assuré le triomphe si Jeanne n'avait point réussi à obtenir de Dunois qu'il commandât une nouvelle charge, alors que déjà, désespérant de vaincre, il avait sonné la retraite. En tête de cette charge dernière flottait l'étendard de la jeune fille blessée ; et les meilleurs et les plus braves le suivaient, stimulés par son appel et son exemple, à qui revient tout l'honneur du succès.

Ce fut avec leur dernier reste de force corporelle et d'ardeur combative que les troupes de la Pucelle défirent ce qui subsistait des valeureux Six Cents ; et puis, le lendemain, lorsque Talbot et Suffolk offrirent bataille en plein champ, ce fut encore sur le conseil de Jeanne, ce fut uniquement grâce à elle, que les capitaines français pri-

I. Le chroniqueur écossais l'ower, avec beaucoup de vraisemblance, évalue à 2.000 hommes l'efTectif de l'armée de renfort fran-

rent le très sage parti de se refuser au combat. Ce qui n'empêche pas M. France de nous dire que Jeanne « n'était jamais consultée ».

Non, certes, il n'y a eu rien de « facile «dans la tâche de Jeanne à Orléans ! Et le plus étonnant est que M. France nous prouve clairement cette vérité, dans le cours de son récit, exactement comme tous les autres historiens l'avaient fait avant lui : mais sa Préface nous le révèle, une fois de plus, ignorant ou ayant oublié le contenu de son livre !

Page 1