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Mais elle, qui dans son impatience trouve lent et plein d'enmii tout retard, compte en elle-même les pas de son écuyer : « Il arrivb maintenant, dit-elle, maintenant il entre, il duit maintenant retourner. « 11 lui semble, et elle se plaint qu'il est moins alerte que d'ordinaire. Enfin elle s'avance, et gravit une hauteur d'où elle découvre les premières tentes. -
cm.
La nuit régnait, et son brillant voile étoile se déployait sans aucun nuage ; la lune naissante répandait ses rayons et une rosée de perles vives. La dame énamourée converse de ses feux avec le ciel, et rend les camjKHgnes muettes et ce silenc-S ami confidents de ses amours.
Puis, portant ses regards sur le camp, elle s'écrie : « Oh ! vous êtes belles à mes yeux, tentes latines ! 11 vient de vous un souffie qui me réjouit et me ranime en vous approchant. Ah ! si le ciel destine quelque repos à ma vie malheureuse, je n'irai le chercher qu'en vous seules ! Il me semble que je ne puis trouver de paix qu'au milieu des armes.
« Recevez-moi donc, que je trouve en vous cette pitié que n'a promise l'amour, cette pitié que prisonnière j'ai trouvée jadis en mon généreui vainqueur. Ce n'est pas le désir de recouvrer par votre appui mon rang royal qui m'amène ; quand je n'en jouirais jamais plus, je m'estimerais encore hem-euse s'il m'est permis de servir sous vos lois. »
En parlant ainsi, elle ne prévoit pas ce que la fortune einemie lui prépare. Elle était sur une hauteur où les rayons célestes tombent d'aplomb sur ses armes. L'éclair qui en jaillit se mêle à la blancheur de son armure, et le grand tigre d'argent gravé sur son casque res'^lendit au point que chacun dit : « C'est elle ! »
Sa destinée veut qu'assez près de là des guerriers aient été mis en sentinelles. Deux frères latins, Alcandre et Polypherne, en sont les chefs, et sont là pour empêcher que des troupeaux
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ne soient introduits dans la ville. Si l'éciiyer leur e'chappa, ce it par son éloignement et la rapidité de sa course.
Le jeune Polypherne, dont le père expira sous les coups de Clorinde, voyant cette armure blanche et gracieuse, ne doute point que ce ne soit la guerrière et excite contre elle ses troupes en embuscade. Soudain frémissant dégage : a Tu es morte ! » crie-t-il en sa colère insensée ; et il lui lance un javelot inutile.
Telle la biche altérée se met en quête d'eaux vives et brillantes; ; elle découvre une belle fontaine qui distille d'un rocher, ou un fleuve qui coule entre des rives ombreuses; mais si elle rencontre les chiens au moment où, à l'ombre et dans les eaux, elle va rafraîchir son corps fatigué, soudain elle fuit, et l'effroi lui fait oublier sa fatigue et sa soif j
ex.
Telle Herminie croyait étancher la soif d'amour dont son cœur malade est dévoré ; elle croyait reposer dans le gracieux accueil de Tancrède son âme souffrante ; mais, au bruit du fer et des menaces, elle renonce à ses premiers désirs, et, craintive, éperonne son rapide coursier.
ou.
Elle fuit, l'infortunée ! et son cheval touche à peine au sol. La suivante fuit également. Polypherne et beaucoup d'autres guerriers se lancent à leur poursuite. Cependant le fidèle écuyer arrive avec la tardive nouvelle; il cherche ses traces incertaines, et la frayeur les disperse dans la campagne. cxu.
Mais le sage Alcandre, qui a également vu la fausse Clorinde, ne veut pas la poursuivre, étant moins prèe d'elle, et se maintient à son poste. 11 envoie annoncer au camp qu'on n'a vu ni bœufs, ni moulons, ni aucune proie semblable, mais que Clorinde effrayée est poursuivie par son frère, cxiu.
On ne peut croire, la raison s'y oppose, qu'un tel chef (car Clorinde n'est pas une simple guerrière) soit sorti en un tel moment pour un léger motif; que Bouillon en juge et ordonne ; qu'il fera tout ce qui sera commandé. — Cette nouvelle ar-
live au camp, el le premier bruit s'en répand sous les tentes
jatines.
Tancrède, le cœur en éveil par le premier message, pense en apprenant celui-ci : « Ah ! sans cloute elle venait à moi en consolatrice, et c'est pour moi qu'elle est en péril !» — Il n'en pense pas davantage; il^rend une partie de sa loiu'de armure, monte à cheval, s'échappe en silence, et, suivant les indices et les traces nouvelles, il s'élance à toute bride.