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« Mais il Se peut que tu places tout ton espoir en ces héros dont tu siégé-îs entom-é. Ceux que tu as vaincus épars, tu crois que réunis tu les vaincras facilement encore. Mais tes troupes, ne le vois-tu pas? sont amoindries par la guerre et la disette, tandis que le nombre de tes ennemis s'accroît, et que i'Égypte s'allie aux Turcs et aux Persans.
« Penses-tu que le destin ait décidé que jamais le fer ne te pourrait vaincre? Je te l'accorde. Mais, le décret du ciel seraitil tel, vaincras-tu la famine ? Contre cette calamité quel refuge, pour Dieu ! quelle défense auras-tu ? Brandis contre elle ta lance, lire ton épée, et la victoire t'échappe encore.
« Dans la campagne, tout, aux environs a été brûlé et détruit parla main prévoyante des habitants, et, plusieurs jours avant ton arrivée, les fruits ont été portés dans la ville et dans ses hautes tours. Toi que ton audace a conduit en ces lieux, comment espères-tu noiurir hommes et chevaux? Tu diras: L'armée de mer y pourvoira. Ta subsistance dépend donc des vents?
« Peut-être aussi que ta fortune commande aux vents, les enchaîne et les délie à son gré; que la mer, sourde aux prières et aux lamentations, docile à ta voix seule, se soumet à ton vouloir? Ou encore tu t'imagines que notre nation, liguée avec les Persans et les Turcs, ne pourra pas réunir une flotte assez puissante pour l'opposer à tes vaisseaux.
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a 11 te faut, seigneur, double victoire pour tirer honneur de ton entreprise. Une seule défaite peut te causer une grande honte et un dommage plus grand encore. Si notre flotte défait la lionne, ton camp mourra de faim ; si tu e? battu toi-même, vainement tes vaisseaux seront victorieux. Lxxvm.
« Maintenant si, en de telles occurrences, tu te refuses à un traité de paix avec le grand roi d'Egypte, ta prudence.
pardonne cette francliise à la vérité, n'égale pas tes autres vertus. Mais veuille le ciel que tu changes de résolution, si tu penches pour la guerre, et qu'il en soit autrement. Que l'Asie se repose enfin de ses luttes, et toi-même jouis des fruits de la victoire.
« Et vous, compagnons de ses dangers, de ses fatigues et de sa gloire, que la faveur de la fortune ne vous enivre pas au point de vous avcnlm-er en de nouvelles guerres. Mais, tels que le nocher qui ramène aux ports souhaités ses vaisseaux échappés à la mer, rassemblez vos voiles éparses, et ne vous fiez pas de nouveau à une mer inconstante. »
Alète se tait. Un sombre murmure des héros suit son discours. On voit bien, à leurs gestes dédaigneux, combien chacun répugne à ces propositions. Bouillon promène trois ou quatre fois les yeux autour de lui, regarde au front ses guerriers, puis, reportant sa vue sur Alète, qui attend une réponse, il parle ainsi :
« Envoyé, tu as su nous dérouler avec art tes propositions tour à tour courtoises et menaçantes. Si ton roi m'aime et s'il loue nos actions, c'est une récompense que j'agrée, ainsi que ses sentiments. Quant à ce que tu nous annonces d'une guerre où le paganisme entier s'unirait contre nous, je te répondrai, selon ma coutume, librement et simplement. Lxxxn.
« Sache que tout ce que nous avons souffert sur les eaux et sur la terre, le jour et la nuit., avait pour unique but de nous ouviir une s'oie jusqu'à ces murs sacrés et vénérables, afin d'obtenir auprès de Dieu grâce et mérite, en les arrachant à une si cruelle servitude. Jamais, pour une si noble fin, il ne nous semblera dur d'exposer une gloire mondaine, notre vie et nos États.
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a Car ce ne sont pas des sentiments d'ambition ou d'avarice qui furent le mobile de cette entreprise, et qui nous y guidèrent. Que le Père céleste arrache de nos poitrines des vœux si coupables, s'ils sont en quelques-uns de nous i qu'il ne souffre
pas que nous soyons inCectés de ces doux poisons, qui tuent en séduisant; mais sa main, qui pénètre doucement les cœurs les plusdurs^ les adoucit et les embrase.
« C'est elle qui nous a inspirés, c'est elle qui nous a conduits au milieu des dangers et des obstacles ; elle aplanit les monts, dessèche les fleuves, enlève son ardeur à Tété, ses glaces à l'hiver. Elle apaise les ondes orageuses, elle déchaîne ou retient les vents. Par elle, les plus hautes forteresses sont ouvertes et détruites, par elle sont défaites et dispersées les armées.
« C'est d'elle que naît notre audace et notre espoir, non de ces forces fragiles et fatiguées, non de la flotte, non de tout ce que la Grèce nourrit d'hommes: non pas même des armes chrétiennes. Tant qu'elle ne nous abandonnera point, nous devons peu nous soucier que d'autres nous délaissent. Qui sait comment elle frappe et protège, ne cherche pas d'autres secours en ses périls
« Mais quand pour cause de nos erreurs, ou dans ses jugements impénétrables, elle nous retirerait son aide, qui de nous répugnerait d'avoir son tombeau aux lieux où furent ensevelis les membres de son Dieu ? Nous mourrons sans porter envie aux vivants ; nous mouiTons, mais nous ne momrons pas sans vengeance. L'Asie ne rira point de notre destinée, et nous n'aurons point de larmes pour nos morts.
« Ne crois pas cependant que nous évitions la paix comme l'on fuit et l'on redoute une guerre désastreuse; car l'amitié de ton roi nous plait, et il ne nous serait point pénible de nous unir à lui. Mais la Judée n'est pas soiunise à son empire, tu le sais ; pomquoi en prend-il donc un tel souci ? Qu'il ne nous empêche pas de conquérir les royaumes des autres, et que tranquille et heureux il gouverne le sien en paix. »
LXXXVUI.
Telle fut sa réponse ; elle allume au cœur d'Argant une rage poignante; il ne la peut dissim'^^^.r, La lèvre gonflée, il s'a- Yance \ers Godefroi et lui dit : « Qui ne veut de la paix aura