Procès, vol. I. p. TQ
Jeanne ayant, très justement, prédit qu'elle serait blessée par une flèche, mais pas assez grièvement pour devoir renoncer à poursuivre le combat.
D'autres erreurs de traduction, et plus étonnantes encore se rencontrent tout au long du livre de M. France. Dans un petit passage de l'écrit célèbre de Gerson, on pourrait dire que chaque phrase traduite est un contresens. Un vers proverbial de Caton : Ai'hiiril iioslri non est qiLod quisque loquatur devient, chez M. France : « Nos arbitres, ce n'est pas ce que chacun dit ». Gerson écrit, à propos des faux bruits qui courent sur la Pucelle : Si niiilti niidta loqiiantur pro garr alita le sua et levitate^ aut dolosilate, aiit alio sinistro favore vel odio... ; ce que M. France interprète ainsi : « Si plusieurs apportent divers témoignages sur le caquet de Jeanne, sa légèreté, son astuce... » Dans la phrase suivante, Gerson rappelle le mot de Tapôtre : Non oporlet servuni Dei litigare ; et M. France traduit : « on ne doit pas mettre en cause le serviteur de Dieu'. »
I. Vol. I, p. '{Si-'JS'i. Ces trois «rontreseiis ont été signalés, avec beaucoup d'autres par le P. Ayroles, dans un intéressant article des Etudes du -lO avril i<)0<). Avouerai-jc que moi-même, dans ma biographie anglaise de Jeanne d'Arc;, j'avais traduit l'une des phrases susdites de la même façon que l'avait fait M. France, reprenant à mon compte sa plus grave erreur? Mca ma.runa (u///a.
C|8 L\ .]EA>'>'E d'arc DE M. ANATOLE FRANCE
C'est encore sur un contresens qu'est fondée FaiTirmation d'après laquelle « le mépris de Baudricourt ni les outrages de la garnison (de Yaucouleurs) n'ont ni humilié ni découragé la jeune fille » ^ Les « outrasses » d'une « o-arnison » entière, il y avait là, pourtant, de quoi « humilier » une enfant innocente. Mais ces « outrages » n'existent que dans l'imagination du biographe, reposant sur la fausse interprétation d'un passage latin qu'un collégien de sixième aurait traduit à vue d'œil ■.
Du moins cette erreur n'est-elle que comique : celle qui vient ensuite est beaucoup plus sérieuse. ^1. France nous dit comment Jeanne a été appelée devant l'Oflicial de Toul, sur la plainte d'un jeune homme qui l'accusait d'avoir manqué à une promesse de mariage. « Ce qui est étrange, dans le cas de Jeanne, c'est que ses parents lui donnèrent tort, et prirent le parti du jeune homme. Ce fut malgré leur défense qu'elle soutint son procès, et comparut devant l'Oflicial. Elle déclara plus tard que, dans cette aftaire, elle leur avait désobéi, et que c'était son seul manquement à la soumission (juelie leur devait » ''. Après quoi