CHANT CINQUIÈME
Tandis que l'insidieuse Armide attire ainsi les cnevaliers dans son amour, qu'elle compte non seulement sur les dix qui lui sont promis, mais espère en emmener clandestinement d'autres, Godefroi songe à nommer le chef de la douteuse expédition qu'elle doit guider : le nombre des Aventuriers, leur mérite et l'empressement de tous, le jettent dans l'incertitude.
Mais, dans sa prudence avisée, il décide enfin qu'ils choisiront un des leurs, à leur gré, pour successeur au magnanime Dudon, et le choix des dix aura lieu sous ce nouveau chef. Ainsi nul ne pourra se plaindre de lui, et il aura manifesté la juste considération qu'il a pour ce corps d'élite.
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Il les appelle donc, et leur dit : « Mon sentiment vous est connu; il n'était pas de refuser tout secours à cette femme, mais de le lui donner en temps opportun. Je vous le propose de nouveau; cet avis pourrait bien à cette heure obtenir votre assentiment, car, en ce monde léger et variable, la constance est souvent dans la mobilité des résolutions.
« Mais si vous croyez encore qu'il sied mal à votre rang de déserter un péril ; si votre généreuse audace dédaigne ce conseil, comme trop timide à ses yeux, je ne vous retiendrai pas de force, etje ne viens pas maintenant retirer mes concessions. Que le frein de mon empire soit pour vous ce qu'il doit être, lent et doux à réprimer.
« Donc, restez ou partez, selon qu'il vous plaira ; j'y consens. Mais je veux qu'auparavant vous nommiez à Dudon un successeur qui vous ait sous sa garde, et qui choisisse parmi vous les dix à son gré. Qu'il ne dépasse point ce nombre, c'est en cela seul que je me réserve l'autorité suprême ; powr le reste, sa décision ne sera point esclave de la mienne. »