LES QUALITÉS MILITAIRES DE JEANNE D ARC
M. France se plaît à rejeter, — sans l'ombre de motif, et simplement parce qu'il les trouve embarrassants pour sa thèse, — les témoignages énoncés sous serment par les compagnons familiers de Jeanne, Dunois, Termes, Gaucourt, et d'Alençon, touchant les talents militaii-es de Jeanne. Il nous affirme que celle-ci, « toujours en prière et en extase », n'a jamais observé l'ennemi. Mais, là encore, il nous montre qu'il est prêt à émettre toutes les allirmations aussi bien (|iie toutes les négations, mémo par rapport aux faits les mieux établis, pour appuyer son système d' « explication » de la Pucelle.
Pas une fois, en effet, nous ne voyons que celle-ci ait été « en extase » ; et, quant à ce qui est de la « j)rière », nous savons seulement qu'un jour, à l'assaut des Tourelles, elle s'est
retirée à l'écart pour prier « pendant un demiquart d'heure » *, suivant l'expression de Dunois. Certes, ce n'est pas « aux meilleures sources » que M. France a puisé son image de Jeanne « toujours en prière, toujours en extase » : car les sources ne contiennent pas un mot où il puisse se référer. Les personnes « en extase » n'ont pas l'habitude de gravir la première échelle venue pour monter à l'assaut, ni de conduire les charges, ni d'observer le faiblissement du feu ennemi, comme l'a fait Jeanne aux Tourelles, ni d'exiger une dernière attaque et d'emporter le fort. De quelque côté que l'on se tourne en quête d'information, l'unanimité absolue des témoignages, amis ou hostiles, français, anglais, ou bourguignons, atteste que c'était Jeanne qui conduisait l'armée, et qu'elle la conduisait le plus bravement du monde.
M. France lui-même, d'ailleurs, l'atteste aussi, par moments. « Elle montrait le plus doux et le plus fier courage ; elle était plus vaillante, plus constante, plus généreuse que les hommes, et digne en cela de les conduire » -. Et pourtant, à une autre page du livre, nous lisons :