‹ La Jérusalem délivrée, suivie de L'AminteChapitre 49 sur 114 · XXX · texte numérisé non relu

XXX

« Seigneur ! que ta main juste et puissante brise la lance du bi\gand français ! Qu'il soit abattu et foudroyé sous nos murs, lui qui, tant de fois, outragea ton grand nom ! » Elles disent ; mais leurs voix ne sont point entendues au séjour profond des pleurs, et de la mort éternelle. Or, tandis que la ville se prépare au combat et prie, le pieux Bouillon range son armée en bataille.

Dans sa prévoyance, il place l'infanterie en avant, et contre les murs qu'i' ^eut attaquer; il la déploie en deux lignes obliques. Il iri^ au centre les balistes et les autres instruments

de Mars qui lanceiU aux créneaux, comme des foudres, lec pierres et les traits.

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Les cavaliers veillent par derrière sur les fantassins. Il jet(£ des coureurs sur les ailes, puis donne le signal de la bataille. Les archers, les frondeurs et les projectiles que vomissent les machines sont si nombreux, que les rangs des assiégés se dégarnissent derrière les créneaux. Les uns tombent, les autres fuient, et déjà se montre moins épaisse la foule qui couronnait les remparts.

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Alors la race impétneuse et rapide des Francs se précipite de toute sa vitesse. Les uns, unissant leurs boucliers aux boucliers, s'en font un abri ; d'autres, tapis sous des machines, s'y mettent à couvert des pierres qui pleuvent. Ils arrivent ainsi jusqu'au fossé, qu'ils s'efforcent de combler et de mettre de niveau à la plaine.

Le fossé ne contient ni limon ni vase ; la position des lieux ne le permet pas; aussi, quoique large et profond, les pierres, les fascines, les mottes de gazon et les troncs d'arbres ne tardent pas à l'emplir. L'audacieux Adraste se découvre le premier la tête et dresse une échelle. Ni la grêle des traits ni la pluie du bitume bouillant ne le retiennent.

On le voit, ce fier Helvétien, à moitié de sa route aérienne, en butte à mille traits, sans qu'aucun arrête sa course hardie, quand un énorme et pesant rocher, rapide comme une bombe, l'atteint sur son casque et le renverse en bas. Ce coup partduCircassien.

Le coup ni la chute ne sont mortels ; mais il en demeii"e étourdi, gisant comme un poids immobile. Alors Argant, d'ui .e voix féroce et éclatante : « Le premier est tombé, que le £âcond arrive. Lâches guerriers, attaquez-nous donc à découvert; je ne me cache pas, moi. Mais l'abri de vos machines ne vous sera d'aucun secours : vous y mourrez comme des bêtes fauves dans leurs tanières. »

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Il dit; mais ses paroles n'émeuvent point les Francs, qui, sons la voûte de leurs boucliers, bravent les traits et les fardeaux dont ils sont assaillis. Déjà s'approchent des murs les machines formidables et les béliers en poutres, armés de fer ; leur choc ébranle les poi'tes et les remparts.

Cependant un grand bloc de pierre, poussé par cent bras vigoureux, tombe sur la masse d'assiégeants la plus compacte, et l'écrase. On dirait la chute d'une montagne. Les boucliers sont disjoints; plus d'un casque et plus d'un front se brisent. La terre reste couverte et rougie d'armes, de sang et de membres en lambeaux.

Les assiégeants alors ne restent plus abrités sous leurs machines; ils veulent braver ouvertement les périls et faire éclater leur courage au grand jour. L'un pose une échelle et monte à l'assaut ; l'autre sape les fondements : le mur s'écroule, et déjà ses ruines ouvrent une brèche à l'ardeur des Francs.

Il allait choir aux coups redoublés du bélier destructeur ; mais, par les créneaux, les assiégés emploient à le défendre tous les stratagèmes usités dans la guerre. Aux endroits où porte la grande poutre, ils lui opposent des balles de laine, et, recevant les coups, cette matière élastique les amortit.

Tandis que les chrétiens audacieux montrent une si grande valeur à cette attaque, Clorinde a sept fois tendu son arc, et sept fois le trait est parti. Et tous les traits qui ont volé dans les airs se sont abreuvés d'un sang illustre et non vulgaire ; car l'orgueilleuse dédaigne d'obscures victimes.

Le premier chevalier qu'elle blesse est le jeune fils du roi d'Angleterre. Il abaisse à peine son bouclier, que le coup funeste l'atteint et lui perce la main droite ; son gantelet d'acier n'a pu le garantir. Mis hors de combat, il se retire en frémissant, moins de douleur que de rage.

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Le comte d'Amboise tombe sur le bord du fossé, et Clolaire roule d'une échelle. L'un a la poitrine et le dos transpercés, l'autre les deux flancs. Le comte de Flandre, qui fait mouvoir le bélier, est atteint au bras gauche. Le trait se fixe dans la blessure; il veut l'en arracher, et le fer demeure dans la chair.

L'imprudent Adhémar contemplait de loin ce combat achat né, quand arrive un trait qui lui déchire le front. Il porte la main où il se sent blessé, et voici qu'un nouveau trait la lui cloue au visage ; il tombe, et les armes d'une femme s'abreuvent du sang d'un pontife.

Mais tandis qu'atteignant les créneaux, le téméraire Palamède méprise tout danger et pose le pied sur les remparts, un septième fer le frappe à l'œil droit, traverse l'orbite, rompt les muscles et sort sanglant derrière la nuque. Le guerrier ciiancelle, et tombe mort au pied des murailles.

Ainsi Clorinde manie son arc. Godefroi cependant accable les assiégés par de nouveaux efforts. U a conduit près d'une porte la plus haute de ses machines. C'est une tour de bois qui s'élève au niveau des remparts. Pleine d'armes et de combattants, cette tour s'avance, traînée sur des roues mobiles. XLva.

Elle vient, la masse roulante, vomissant dards et javelots ; elle s'approche le plus qu'elle peut, et, comme un navire tente d'aborder le navire ennemi, elle s'efforce d'atteindre la muraille opposée. Mais les assiégés, qui la voient venir et veulent en empêcher l'approche, l'attaquent de front et par les côtés. Ils la repoussent avec des piques, et en ébranlent avec des pierres les oréneaux et les roues.

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On lance de part et d'autre tant de pierres et de dards, que le ciel en est obscurci. Deux nuages se choquent dans les airs, et quelquefois le trait retourne là d'où il était parti. Comme d'un arbre battu de la grêle tombent les fruits encore veits, ainsi les Sarrasins tombent de leurs remparts.

Les coups qui les atteignent sont d'autant plus graves, qu'ils sont moins armés. Une partie de ceux encore vivants prennent la fuite, effrayés des foudres de la grande machine. Mais l'ancien roi de Nicée demeure, et fait rester les plus courageux. Le farouche Argant saisit une poutre, et court s'opposer à la tour ennenaie.

11 la repousse, et de son bras puissant il la tient éloignée de toute la longueur du sapin. Clorinde descend, et veut sa part en ces périls. Cependant, à l'aide de longues faux, les Francs coupent les câbles qui suspendent la laine j elle tombe, et laisse le mur désarmé.

Aux chocs impétueux de la tour et du bélier, le mur, ouvert par endroits, découvre l'intérieur de la place. Godefroi, non loin de ces murailles chancelantes et fracassées, se tient à couvert sous un large bouclier, dont il fait rarement usage.

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De là, examinant tout avec soin, il voit Soliman descendre au milieu des ruines, et se porter à la défense du périlleux passage ; il voit Clorinde et le Circassien rester à la garde des remparts ; il voit tout cela et sent son cœur s'embraser d'une généreuse ardeur.

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