‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 99 sur 108 · Procès, vol. 111, p · texte numérisé non relu

Procès, vol. 111, p

été ainsi, la révélation de ces secrets ne l'aurait point rempli de confiance et de joie.

Mais quel était donc ce secret communiqué par Jeanne ?

La jeune fille ne pouvait manquer de comprendre, dès le moment où elle avait entrepris sa mission et sollicité une escorte pour l'accompagner jusqu'auprès du Dauphin, que la difficulté véritable se produirait, pour elle, lorsqu'elle se trouverait en présence du prince. Gomment parviendrait-elle à lui persuader que son étrange projet de sauver la France en chevauchant à la tête d'une armée était autre chose que le vain rêve d'une enfant enthousiaste ? Comment réussirait-elle à obtenir de lui qu'il se fiât à elle ? Forcément, elle aurait à lui montrer ([uelque signe prouvant qu'elle possédait des pouvoirs plus que normaux, qu'elle était réellement a inspirée d'en haut ».

Avant même de quitter Domrémy, ou tout au moins avant de quitter Vaucouleurs, elle doit avoir exposé cette difficulté à ses Saints. Elle a raconté plus tard à ses juges que, pendant qu'elle était sur le point de s'en aller vers le roi, ses voix lui ont dit : « Va hardiment ! Quand tu arriveras en présence du roi, celui-ci obtiendra un signe certain qui le fera te recevoir et avoir croyance en toi » ^

Aussi bien les juges de Jeanne, tout au long du Procès, ont-ils été particulièrement désireux de savoir deux choses : i° comment elle a été capable de reconnaître son roi paruii la foule des courtisans, à Chinon ; et 2° quelle était la nature du signe qui a décidé Charles à la prendre au sérieux.

A la première de ces questions, Jeanne le jour qui suivit le début de son interrogatoire, répondit qu'elle avait reconnu le roi « par le conseil de ses Voix qui le lui

Page 1