‹ La Jérusalem délivrée, suivie de L'AminteChapitre 34 sur 114 · LXIX · texte numérisé non relu

LXIX

« Ah ! si j'avais dix autres guerriers pleins de jeunesse, et d'une valeur égale à la tienne, je triompherais assurément de la superbe Babylone, et l'étendard de la croix se déploierait de la Bactriane à ïhulé. Mais cède aujourd'hui, je t'en conjure. Conserve-toi pour de plus nobles travaux, plus dignes de ta vieillesse. Permets que je mette dans une urne le nom des autres, et que le hasard décide.

« Ou plutôt que Dieu seul soit juge, lui dont les volontés sont obéies par la Fortune et le Destin, ses ministres et ses esclaves, » Mais Raimond ne se désiste pas de son desseir ; il veut que son nom soit également inscrit. Godefroi recueille les billets dans un casque ; il les mêle, il les agite, et sur le premier qui sort se lit le nom du comte de Toulouse

€e nom est salué d'un cri de joie, et personne n'ose blâmer îe Destiii. Le vieillard a le front et le visage rayonnants d'une fraîche vigueur ; il semble rajeunir comme le serpent qui, fier de sa peau nouvelle et de l'or dont il éclate, se lisse aux rayons du soleil. Mais Bouillon applaudit plus que tout autre à ce choix ; il lui annonce la victoire et l'en félicite.

LXXH.

Et prenant à son côté son glaive, il le lui présente en lui disant : « C'est l'épée dont le rebelle Saxon se servait d'ordinaire dans les combats ; je la lui arrachai de vive force, et lui ôtai en même temps une vie souillée de mille crimes. Elle fut toujours victorieuse dans mes mains ; prends-la , et qu'elle soit maintenant aussi heureuse dans les tiennes. »

LXXUI.

Cependant le fier Sarrasin, impatient de ce retard, brave les chrétiens et leur crie : « 0 nation invincible, ô peuples guerriers d'Europe, un seul homme est là qui vous défie. Qu'il vienne maintenant ce formidable Tancrède, s'il a tant de confiance en sa valeur; ou veut-il, couché sur la plume, attendre encore la nuit qui l'autre fois l'a secouru ?

« Qu'un autre vienne, si celui-là tremble. Venez ensemble et par bandes, cavaliers et fantassins, puisque, parmi tant de troupes, il n'est pas un seul homme qui ose combattre seul à seul avec moi. Voici le sépulcre ou repose le fils de Marie. Que n'avancez-vous donc? Que n'acquittez-vous vos voeux? Voici la route : pour quelle plus grande occasion réservez- vous l'épée? »

C'est par de tels sarcasmes que le barbare Sarrasin les blesse comme à coups de fouet. Mais Raimond s'embrase plus que tout autre à ses paroles et n'en peut souffrir l'outrage. Son courage aiguillonné devient plus terrible et s'anime ai' feu de la colère. Il renverse les obstacles et presse les flanc? de son coursier, rapide comme l'aigle dont il porte le nom.

Il naquit aux bords du Tage, où parfois la cavale, dans l'amoureuse saison qui réveille au cœur de naturels désirs.

tourne au vent sa bouche béante, recueille les semenois de la fécondante haleine, et par la puissance de ces souffles attiédis (ô merveille!) conçoit et devient mère.

On dirait qu'Aquilin est né de Tair le plus subtil qu'on respire sous le ciel. Il est si léger, qu'on le voit courir, caracoler, bondir à droite et à gauche, sans laisser sur l'arène l'empreinte de ses pas. Monté sur ce coursier, le comte vole au combat, et levant les yeux au ciel :

« Seigneur, dit-il, toi qui, dans la vallée de Térébinthe, dirigeas contre l'impie Goliath un bras sans expérience, et fis périr le tyran d'Israël sous le premier coup de fronde d'un jeune homme, fais que ce félon soit ainsi frappé et vaincu par moi, fais qu'un débile vieillard humilie présentement l'orgueil, comme un débile enfant l'humilia jadis. »

Ainsi prie le comte, et ces prières, inspirées par une foi vive en Dieu, volent aux sphères célestes, comme le feu monte au ciel par sa nature. Le Père éternel les accueille, et parmi les milices immortelles choisit un ange qu'il commet à la garde de Raimond, et qui saura l'arracher, sauf et vainqueur, des mains de cet impie.

r/est l'ange élu jadis par la sage Providence pour veiller sur Raimond depuis les premiers jours de son pèlerinage terrestre Maintenant que le roi du ciel l'a de nouveau chargé de sa dé-^ fense, il monte au roc élevé où reposent toutes les armes de la céleste milice.

LXXXl. ,

Là se conservent la lance qui perça le serpent, et les grands trait? qui foudroient, et les traits invisibles qui portent aux nations les pestes affreuses et les autres maux. Au sommet est suspendu le redoutable trident, la terreur première des infortunés mortels, quand il ébranle les vastes fondements de la terre et renverse les cités.

On voit, parmi les autres armes, resplendir un bouclier di' plus pur diamant, immense, et qui peut couvrir toutes lea

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nations et tous les royaumes situés entre le Caucase et l'Atlas. C'est par lui que sont délendus d'ordinaire les princes justes, les ^ille^ chastes et saintes. L'ange le prend, e^ vole en secret auprès de Raimond.

LXXXHl.

Cependant les murailles sont couvertes d'une foule innombrable, et Aladin envoie Clorinde avec beaucoup de gens armés, qui se postent à mi-côte delà colline. De l'autre côté, quelques troupes chrétiennes se rangent en ordre de bataille, et un vaste terrain vide reste aux deux champions entre les deux camps.

LXXXIY.

Argant regarde, et voit, au lieu de Tancrède, un guerrier inconnu. « Celui que tu cherches, lui dit le comte en s'approchant, est pour ton bonheur en d'autres lieux. Ne t'enorgueillis pas cependant, car tu me vois ici disposé à te combattre ; je puis le remplacer ou venir comme troisième adversaire. »

Le superbe on sourit et lui répond : « Que fait donc Tancrèdo? Où est-il? 11 menace le ciel avec ses armes, puis se dérobe, ne se fiant qu'à la vélocité de ses pas. Mais, fuirait-il au centre de la ten e et au sein des ondes, il n'est pas de lieu où je le laisse en repos. — Tu mens, réplique Raimond, en disant qu'un tel homme fuit devant toi. Sa valeur est de beaucoup supérieure à la tienne. »

LXXXVl,

Le Çircassien frémit de rage : « Prends du champ, s'écriet-il, je t'accepte à sa place, et l'on verra bientôt comment tu soutiendras la folle témérité de ce langage. » Ils s'élancent l'un sur l'autre, et tous deux dirigent d'horribles coups à leurs casijues. Raimond atteint où il a visé, mais n'ébranle pas même Argant sur la selle .

D'autre part, le farouche Circassien fond vainement sui Raimond, car le gardien céleste préserve du coup le chevalipr chrétien. Le barbare s'en étonne ; de fureur il se mord les lèvres, et brise en blasphémant sa lance sur le sol. Puis,

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tirant son glaive, il se jette, impétueux, une seconde fois sur Raimond.

Lxxxvni.

Son puissant coursier se précipite en droite ligne, comme un mouton qui baisse la tête pour frapper. Raimond esquive le choc, passe en courant à droite, blesse Tinfidèle au front et s'éloigne. Le cavalier d'Egypte retourne sur son adversaire, qui le laisse encore à droite, et l'atteint de nouveau sur le casque, mais toujours en vain, car la trempe en est plus dure que le diamant.

Mais le féroce païen, qui veut en venir à de pms vives étreintes, s'approche de Raimond et le serre. Le comte, qui sous le poids d'une si lom-de masse craint de rouler à terre avec son cheval, cède, puis revient à la charge, et semble avoir ^es ailes, tant ses manœuvres sont rapides. Son agile coursier obéit au moindre mouvement du frein, et ne pose jamais le pied à faux.

Comme un capitaine qui attaque ime haute tour située dans les marais ou sur une montagne, tente mille accès, emploie tous les moyens et tous^les stratagèmes, ainsi le comte fait mille détours, et, ne pouvant enlever une écaille û l'armm-e qui couvre le front et la poitrine du Sarrasin, il frappe aux endroits les plus faibles, et cherche aux jointm-es un passage à son épée.

11 a déjà, en plusieurs endroits, percé et rougi de san^ Tarmure de son adversaire ; la sienne est encore intacte, er son cimier n'a pas perdu un seul ornement. Argant se livre aux transports d'ime rage inutile : il frappe à vide et dépense sans profit ses forces et sa colère ; mais, toujours infatigable, il va redoublant de taille et de pointe.

Enfin, après mille coups impuissants, le Sarrasin en portp un qui va tomber d'aplomb sur le comte ; il en est si proclicque le rapide Aquilin ne l'y eût sans doute pas soustrait ; mais le secours invisible ne lui fait pas défaut : l'ange étend îe bras, et le coup frappe sur le diamant du céleste bouclier.

L'épée d'Argant se brise alors et tombe sur l'arène ; car une arme terrestre ne saurait résister aux armes incorruptibles de l'éternel ouvrier. Le Circassien, qui en voit les éclats tomber à terre, le croit à peine, et, regardant sa main désarmée, il s'étonne que son ennemi ait une si forte armure.

ÏCIV.

II ne doute pas d'avoir brisé son glaive sur le bouclier de Raimond, qui le croit aussi, ignorant le secours qu'il tient du ciel . Mais, dès qu'il voit la main de son ennemi désarmée, il reste en suspens, car il regarde comme lâche la victoire, comme ignobles les dépouilles qu'on arrache avec tant d'avantage.

«Prends une autre épée, » allait-il lui dire ; mais un nouveau penser lui naît à l'esprit. Défenseur de la cause publique, sa chute serait un profond déshonneur pour les siens . Ainsi une victoire indigne lui répugne, mais il ne veut pas exposer la gloire de sa nation. Tandis qu'il hésite, Argant lui jette au visage le pommeau et la garde de son épée.

Et en même temps il pousse son coursier, et s'avance pour lutter corps à corps. Les débris jetés au front du Toulousain lui ont meurtri le visage ; mais, sans aucunement se troubler, il échappe aux bras robustes d'Argant, et blesse la main qui le venait enlacer, plus cruelle que la serre du vautour, xcvu.

Puis il tourne et retourne de côté et d'autre ; et toujours, qu'il revienne ou qu'il parte, il porte au païen de terribles coups. Toute la vigueur, tout l'art qu'il possède, tout ce que peuvent son ancienne colère et ses fureurs nouvelles, il réunit tout pour accabler le Circassien. Le ciel et la fortune conspirent avec lui.

XCVHI.

Argant, fort de sa fine armure et de son propre courage, résiste à ces grands coups et demeure sans effroi. On dirait, sur une mer agitée, un navire sans gouvernail, les voiles déchirées, les antennes rompues. Ses flancs, formés de poutres

as LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE.

étroitement unies, ne s'entr'ouvrent pas encore à la vague orageuse, et tout espoir n'est pas perdu,

Ai gant, tel était alors ton péril, quand Belzébuth te vint en aide. Dans l'épaisseur d'un nuage, il compose (étonnant prodige !) une ombre légère à figure humaine. 11 lui donne les traits de la fière Clorinde, ses armes riches et étincelantes ; il lui donne son parler, et, sans son esprit, le timbre connu de sa voix, son port et son allure.

Ce fantôme va trouver Oradin, habile archer. « 0 fameux Oradin, lui dit-il, toi qui frappes le but qu'il te plaît d'atteindre, ah ! quel malheur pour nous, si un homme du mérite d'Argant, si le défenseur de la Judée allait périr, et si son ennemi, chargé de ses dépouilles, retournait triomphant parmi les siens !

« Fais ici preuve de ton adresse, et teins tes flèches dans le sang du brigand français. Outre la gloire qui t'immortalisera, tu peux attendre du roi une récompense égale à la grandeur de ce service. » Il dit, et Oradin n'hésite pas à la voix de ces promesses. Il prend un trait dans son lourd carquois, et le pose sur son arc qu'il tend.

eu.

La corde tendue frissonne, et le trait ailé vole en sifflant dans les airs. Il va frapper à la jonction des boucles du ceinturon ; il les sépare, perce la cuirasse et, à peine teint de sang, s'arrête, n'ayant fait qu'une légère entaille à la peau. Le céleste guerrier ne veut pas qu'il aille plus avant, et amortit le coup.

cm.

Le comte arrache le trait et voit couler son sang. D'une voix indignée et menaçante, il reproche au païen la foi violée. Godefroi, qui ne détourne pas les yeux de son cher Raimond, s'aperçoit que les conditions du combat sont trahies, et, croyant la blessure grave, il soupire et s'effraye.

Du geste et de la voix il excite ses troupes à le venger. On voit soudain s'abaisser les visières, les chevaux s'élancer, et

les lances se poser en arrêt. En un moment plusieurs escadrons s'ébranlent de part et d'autre, la plaine disparaît, la poussière s'élève et roule dans l'air en épais tourbil/ ins.

Aux premiers chocs s'entend un grand bruit de casques, de boucliers heurtés et de lances qui se brisent. Là se voit un cheval gisant, un autre qui erre sans cavalier; ici un guerrier mort, là un autre expirant. Les uns sanglotent et se lamentent, les autres soupirent. Le combat est horrible, et plus on se mêle, plus on se serre, plus le carnage s'échauffe et grandit,

Argant, délivré, s'élance rapide au sein de la foule, et arrache à un guerrier une massue de fer. En la faisant tournoyer, il rompt répaisse mêlée qui l'entoure, et s'ouATe un large passage. Il ne cherche que Raimond, et tourne contre lui seul son fer et les transports délirants de sa rage. Comme un loup affamé, il semble qu'il désire apaiser sa faim dans les entrailles du comte.

cvn.

Mais de terribles obstacles viennent l'embarrasser au passage et retarder sa course. Il se trouve en face d'Ormand, de Roger, de Bernaville, de Gui, des deux Gérard. Rien ne l'arrête, rien ne l'apaise. Phis au contraire la résistance est vive, plus il est furieux, comme le feu qui s'échappe avec peine de sa prison n'en produit que de plus grands ravages, cvni.

11 tue Ormand, blesse Gui, et renverse parmi les morts Roger faible et expirant. Mais autour de lui la foule augmente ; un cercle d'hommes et de glaives épais et hérissés l'enserre. Tandis que, par son seul courage, le combat se maintient encore égal entre les deux peuples. Bouillon appelle son frère, et lui dit : « Fais maintenant avancer ta troupe ;

« Cours investir l'aile gauche, où le combat est le plus sanglant. » Baudoin s'ébranle et heurte en côté si violemment l'ennemi, que ce peuple asiatique paraît sans force et sans défense. Il ne peut soutenir l'impétuosité des Français : les rangs sont rompus; chevaux, étendards, cavaliers, tout est renv ,isé,

ex.

Du même choc l'aile droite est mise en fuite. Argant excepté, nul ne résiste. Tous, en leur effroi, se sauvent bride abattue; lui seul tient encore et montre le front. Celui dont les cent mains et les cent bras feraient mouvoir cinquante boucliers et autant d'épées serait moins terrible qu' Argant.

Il soutient les coups d'estoc, les coups de lance et de massue, et le choc des coursiers. Seul, il semble suffire contre tous. Il se jette sur l'un, puis sur l'autre. Ses membres sont meurtris, ses armes rompues et en lambeaux ; sa sueur coule avec son sang, et on dirait qu'il ne le sent pas. Mais la foule qui le heurte est si compacte, qu'à la tin elle l'ébranlé et l'en- Iraîne avec elle.

cxu.

Il cède à la violence et à la fureur du déluge qui l'emporte. Mais il n'a ni la démarche ni le cœur d'un homme qui fuit, si l'on juge le cœur aux exploits du bras. Ses yeux respirent encore la terreur et les menaces de ses rages accoutumées. 11 tente tout pour retenir la foule fugitive, mais ses efforts sont vains.

51 ne peut faire, Théroïque guerrier, que leur fuite soit au moins plus lente et plus régulière, car la frayeur n'écoute ni prières ni commandements. Le pieux Bouillon, qui voit la fortune seconder pleinement ses desseins, suit le cours heureux de la victoire, et envoie vm nouveau secours aux vainqueurs»

Et si Dieu n'en avait fixé le jour dans ses éternels décrets, !e camp invincible aurait sans doute, ce jour-là même, atteint le but de ses pieuses fatigues. Mais la cohorte infernale, qui voit son empire menacé dans ce combat, usant du pouvoir qu'o.lle possède, condense soudain l'air en nuages et déchaîne les vents.

Un voile noir dérobe aux mortels le jour et le soleil. Le ciel ■denent plus ténébreux que l'enfer ; il s'embrase de foudres et d'éclairs ; les tonnerres grondent ; la grêle tombe sur les prai-

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ries, qu'elle ravage, et inonde les campagnes. Ce grand oura- *::an brise les rameaux, et il semble qu'il déracine non-seulement les ciiênes, mais aussi les rochers elles collines.

La pluie, le vent et l'orage frappent à la fois les Francs dans les yeux. Cette violente tempête inattendue inspire aux troupes une terreur fatale , et les arrête. Quelques-uns se groupent autour des drapeaux, qu'ils peuvent à peine apercevoir ; mais Clorinde, peu éloignée, saisit le moment favorable, et pousse 2n avant son coursier.

Elle crie aux siens : « Compagnons, le ciel combat pour nous, et sa justice nous vient en aide. Sa colère ne menace point nos têtes et n'enchaîne point nos bras. Sa vengeance ne tombe que sur ce peuple effrayé ; il lui enlève ses armes, et le prive de la lumière du jour. Marchons, c'est le destin qui nous guide. »

cxvni.

Ainsi elle anime ses gens, et comme elle ne re^ûÂt que par le dos l'ouragan suscité par l'enfer, elle fond sur îes Français avec impétuosité, prenant en dédain leurs coups impuissants. Le Circassien se retourne en même temps, et fait des vainqueurs un horrible massacre. Ceux-ci, désertant le champ de bataille, fuient à toute bride devant le fer et devant la tempête.

Dans leur haine mortelle, les Sarrasins font pleuvoir des coups terrihles sur le dos des fuyards. Le sang coule, et, mêlé aux ruisseaux de l'orage, rougit les chemins. Là, dans la foule des morts et des mourants, Pyrrus et le brave Rodolphe tombent sans vie. Le féroce Argant enlève l'âme au premier, et Clorinde triomphe glorieusement de l'autre.

Ainsi fuient les Francs : les Syriens ou les démons ne cessent de les poursuivre. Bouillon oppose seul un front serein à la grêle, au vent et à l'orage ; il gourmande rudement les chefs, arrête son cheval à l'entrée du camp, et rallie ses troupes éparses.

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