‹ La Jérusalem délivrée, suivie de L'AminteChapitre 38 sur 114 · XX XVII · texte numérisé non relu

XX XVII

« Celui-là veut que cette voix qu'il t'a conservée proclame la piété, la valeur, l'audace que tu as admirées dans ton maître, pour que d'autres se rangent à son exemple sous les étendards de la croix, et que dès maintenant, comme après des lustres écoulés, il enthousiasme les nobles cœurs.

ce 11 te reste à connaître l'héritier de cette épée. C'est Renaud, ce jeune homme à qui tous cèdent le prix de la valeurc Porte-la-lui, et apprends-lui que le ciel et le monde n'attendent que de lui seul cette grande vengeance. » Or, tandis que

je l'écoute parler, un nouveau miracle vient attirer mes regards.

« Là où repose le corps de Suénon surgit soudain un grand tombeau qui enferme ses restes mortels en s'élevant sur eux. J'ignore comment et par quel art il sortit de terre. Le nom et les vertus du guerrier y étaient inscrits en peu de mots Je ne puis m'arracher à cette vue, et mon admiration se promène des lettres au marbre.

« Ici, dit le vieillard, près de ses amis fidèles, reposera le corps de ton chef, tandis que leurs âmes, heureuses dans les cieux, jouissent d'une gloire et d'un bonheur éternels; mais toi qui leur as payé ton tribut de larmes, il est temps que tu reposes. Viens en ma retraite jusqu'à ce que les rayons du malin t'éveillent pour ton voyage. »

« Il se tait, et par des lieux escarpés ou profonds d'où je ne me tirais qu'à grand'peine, il me conduit à une caverne qui s'ouvre devant nous dans le roc. C'est sa demeure. Là, parmi les ours et les loups, il vit tranquille avec son disciple ; car la sainte innocence est une arme plus sûre que les boucliers et les cuirasses.

XLU.

« 11 m'offre une rustique nourriture ; un lit grossier repose mes membres endoloris. Mais, quand s'allumèrent à l'orient les rayons d'or et de pourpre du matin, les deux ermites se levèrent pour prier, et je m'unis à eux. Je pris ensuite congé du saint vieillard, et j'allai où me guidaient ses conseils. » xun.

Ici se tait le Tudesque, et le pieux Godefroi lui répond : a 0 chevalier ! tu nous apportes de bien douloureuses nouvelles, et c'est à raison qu'elles nous troublent et nous découragent, puisque tant d'amis valeureux ont si rapidement disparu, et sont réduits en poussière. Pareil à l'éclair, ton prince a brillé et s'est évanoui en un instant.

a Mais quoi! une telle mort et une semblable défaite ne sont-elles pas plus glorieuses que la conquête de provinces et

de trésors ? L'antique Capilole ne peut offrir l'exemple de si nobles lauriers. Aussi, au radieux sanctuaire du ciel, ils portent la couronne immortelle de leur victoire. Je crois que, làhaut, chacun d'eux montre avec joie ses blessures et s'en gloritie.

« Mais toi, qui restes encore au monde dans les périls et les fatigues de la guerre, tu dois jouir de leurs triomphes, et la sérénité doit toujours luire en tes yeux. Et puisque tu t'enquiers du fils de Berthold, sache qu'il erre loin de l'armée, et tu ne dois pas entreprendre un voyage douteux, avant qu'on ait de lui des nouvelles certaines. »

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