‹ La Jérusalem délivrée, suivie de L'AminteChapitre 26 sur 114 · HO LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE · texte numérisé non relu

HO LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE

nourrir tant de mcnde, au milieu de la disette? comment s'opposer à la flotte ? comment châtier et soumettre les pillards arabes?

Mais, d'autre part, une espérance meilleure encourage et rassure les assiégés ; car, outre les vivres recueillis, d'autres provisions leur arrivent à la faveur des ombres. Ils ont muni d'armes et d'instruments de guerre les murs du nord, qui par leur élévation accrue, leur solidité, leur épaisseur, ne semblent redouter ni assauts ni secousses.

Le roi fait sans relâche exhausser les murailles et fortifier les tours, soit que le soleil d'or resplendisse, soit que les étoiles et la lune éclairent le ciel de la nuit. Toujours les ouvriers suent et se fatiguent à fabriquer de nouvelles armes; mais, au milieu de ces préparatifs, Argant^ dans son impatience, aborde Aladin et lui parle ainsi :

« Jusque^ à quand nous tiendras-tu captifs en ces murs, avilis par un siège sans fin? J'entends bien crier les enclumes, j'entends le bruit des casques, des boucliers et des cuirasses, mais je n'en vois pas l'usage ; et ces voleurs parcourent à leur gré lis campagnes et les bourgades, et pas un de nous ne s'oppose à leurs courses, pas une trompette ne les arrache au sommeil.

« Leurs joyeux festins ne sont jamais ni troublés ni interrompus ; ils coulent également tranquilles et en repos de longs jours et de longues nuits. Et vous, les revers et la faim vous contraindront à vous livrer vaincus, ou à mourir ici comme des lâches, si le secours d'Egypte tarde encore.

« Pour moi, je ne veux pas qu'une mort obscure et hoï> teuse ensevelisse mes jours dans l'oubli ; je ne veux pas qu'au jour nouveau la lumière du soleil me surprenne enfermé der-

CHANT VI. m

rière ces portes. Que le destin dispose de mes jours comme il est écrit là-haut, mais je ne périrai pas du moins sans combat- *je, r^ans gloire et sans vengeance.

•( Si pourtant toute étincelle de ton antique valeur n'était pas éteinte, j'aurais espoir, non de mourir les armes en main et avec honneur, mais de revenir vivant et victorieux. Allons ensemble au-devant de l'ennemi et du destin. Il arrive souvent qu'en des périls e.\trêmes, les plus audacieux conseils sont les meillem's.

vu,

« Mais si tu ne te fies pas â mon audace, si tu n'oses .sortir avec toutes tes troupes, fais du moins que par deux combattants soit vidée cette grande querelle. Et pour que le chef des Francs accepte plus volontiers notre défi, qu'il ait le choix des armes et du terrain, qu'il fixe à son gré les conditions du combat.

vui.

« Si ce rival n'a que deux bras et une seule âme, quelqun audacieux et intrépide qu'il soit, tu ne dois pas craindre qu'un revers ti'ahisse la cause dont j'aurai la défense. Ma main, en dépit du sort et de la fortune, peut te donner une victoire complète. Je te la présente elle-même en gage ; repose -t'en sur elle, et ton royaume est sauvé. »

Il se tait, elle roi lui répond : « Jeune homme ardent, quoique tu me voies appesanti par la vieillesse, ces mains ne sont pas si tardives à saisir le fer, ni cette âme si méprisable, que je préférasse une mort ignominieuse à un trépas illustre et magnanime, si j'avais quelque crainte des désastres et de la famine que tu m'arinonces.

« Que Dieu me préserve d'une telle infamie ! mais je veux incontinent te révéler un secret que je cache à dessein. Soliman de Nicée, qui désire venger les outrages qu'il a reçus, a rassemblé du fond de la Libye les bandes errantes des Arabes ; il compte attaquer l'ennemi dans les ténèbres^ et nous apporter du secours et des vivres.

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« 11 ne peut longtemps tarder. Qu'importe, en attendant, qu'on s'empare de nos châteaux, si je conserve le manteau royal et le siège de mon empire ? Toi, par le ciel ! modère un peu ces emportements et cette bouillante ardeur; attends une occasion favorable pour ta gloire et ma vengeance. » xu.

Le superbe Sarrasin s'indigne, lui, l'ancien rival de Soliman; il ne peut entendre, sans un dépit amer, le roi placer tant d'espoir en lui. «Tu feras à ton gré, seigneur, lui répondil, la guerre et la paix; je ne t'en parlerai plus. Temporise donc, et attends Soliman; lui qui a perdu son royaume, défendra le tien.

xm.

« Qu'il vienne à toi, comme xin messager céleste, libérateur du peuple païen. Quant à moi, qui pense me suffire à moimême, je ne veux de liberté que de ce bras. Maintenant^ dans le repos général, qu'il me soit permis de descendre guerroyer dans la plaine. Simple chevalier, et non ton défenseur, je lutterai contre les Francs dans un combat singulier. »

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