‹ La Jérusalem délivrée, suivie de L'AminteChapitre 5 sur 114 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

a Soldats de Dieu, vous que le roi du ciel a cLoîsis pour réparer les ruines de la foi; vous qu'il a guidés sains et saufs au milieu des combats, au sein des dangers de la terre et de la mer; vous qui, en peu de temps, avez soumis à sa loi tant de provinces rebelles, et porté parmi les nations vaincues les enseignes triomphantes et le nom du Christ ; xxu.

« Nous n'avons pas, je pense, abandonné les doux liens et le toit de la famille, exposé notre vie à une mer infidèle et aux périls d'une guerre lointaine, pour acquérir le bruit vulgaire d'une courte renommée, pour posséder une terre barbare : nous nous serions proposé un prix misérable, et nous aurions versé notre sang à la perte de nos âmes, xxni.

« Mais le but de nos pensers fut d'assiéger les nobles murs de Si6n, et de soustraire les chrétiens au joug indigne d'une servitude aussi dure qu'humiliante, en fondant en Palestine un nouvel empire où la piété ait un siège paisible, et qui s'ouvre au pieux pèlerin venant adorer la grande tombe et acquitter son vœu.

« Ce que nous avons fait jusqu'à cette heure est grand quant au péril, plus grand encore quant au travail ; mais c'est peu pour la gloire, et c'est nul pour nos desseins, soit que nous restions en ces lieux, soit que l'effort de nos armes se dirige ailleurs. A quoi servira d'avoir rassemblé de si grandes forces en Europe et d'avoir embrasé l'Asie, si le résultat de ces grandes comniotions n'est pas l'établissement, mais la ruine des empires?

« 1) n'édifie pas, celui qui veut poser un royaume sur des fondements terrestres, au milieu d'une multitude de peuples païens qui lui sont étrangers de croyance et de patrie, en des

Page 1