I. Vol. 1. pp. X \i
■2. Vol. I. pp. JlS cl J-2I-J-2-2.
ii4 LA JEANNE D ARC DE M. ANATOLE FRANCE
des auteurs qu'il consulte, des arrangements de lettres dépourvus de toute réalité objective, et visibles seulement pour lui. Apercevant ces mots et ces phrases « hallucinatoires », il croit aux affirmations singulières qu'ils apportent à ses centres cérébraux supérieurs ; et ainsi il consigne lesdites affirmations dans son livre, et c'est parleur moyen qu'il nous offre son « explication » de la Pucelle. Après quoi, — de môme que font toujours les personnes « hallucinées », — il s'obstine dans sa croyance à ses visions, malgré toutes les dénégations de son entourage : et nulle correction du dehors ne réussit, par exemple, à ébranler sa certitude que telle ou telle assertion de Dunois, ou de Jeanne, ou d'un chroniqueur, se trouve réellement devant ses yeux, sur la page imprimée de la source oîi il puise. Si bien qu'il est parfaitement de bonne foi en nous renvoyant à cette source : mais pour nous, qui ne voyons sur les pages que ce qui y est réellement imprimé, force nous est de constater que la source en question ne contient pas les phrases « hallucinatoires ».
Encore le plus curieux est-il que ces choses imaginaires qu'il ne peut s'empêcher de découvrir dans ses sources tendent, presque toujours, à diminuer et à disc^réditer Jeanne d'Arc ! On
l'a VU déjà par de nombreux exemples : mais en voici un dernier que je me reprocherais de n'avoir pas relevé :
On sait que Jeanne possédait, et portait volontiers, la fameuse épée de Fierbois, dont elle nous dit qu'elle Ta trouvée enfouie près de l'autel, dans la chapelle de Sainte-Catherine. Elle avait aussi des lances, des poignards, une hache de combat, et les portait volontiers, bien qu'elle ne s'en servît jamais en bataille. Or, après la prophétie de sa prochaine capture, elle n'a plus voulu porter l'épée de Fierbois, et l'a remplacée par « une bonne lame pour l^outer de bons coups », — suivant ses propres paroles devant ses juges, — qu'elle avait eue d'un Bourguignon pris à Lagny (mai i43o). Mais M. France, lui, déclare à ce propos que « cette vierge qui naguère, dans les batailles, n'avait d'arme que son étendard, maintenant se servait d'une épée », et cela « soit que la vie des camps l'eût endurcie, soit plutôt qu'elle fût, comme toutes les extatiques, sujette à de brusques changements d'humeur » '.
Jeanne a bien dit à ses juges qu'elle portait son étendard, de façon à ne pas se servir de