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a Ou s'il m'avait de sa main ouvert la poitrine et percé de nouveau le cœur, les coups de son épée auraient au moins guéri de la sorte les blessures de l'amour. Maintenant mon àme et mon corps reposeraient en paix, et peut-être le vainqueur aurait-il honoré mes cendres de quelques larmes et d'un tombeau.
« Mais, malheureuse ! je désire une chose impossible et je m'abandonne à de folles pensées. Je resterai donc ici pleurante et timide comme une femme vulgaire ? Ah ! je n'y resterai pas. Aie confiance et ose, ô mon cœur ! Pourquoi, moi aussi; ne prendrais-je pas une fois les armes? Pourquoi ne pouiTais-je les supporter quelque temps , bien que je sois délicate et débile ?
a Oui, je le pourrai. L'amour me rendra forte, lui qui donne un grand courage aux plus timides. Poussés par lui, les cerfs craintifs s'arment, parfois d'audace et combattent. Mais je ne songe point à combattre ; je veux seulement, avec ces armes, produire une illusion : je veux passer pour Clorinde, et, à la faveur de cette ressemblance, je suis certaine de sortir.
LXXXVUI.
« Les gardiens des portes n'oseraient lui faire aucune résistance. J'ai beau penser, je ne vois pas d'autre moyen. Cette voie-là seule m'est ouverte, je le crois. Favorise maintenant mes ruses innocentes. Amour qui m'inspires, et toi aussi Fortune ! L'heure est bien propice à mon départ, puisque Clorinde est encore auprès du rc^. »
Son dessein est résolu. Aiguillonnée par les fureurs de l'amour, sans plus attendre, dans son appartement, voisin de celui-là, elle porte en hâte les armes dérobées. Elle le peut aisément faire, car à son entrée chez son amie tout le monde se retira, et elle demeura seule. La nuit, d'ailleurs, voile son larcin, la nuit, complice des voleurs et des amants.
Herniinie, voyant le ciel, parsemé de quelques étoiles, devenir plus noir, appelle en secret, sans plus de retard, son fi-
dèle écuyer et la plus chère de ses femmes. Elle leur découvre en partie ses desseins, elle leur contie son projet de fuite, mais elle feint qu'un autre motif la contraint de partir, Le fidèle écuyer prépare soudain ce qu'il croit nécessaire. Herminie, cependant, dépouille la robe pompeuse qui lui dt^scend jusqu'aux pieds, et sans ornement elle est encore belle. Son agilité surpasse toute croyance ; hormis la compagne choisie pour sa fuite, personne ne l'aide à s'armer .
Le dur acier presse son cou délicat qu'il offense, et sa chevelure dorée. Sa tendre main s'arme du bouclier, fardeau beaucoup trop pesant pour elle. Ainsi couverte de fer, elle resplendit et cherche à se donner une attitude martiale. L'Amour, présent à ces dispositions, s'en réjouit, et rit en luimême comme le jour qu'il vit Alcide en habits de femme, xcm.
Oh ! qu'elle porte avec fatigue ce poids accablant, et que sa marche est lente! Elle s'appuie sur sa fidèle compagne, qui la précède pour la soutenir; mais l'espoir et l'amour la raniment et donnent la vigueur à ses membres abattus. Elles arrivent enfin au lieu où l'écuyer les attend, et sautent en hâte à cheval.
Ainsi déguisés, ils partent, et prennent à dessein la voie la plus secrète et la plus détournée. Ils font pourtant plusieurs rencontres et voient de toutes parts le fer étinceler dans les ténèbres. Mais personne n'ose leur fei-mer le passage, et chacun leur cède le chemin, car cette Wanche armure et cette enseigne redoutée sont reconnues même dans l'ombre.
Herminie, quoiqu'un peu moins inquiète, ne marche pourtant pas sang alarmes ; elle craint qu'on ne finisse par la reconnaître, et elle s'effraye de sa trop grande audace. Arrivée à la porte, elle dissimule sa frayeur et trompe le gardien : «.Je suis Clorinde, dit-elle, ouvre la porte; le roi m'envoie où il
importe que j'aille. »
Cette voix de femme, semblable à celle de ia guerrière, se
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coude rillusion. Qui aurait cru voir en armes et à clieval celle qui ne sait pas manier le fer? Le portier obéit sur-le-champ; elle sort en hâte et sa suite avec elle. Pour leur sûreté, ils ^'enfoncent dans les vallons et prennent d'obliques détours,
Mais quand Herminie se voit dans un lieu solitaire et profond, elle ralentit un peu sa course. Les premiers périls lui semblent passés ; elle n'a plus désormais à redouter qu'on la retienne. Alors elle songe à ce qu'elle n'avait pas d'abord pensé, et elle se représente l'accès du camp plus difficile qu'il ne lui était apparu dans l'empressement de ses désirs, xcvui.
Elle voit maintenant que c'est une grande imprudence d'aller, sous un costume militaire, au milieu de ces fiers ennemis. Elle voudrait, d'un autre côté, ne se découvrir à personne avant d'arriver jusqu'à son seigneur. Amante mystérieuse et inattendue, elle désire, sans péril pour son honneur, pénétrer jusqu'à lui. Elle s'arrête, et, plus sagement inspirée, elle dit à son écuyer fidèle :
xax.
« Il faut que tu me devances, mais sois prompt et discret. Va au camp, fais-toi guider et introduire auprès de Tancrède ; dis-lui qu'ime femme venant lui apporter sa guérison demande la paix, — la paix, puisqu' Amour me fait une guerre qui doit opérer son salut et mon soulagement ;
Qu'elle a en lui une foi si vive et si certaine, qu'elle ne redoute, en son pouvoir, ni affronts ni dédains. — Ne dis ces choses qu'à lui seul, et s'il t'en demande davantage, feins d'ignorer, et hâte ton retour. Moi, je resterai en ce lieu qui me paraît sûr. » Ainsi parle Herminie, et son fidèle serviteur s'é* loigne aussi rapide que s'il avait des ailes.
Il sait si bien agir, qu'il est favorablement accueilli sous les tentes chrétiennes. On le conduit au héros qui, gisant sur sa couche, reçoit ce message d'un front joyeux. L'écuyer, le laissant en proie à mille pensées incertaines, va reporter à Herminie une agréable réponse : elle peut entrer dans !<» camp, et y demeurer autant que possible, inconnue.
m LA JERCSALEM DÉLIVRÉE.