I. Vol. II, p. 2(j(j
LA FORET DES ERREURS îii
Une telle prédiclion, exprimée dans de telles circonstances, alors que Jeanne n'avait pas encore été acceptée par son roi, ce serait pour nous, à coup sur, la confirmation décisive du postulat de M. France nous représentant la Pucelle comme une simple d'esprit. Mais à l'appui de la réalité de cette prédiction (pi'il attribue à Jeanne, M. France nous cite deux témoignages dont ni l'un ni l'autre ne contient un seul mot sur une prophétie de cette espèce'. M. France, une fois de plus, a rêvé qu'il lisait dans les sources une preuve nouvelle, tout imaginaire, de la stupidité, — non moins imaginaire, — de son héroïne !
Parfois, pourtant, ces hallucinations semblent se produire même dans les cas oii l'intérêt de sa thèse ne les réclame point. C'est ainsi qu'il nous raconte longuement une révolte des bourgeois d'Orléans le 3o avril, au lendemain de l'arrivée de la Pucelle. Or, les témoignages qu'il invoque, dans ce cas, ne nous disent rien de pareil. L'un d'eux, en vérité, mentionne une émeute à la date du 6 mai 1429 : mais le 6 mai n'est pas le 3o avril, et, d'ailleurs, celte affaire n'a
I. Vol. I, p. Jo.T. Les témoignages graluilement invoqués sont: la Chroiiiijuc de Jean Charlicr, dans le Procès, vol. IV, p. .'iJ, et \c Joiiriiat (lu Sic^c, ibid, vol. IV, pp. iv>.7-i2«).
aucun rapport avec la révolte dont M. France* a trouvé le récit dans des documents qui n'en font pas la moindre mention.
11 paraît, du reste, avoir un goût bizarre pour découvrir dans son imagination des querelles entre les bourgeois et les nobles. Il nous dit que, après la prise de Jargeau par Jeanne et d'Alençon, « les seigneurs gardaient tous les prisonniers pour eux », et que « les gens des communes, n'en obtenant point leur part, se mirent à tout assommer " ». En témoignage de quoi, il cite le Journal du Siège (VOrléans. Or, en fait, le massacre dont il nous parle est effectivement rapporté dans la CJiroiiiquedelaPucelle, et dans le Journal du Siège d'Orléans ^ : mais ni l'une ni l'autre de ces deux sources ne nous dit rien d'une querelle entre les nobles et les « gens des communes ». M. France gourmande sévèrement l'auteur de la Chronique de la Pucelle., car, dit-il, « on ne peut pas beaucoup vanter un faiseur d'histoires qui raconte deux fois les mêmes événements avec des circonstances différentes et inconciliables, sans paraître