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elle aucune trace de ces idées mystiques, et qu'elle semble même incapable de les avoir jamais eues )). C est bien toujours la même « explication » de Jeanne : celle-ci n'était qu'une paysanne simple d'esprit, un jouet entre les mains des prêtres, incapable de comprendre leurs leçons et ne tardant pas à les oublier.
Mais, deux pages plus loin, comme je l'ai dit déjà, M. France est forcé de s'apercevoir que Jeanne pourrait bien n'avoir pas oublié les leçons de ses maîtres. Et, (certes, on comprend que le biographe s'en soit enfin aperçu : car la vérité est que jamais, durant toute sa vie, Jeanne n'a étalé aussi ouvertement ni aussi clairement qu'à Rouen sa conception spirituelle d'une royauté prêtée par Dieu en commende. Ses juges la pressaient de questions sans fin sur la nature de ce signe de sa mission quelle avait donné à son roi dès leur première rencontre ; et elle, sachant (|ue ce secret était un de ceux qu'elle n'avait pas le droit de révéler, s'est enfin décidée à répondre par une allégorie, où elle représentait un ange apportant à son Dauphin une couronne et s'agenouillant devant lui. Encore l'admirable fille, hors d'état de garder même sur sa conscience cette innocente perversion de la vérité, a-t-elle avoué, le dernier jour de sa vie, que
LA POLITIQUE DE JEANNE d'aRC 89
c'était elle qui était l'ange, que son récit n'était qu'une allégorie [ficlio)^ et que, naturellement, la « couronne » n'était rien d'autre que la promesse, apportée au roi Charles, d'une prochaine reprise de la France entière'.
Le i3 mars, devant ses juges, elle a déclaré que « le signe était celui que l'ange avait donné au roi, en lui remettant une couronne, » c'est-àdire celui qu'elle-même avait donné à Cliarles en l'assurant de la légitimité de son pouvoir royal, — et en lui disant qu'il régnerait sur la France entière, — ce qui était une prophétie parfaitement vraie. Elle ajoutait : « La couronne fut ensuite remise à l'archevêque de Reims, qui la tendit au roi en ma présence (cette fois, Jeanne veut parler de la couronne matérielle et du sacre de Reims). La couronne (matérielle) se trouve dans le trésor du roi... La couronne (ici, de nouveau, l'assurance de la légitimité) fut apportée dans la chambre royale à Ghinon... Cette couronne signifiait que le roi tiendrait le royaume de France... En l'apporlant au Dauphin, l'ange a rappelé èi celui-ci son exemplaire patience dans ses grandes tribulations », — c'est-à-dire que Jeanne, à Chinon, a rappelé à Charles la manière