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11 blâme au nom du chef cet excès d'audace, et leur ordonne de se retirer incontinent. c( Revenez, leur dit il, ce n'est ni le lieu ni l'occasion de céder à vos colères ; Bouillon vous l'ordonne. » — A ces mots, Renaud se contient, lui, l'aiguillon des autres; mais il en frémit intérieurement, et plus d'un signe témoigne de son dépit mal dissimulé.
Les chrétiens se retirent sans que les ennemis troublent leur retraite. Le corps de Dudon n'est privé d'aucun des derniers devoirs. Ses fidèles amis en pleurs le portent sur leurs bras : fardeau cher et honoré. — Cependant Godefroi observe d'une éminence le site et les iorlifications de Jérusalem.
La ville est située sur deux collines d'inégale hauteir et opposées. Une vallée les partage au milieu, et les sépare l'une
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de l'autre. De trois côtés la pente est escî»:pe'e; le quatrième y mène par une montée insensible. Mais cette partie plane qui s'étend au nord est la mieux défendue par de très-hautes murailles.
Dans l'intérieur de la ville sont des citernes, des lacs et des sources vives. Mais au dehors la campagne environnante est dépouillée d'herbe, sans fontaines et sans ruisseaux. On n'y voit point fleurir de ces arbres au superbe et charmant ombrage qui bravent les rayons de l'été. Seulement, à une distance de plus de six milles, s'élève un bois aux ombres noires et funestes.
A l'orient, le Jourdain fortuné roule ses eaux illustres, et à l'occident s'étendent les rivages sablonneux de la Méditerranée. Vers le nord est Béthel, qui dressa des autels au veau d'or, et Samarie. Au midi, d'où les vents apportent les nuages orageux, est Bethléem, qui reçut en son sein le divin enfant,
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Or, tandis que Godefroi examine les hautes murailles, la position de la ville et du pays; qu'il cherche un emplacement où camper ; qu'il observe le côté du rempart le plus favorable à l'assaut,- Herminie le voit, et le montrant au roi païen : « C'est Godefroi, dit-elle, qui, sous ce manteau de pourpre, a une contenance si auguste et si royale.
« il est vraiment né pour l'empire, tant il sait l'art de régner et de commander. Le chevalier marche en lui l'égal du capitaine; il a tous les mérites de ce double emploi. Parmi tant de guerriers, je ne saurais t'en montrer un plus courageux ou plus sage. Raimond au conseil, Renaud et Tancrède dans les batailles, le peuvent seuls égaler. »
Le monarque païen lui répond : « Je le connais bien ; je l'ai vu en France, à cette cour superbe où j'étais ambassadeur d Egypte. Je l'ai vu manier la lance dans les tournois, et, quoique le duvet des jeunes années ne lui couvrît pas encore le menton, déjà ses paroles, ses actes et son air étaient le présage de hautes espérances.
« Présages, hélas ! trop bien réalisés ! » — Alors Aladin troublé baisse les yeux, puis, les relevant, il demande à Herminie : « Quel est ce guerrier qui porte une cotte d'armes couleur de feu, et qui semble l'égal de Godefroi? Qu'il lui ressemble de figure, quoique d'une taille inférieure ! — C'est Baudoin, répond-elle; on reconnaît bien à ses traits qu'iî est son frère, mais mieux encore à ses actions.
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a Maintenant regarde, de l'autre côté de Godefroi, ce guerrier qui semble lui donner des conseils. C'est Raimond, dont je t'ai vanté la prudence. Il est vieux et blanchi, mais nuautre, Latin ou Franc, ne sait mieux que lui tramer une ruse de guerre. Un peu plus loin, celui dont le casque est d'or, c'est le bon Guillaume, fils du roi d'Angleterre. Lxni.
« Guelfe est avec lui. Émule de toute action généreuse, ii est de noble race et occupe une haute position. Je le reconnais bien à ses larges épaules, à sa poitrine bombée. Mais, au milieu de ces escadrons, je ne puis revoir mon grand ennemi, et pourtant je l'y cherche. Je veux dire l'homicide Boëmond, le destructeur de ma royale famille. »
Ainsi conversent Aladin et Herminie. — Cependant Godefroi, qui a tout examiné, descend vers les siens. Convaincu qu'on attaquerait en vain la place du côté des hauteurs, il fait dresser les tentes contre la porte du nord, dans la plaine qui l'avoisine. Et de là, en les prolongeant, il fait placer le reste au bas de la tour qu'on nomme Angulaire.
Le camp cerne ainsi presque le tiers de la ville. On n'aurait pu, tant elle est vaste, l'entourer complètement. .Mais toutes les voies par où il peut venir du secours. Bouillon tente an moins de les fermer, et fait occuper les passages qui mènent à la ville et qui eu ramènent.
11 ordonne que les lentes soient munies de fossés profonds et de tranchées pour les défendre, d'une part^ des sorties de la ville, de l'autre des attaques de l'étranger. — Quand il a
terminé ces travaux, il se rend près du corps de Dudon. Le brave capitaine repose au milieu d'une foule triste et éplofée.
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Des amis fidèles ont orné d'une grande pompe le cercueil où le héros est couché. Dès que Bouillon paraît, la foule redouble ses larmes et ses sanglots ; mais lui, d'un front sans trouble comme sans sérénité, commande à sa douleur et se tait. Il reste quelque temps les yeux fixés sur le cercueil, puis enfin il prononce ces paroles :
Lxvin.
(t On ne devrait ni te plaindre ni te pleurer ; car, si tu meurs au monde, tu renais dans le ciel, et aux lieux où tu quittes ta dépouille mortelle, tu laisses des traces profondes de ta gloire. Tu as vécu comme un guerrier pieux et chrétien, tu es mort de même. Réjouis-toi maintenant; repais de Dieu tes regards affamés; âme bienheureuse ! tu as la couronne et la palme de tes belles actions.
c( Vis donc heureuse ! c'est notre sort et non le tien qui nous excite aux larmes, puisqu'en te perdant, nous perdons en toi une si digne et si grande part de nous-mêmes. Mais si ce que le vulgaire appelle la mort nous a privés de ton aide siu" la terre, tu peux à cette heure nous obtenir l'appui de Dieu, puisqu'il t'accueille parmi ses élus.
« Mortel naguère, tu employais à nous défendre tes armes mortelles ; nous espérons maintenant, esprit divin, te voir combattre avec les armes redoutables du ciel. Daigne écouter désormais les prières que nous t'adresserons, et nous secourir en nos maux; annonce -nous la victoire. Les vœux que nous t'amons ff .ils, au jour du triomphe nous les acquitterons dans le temple . »