XIV
Le roi lui répond : «Tu devrais réserver et ta colère et ton épée pour un meilleur usage ; défie cependant, s'il te plaît, quelque guerrier ennemi. » — A ces mots, Argant sans retard : « Va, dit-il à un héraut, descends là-bas dans la plaine, et au général des Francs, en présence de son armée, fais connaître mes propositions.
« Dis qu'un chevalier, qui dédaigne de se tenir caché dans une ville ceinte de murailles, désire montrer sa valeur les armes à la main, et que, pour preuve, il est disposé à se battre en duel dans la plaine qui sépare le camp de la ville, et qu'il délie celui des Francs qui a le plus de foi en son courage.
« Que non-seukment il est prêt à se mesurer avec un et deux guerriers du camp ennemi, mais qu'après un troisième, il en accepte un quatrième et un cinquième, de sang noble ou vulgaire ; qu'il demande une sauvegarde, et que, selon les lois de la guerre, le vaincu sera l'o-sclave du vainqueur. » — Tel
est son ordre. Le héraut revêt alors sa cotte d'armes d'or et de pourpre.
Arrive en présence des barons et du prince Godefroi : « Seigneur, dit-il, un héraut d'armes peut- il parler librement parmi vous? — Tu le peux, répond le capitaine franc ; expose sans nulle crainte ton message. — On verra tout à Theure, poursuit le héraut, si ma haute mission doit plaire ou effrayer. » xviu.
Puis, continuant, il expose le défi en termes pt.mpeux et hautains. Le frémissemeut, l'indignation difi cee héros éclatent à cqs paroles ; et Godefroi iîaus hésiter : «: Ce chevalier, répond-il, entreprend une rude tâche ; je veux siroire qu'il aura promptement à s'en repentii', et qu'il ne sera pas besoin qu'un cinquième entre en lice.
« Mais qu'il vienne en faire l'épreuve. Je lui offre un champ libre où il n'a point d'insulte à craindre. Un de mes guerriers combattra sans avantage contre lui; j'en fais le serment. » — Il se tait, et le héraut d'armes retourne sur ses pas, et vole porter la réponse au fier Circassien.
«Arme-toi, puissant seigneur, dit-il; que tardes-tu? Les chrétiens acceptent le défi, et les moins braves sont aussi désireux de lutter contre toi que les plus intrépides. J'ai vu mille regards menaçants, mille mains disposées à tirer le glaive. Leur chef t'accorde un lieu sûr. » Il dit, et Argant demande ses armes.
Il s'en couvre, impatient de descendre dans la plaine. Le roi dit à Clorinde : « 11 n'est pas juste qu'il parte et que tu demeures. Prends donc mille de nos gens pour le défendre, et suis-le; qu'il aille seul au combat, mais toi, place ta troupe à quelque distance. »
xxu.
11 dit ; — et quand les soldats sont armés, ils sortent de la Tille. Argant marche le premier, à cheval et couvert de son armure accoutumée. Entre les murs et le camp il est un lieu