S2 LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE
<ous. Consens donc qu'il revienne, cl, qu'en expiation de sa faute, il répande son sang pour la cause commune.
« Et quel autre bras que le sien osera porter le fer sur ces arbres pleins d'épouvante? Qui affrontera la mort d'un coeur plus intrépide et plus opiniâtre? Tu le verras ébranler les murs^ renverser les portes, et, seul monter avant tous à l'assaut. Rends, par le ciel ! rends donc au camp celui qu'appellent son espoir et ses vœux.
tt Rends-moi un neveu, rends à toi-même un prompt et courageux exécuteur de tes volontés. Ne souffre pas qu'il languisse dans un honteux repos, rends-le aussi à sa gloire. Qu'il suive ton étendard victorieux. Qu'il ait des témoins de sa valeur; qu'il fasse des actions dignes de lui, au grand jour et sous tes ordres. »
Ainsi Guelfe implore, et chacun, par un murmure favorable, imit ses prières aux siennes. Alors Godefroi, comme s'il cédait à une demande imprévue : « Comment pourrais-je, dit-il, refuser une grâce à vos sollicitations et à vos désirs? Que la sévérité se taise, et que le vœu de tous soit aujourd'hui la raison et la loi.
« Que Renaud revienne ; mais, plus calme qu'auparavant, qu'il réprime ses élans de fureur, et que ses actes répondent au grand espoir qu'on a conçu de lui, et au vœu général. Mais c'est à toi, Guelfe, qu'il appartient de le rappeler. 11 sera, je pense, prompt à revenir. Choisis un messager, et dirige ses pas où tu penses qu'on doit trouver le vaillant jeune
homme. »
Il se tait ; — et le guerrier danois se levant ; « J'aspire h l'honneur de ce message, dit-il. Quels que soient les périls de la route et la distance, j'accepte la mission d'aller remettre à Renaud l'honorable épée de mon maître. » Ce guerrier c^t fort de cœur et de bras, aussi le bon Guelfe agrée-t-il son of re. Il veut qu'il soit l'un des émissaires, et que l'autre soit Ubilde, homme sage, prudent et rusé.
Ubalde, en sa jeunesse, a parcouru et étudié les pays et les mœurs, voyageant des régions les plus froides jusqu'à i'Éthiopie embrasée. Homme avide de lumières et de savoir, il avait appris les langues, les usîiges et les rites. Dans son âge mûr. Guelfe l'admit en son intimité, et il lui était particulièrem'".fit cher.
On donne à ces guerriers l'honorable mission de rappeler le héros. Guelfe les va diriger sur Antioche, où Boëmond a établi le siège de son empire ; la renommée et la voix commune publient qu'il est en ces lieux; mais le solitaire, qui les sait mal renseignés, survient parmi eux, et interrompt leurs discours.
« 0 chevaliers, leur dit-il, en écoutant le cri trampeur de l'opinion publique, vous suivez un guide téméraire et infidèle qui vous égare. Allez aux rivages proches d'Ascalon, à l'embouchure d'un fleuve. Là doit vous apparaître un homme qui nous est ami. Croyez ce qu'il vous dira, ses paroles seront les miennes.
« Il sait beaucoup de choses par lui-même, et depuis longtemps je l'ai prévenu de votre important voyage ; vous trouverez en lui autant de bienveillance que de sagesse. » Ainsi parle l'Ermite, et, sans l'interroger davantage, Charles et son compagnon obéissent à ses paroles, que l'Csprit-Saint a coutume d'inspirer.
xxxu.
Ils prennent congé, et, dans l'ardeur qui les anime, ils partent sans différer; ils dirigent leur course vers Ascalon, aux rives où vient se briser la mer. Ils n'avaient pas encore entendu mugir les vagues, quand ils atteignirent un fleuve dont une pluie récente a tellement grossi les eaux
xxxiu.
Que son lit ne peut plus le contenir et qu'il roule plus rapide que le trait ne vole dans les airs. Au milieu de leur surprise, leur apparaît un auguste vieillard, d'aspect vénérable, couronné de hêlre^ vêtu d'une robe de lin, longue et ébloui;*'
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santé de blancheur. Il agite une baguette et foule d'un pied sec le fleuve, dont il remonte le cours.
Telles, aux régions voisines du pôle, quand l'hiver a gelé et dnrci les rivières, on voit, par bandes et en longs traîneaux les villageoises courir et glisser confiantes sur le Rhin; ainsi s'avance ce vieillard sur la surface mobile de ces eaux courante?, 11 arrive aux deux guerriers, dont les yeux sont fixés sur lui.
« Amis, leur dit-il, vous poursuivez une pénible mission; vous avez bien besoin qu'on vous guide. Le héros que vous cherchez est loin de ces lieux, dans des pays inhospitaliers et infidèles. Combien, oh! combien il vous reste encoie à faire! Que de mers, que de rivages vous avez à parcourir ! 11 faut que vos investigations s'étendent même au delà des limites de notre monde.
« Mais qu'il ne vous répugne pas d'entrer dans les grottes secrètes que j'habite. Là, vous apprendrez des choses non sans importance, et qu'il vous est indispensable de connaître. » Il dit, et commande aux ondes de leur ouvrir un passage; soudain elles se retirent et s'élèvent des deux côtés en forme de montagnes.
XXX vil.
Le vieillard les prend par la main, et les conduit sous ces ondes dans les plus sonibres profondeurs. Ils n'aperçoivent qu'une clarté faible et incertaine, pareille à celle de la lune au travers des bois ; mais ils voient d'immenses cavernes pleines d'eaux, d'où s'échappent les fontaines, les rivières et les. lacs dormants.
XXX vni.
Là, ils voient les sources du Pô, celles de l'Hydf^spe, du Gange, de l'Euphrate, du Danube et du Tanaïs. Le Nii .-nême y montre ses sources inconnues. Plus bas, ils trouvent un niisseau qui répand du soufre liquide et du vif-argent. Le soleil les raffine et condense cette molle liqueur en globules blancs et dorés
Us voient de toutes parts les rives du fleuve parsemées de pierres précieuses. L'éclat dont elles brillent resplendit jn ce lieu, et en dissipe la ténébreuse horreur. Là, scintillent le saphir d'un bleu céleste, et la topaze, et l'escarboucle flamboyante, et le dur diamant, et la belle émeraude qui rit à l'oeil enchanté.
Les gucFriers s'étonnent, et toutes ces choses, nouvelles pour eux, occupent tellement leur pensée, qu'ils gardent le silence. Enfin Ubalde élève la voix, et demande à son guide : « Disnous, ô mon père ! où nous sommes ? où nous conduis-tu ? Révèle-nous qui tu es : car nous ne savons si c'est la réalité ou des fantômes qui passent devant nos yeux, tant est profond l'étonnement dont nous avons le coeur saisi.
-— « Vous êtes, répond-il, dans le sein immense de la terre, qui produit tout en elle-même. Vous ne pourrez jamais pénétrer dans ses sombres entrailles sans m'avoir pour guide. Je vous conduis à mon palais, dont vous verre'z bientôt resplendir la merveilleuse lumière. Je suis né païen ; mais depuis, en sa grâce, Dieu a bien voulu me régénérer dans les saintes eaui.
XLU^
« Ce ne sont point les anges de. ténèbres qui me donnent la puissance d'opérer ces merveilles. A Dieu ne plaise que j'emploie des charmes pour forcer le Cocyte ou le Phlégéton ! Mais je vais épiant à leurs principes les vertus secrètes des plantes et des eaux ; je contemple les mystères de la nature, et j'observe les divers mouvements des étoiles.
XLUl.
« Ma demeure n'est pas toujours loin du ciel, dans ces profonds souterrains ; j'habite souvent aux cimes du Liban et du Carmel. Là, Mars et Vénus se montrent âmes yeux sans aucun voile, et sous tous leurs aspects. J'étudie la lenteur ou la vitesse des astres, l'influence favorable ou mauvaise de leurs rayons.
« Je vois sous mes pieds les nuages qui s'amoncellent ou se dissipent, tantôt noirs, tantôt peints des couleurs de l'arc-en-
ciel. Je vois se former les pluies et les rosées, je vois la direction oblique des vents, la foudre qui s'embrase et les sinuosités qu'elle décrit en tombant. Je contemple de si près les comètes et les autres globes de feu, qu'autrefois je m'enivrai de ma propre science.
« J'étais si plein de moi-même, que mon savoir était à mes yeux la mesure certaine et infaillible de ce que peut l'auteur de la nature ; mais quand votre Pierre versa sur mes cheveux les eaux sacréeS; il étendit mon regard, et m'apprit que, par lui-même, il était aveugle et borné.
« Je reconnus alors que notre intelligence est, devant les rayons de la vérité, ce qu'est un oiseau de nuit en face du soleil. Je ris de moi-même et des folies qui m'avaient rendu si vain. Mais pourtant, car Pierre le veut, je me livre encore à mes premiers goûts et aux arts que j'ai l'habitude de pratiquer ; mais je suis bien différent de ce que j'étais ; toute ma vie, toutes mes pensées dépendent à cette heure de l'Ermite.
XLVU.
«Je me repose en lui. Il me commande et m'enseigne, à la fois mon maître et mon souverain seigneur. Souvent même il ne dédaigne pas d'opérer par moi des choses dignes de sa main. Aujourd'hui, c'est à moi de rappeler au camp, de sa captivité lointaine, le héros invincible; il m'a chargé de ce soin, et j'attendais depuis longtemps votre venue qu'il m'avait prédite. »
XLVUI.
Ainsi parlant, ils arrivent au lieu de sa demeure et de son repos. 11 est en forme de grotte et contient de vastes salles. Tout ce que la terre cache en ses veines de plus éclatant et de plus précieux brille ; et ce séjour est orné de telle sorte que c'est la nature, il semble, et non l'art qui l'embellit.
Là, cent esclaves s'empressent à les servir avec intelligence. Sur une table magnifique abondent les vases de cristal etd'or. Mai' quand ils ont apaisé leur faim et leur soif : « Il est '.cmps, dit le magicien aux cavaliers, que je satisfasse au plus ai'»Vut de vos désirs. »
Puis continuant : a Les artifices de la perfide Armide vous sont en partie connus ; vous savez comme elle vint au camp, quels furent ses moyens pour entraîner de nombreux guerriers sur ■:^< pas; vous savez encore que l'inlidèlc les fit charger de fers dans son pala-is; puis, qu'elle les envoyait sous bonne escorte à Gaza, quand ils furent délivrés en chemin.
« Mais je vais vous raconter ce qui advint ensuite ; c'est une histoire véritable que vous ignorez encore. Quand la criminelle magicienne se vit enlever une proie si péniblement conquise, elle se mordit les deux mains dans sa rage, et, embrasée de fureur, se dit en elle-même : « Non, il n'aura pas à se vanter de m'avoir enlevé mes captifs.
LU
« S'il a délivré les autres, qu'il soit lui-même esclave, et subisse le long tourment réservé aux autres. Mais cela ne me suffit point encore. Je veux qu'il cause la ruine de tous les siens. » En parlant de la sorte, elle ourdit la trame criminelle que je vais vous apprendre. Elle court aux lieux où Renaud a défait et en partie massacré ses soldats.
LUI
« 11 y avait déposé ses armes et endossé celles d'un païen, parce qu'il désirait sans doute se tenir caché sous des dehors moins connus et moins illustres. La magicienne prend les armes, en couvre un buste mutilé, et l'expose sur les rives d'un ruisseau où elle prévoyait qu'une bande de Francs devait venir.
uv.
« Elle pouvait bien avoir cette prévision, car, par mille espions qu'elle envoyait aux alentours, elle avait de fréquentes nouvelles du camp ; elle savait les départs et les retours. Elle avait aussi de nombreux entretiens et de longues entrevues avec les esprits infernaux Elle place donc le cadavre dans un lieu favorable à ses artifices.
« Non loin elle poste un valet très-adroit déguisé en berger. E' >: lui commande ce qu'il doit dire, faire ou dissimuler. Elle fut obéie. Ce fourbe s'cnlrelient avec vos gens, sème parmi
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eux sef soupçons qui s'accrurent et enfantèrent ces rixes et ces discordes qui faillirent aller jusqu'aux guerres intestines.
« On crut, comme elle le désirait, que Renaud avait péri par les ordres de Bouillon ; mais ce soupçon était si moustrueux, qu'il s'évanouit aux premières lueui-s de la vérité. Tel fut le premier artifice d'Armide. Apprenez maintenant ses poursuites contre Renaud, et ce quiadvini depuis.
LVU.
« Comme une adroite chasseresse, Armide attend Renaud au passage. 11 arrive aux bords de l'Oronte, à l'endroit où un bras de ses eaux forme une petite île. il voit sur la rive une colonne, et non loin une petite bai'que. Ses yeux se fixent à ce beau travail de marbre blanc, et y lisent ces mots en lettres d'or :
Lvm.
« Qui que tu sois, ô voyageur ! que ta volonté ou le hasard amène sur ces h irds, il n'y a point du IcA^ant au couchant de merveilles plus grandes que celles enfermées dans cette île. Passe, si tu veux les voir. » L'iuiprudent se décide aussitôt à franchir ces ondes, et, comme la barque esi U'op étroite, il abandonne ses écuyers et passe seul, ux.
« Arrivé là, il promène autour de lui ses regards avides, et hevoit que des grottes, des eaux, des fleuves, des gazons et des plantes. 11 se croit joué. Mais ce lieu est si riant et l'attire par tant de charmes, qu'il s'arrête et s'assied. Il pose son casque, et aspire la douce haleine d'une brise caressante.
« Soudain le bouillonnement des eaux resonne d'un nouveau murnmre ; il regarde et voit au milieu du fleuve une vague qui se replie et roule sur elle-même. Peii après surgit ime hlonde chevelure, puis un visage de jeune fille, puis le sein, puis la gorge, tout enfin, jusqu'à ces charmes que voile la pudeur.
« Ainsi, sur le théâtre, une nymphe ou une déesse sort lentement de son nuage. Quoique celle-ci ne soit pas ime véritable sirène, mais un fantôme magique, elle ressemble cepea<
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iant â celles qui habitaient lc5 plages dangereuses de la mer Tyriiienienne. Son visage est aussi beau que son chaut est ioux . les accents de sa voix encliantent le ciel st les airs.
« 0 jeunes hommes, tandis qu'avi'il et mai vous couvrent ie leur manteau verdoyant et fleuri, ah ! qu'un rayon décevant de gloire ou de vertu ne captive pas votre tendre cœur. Celui-là seul est sage qui cède à ses désirs, et qui cueille en leur saison le fruit de ses années. C'est le cri de la nature. Pourquoi donc votre âme est-elle sourde à ces paroles? Lxni.
« Insensés ! pourquoi rejetez-vous les dons précieux et si passagers de votre jeunesse ? Ce sont de vains mots et de vaines idoles, ce que le monde appelle valeur et renommée. Cette gloire qui vous enivre d'un si doux son, vous autres, superbes mortels, et qui vous paraît si magnifique , est un écho, un songe, l'ombre même d'un songe, qui croule et se dissipe au moindre vent.
« Jouissez en paix, que votre àme satisfasse vos sens. Oublies tes ennuis passés, et que vos inquiétudes n'anticipent pas sui les maux de l'avenir. Que le ciel tonne, qu'il menace et lance sa foudre, n'en ayez nul souci ; voilà la sagesse, voilà le bonheur. Ainsi l'enseigne et le conseille la nature. »
« Ainsi chante l'impie, et de ses suaves accents elle berce le jeune homme. Peu à peu le sommeil s'empare en maître de ses sens. Le tonnerre même ne pourrait l'arracher à cette paisible image de la mort. La perfide magicienne s'élance alors de sa retraite, et fond sur lui, ardente à la vengeamie.
« Mais quand «lie a fixé sui' lui son regard, qu'elle voit la sérénité de son visage, et le doux sourire qui erre sur ses yeux fermés (que serait-ce, s'ils étaient ouverts?) alors elle s'arrête incertaine. Elle s'assied près de lui, et sent s'aywiser toute sg :olère tannis qu'elle le i-egarde. A la voir pencb/.e-sur ce beau front, on dirait Narcisse incliné sur la fontaine.
LXVU.
« Elle essuie légèrement avec son voil* les sueurs <:]iii en»-
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perioïîl ses joues. Ellel'évenle et cherche à rafraîchir les arderv . de Tatmosphèro. Ainsi, qui le croirait? les feux assoupis de ces yeux fermés fondent les glaces de ce cœur, plus dur que ' diamant. D'ennemie, elle devient amante.
« Des troènes, des lis et des roses qui fleurissent sur ca' plages charmantes, elle compose, avec un art inconnu, des chaînes douces mais puissantes. Elle les lui pose au cou, aux bras, aux pieds. Ainsi enchaîné, elle le tient en son pouvoir; puis, tandis qull sommeille, elle le fait placer sur son char et fend les airs avec lui.
« Elle ne retourne pas à Damas, ni en ce château posé au milieu des ondes ; mais, jalouse d'une proie si précieuse, et honteuse de son amour^ elle va se cacher dans l'immense Océan, loin de tous nos rivages, en des lieux où jamais vaisseau n'aborda. Là, elle choisit une petite île pour sa demeure solitaire.
« Celte île et celles qui l'avoisinent prennent le nom de Fortunées. Là, elle monte au sommet d'une montagne inhabitée et enveloppée d'ombres. Par ses enchantements, les côtés et les pentes s'en couvrent de neige; la cime seule reste verdoyante. Elle y élève un palais aux bords d'un lac.
« Là, dans un éternel avril, son amant coule avec elle une vie pleine de mollesse et de voluptés. Maintenant, c'est de cette prison lointaine et cachée qu'il vous faut arracher ce jeune, homme, et triompher des gardes qu'en sa jalousie elle a placés à la défense de la montagne et de son palais. Quelqu'un vous y guidera, et vous fournira des armes pour celte grands entreprise.
LESa.
tt Vous fë^uverez, à peine sortis du fleuve, une femme jeune de visage, quoique âgée, que vous reconnaîtrez à ses longs cheveux bouclés autour de son front et aux couleurs bigarrées de ses vêtements. Elle vous fora sillonner la grande mer avec plus de rapidité que l'aigle ne déploie son vol et que la foudre
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ns fend les nues. Au retour, elle sera pour vous ':n guide non moinj! fidèle.
Lxxin.
« Au pied de la montagne qu'habite Armide, vous vorrez de nouveaux Pythons ramper en sifflant, des sangliers hérisser leur dos, des lions et des ours ouvrir leur effroyable gueule ; mais, au son de ma baguette, ils craindront d'approcher. Si l'on dit vrai, c'est sur la cime que vous trouverez les plus grands périls.
« Une fontaine s'en échappe ; ses eaux sont si pures et si limpides, que ceux qui la voient brûlent de s'y désaltérer; mais dans son frais cristal elle cache d'étranges et funestes poisons. Une faible gorgée de cette eau enivre l'àme et la rend toute joyeuse; puis elle provoque le rire, et le rire devient si fort, qu'on en rneurt.
« Que votre bouche se détourne avec dédain de ces eaux qui tuent. Que les mets placés sur les gazons ne vous tentent pas, non plus que les jeunes filles qui ont la voix décevante et voluptueuse, le regard doux et le sourire enchanteur. Méprisez ces regards et ces paroles séductrices, franchissez les portes du palais.
« Au dedans, il est ceint de murs inextricables qui forment un confus dédale. Mais je vous en donnerai un plan exact ; avec son aide, vous pourrez y circuler sans errements. Au centre du labyrinthe se trouve un jardin; il seml)le que le feuillage même y inspire l'amour. Là, sur l'herbe verte, seront étendus Renaud et son amante.
« Mais quand elle aura quitté son amant chéri, découvrezvous à ses regards, et placez devant ses yeux le bouclier de diamant que je vous donnerai. Qu'il s'y regarde, et qu'il voie son visage et ses vêtements efféminés. Alors la honte et le ddpit pourront chasser de son cœur un amour indigne.
« A'ous en dire plus serait chose inutile à cette heure. Allez donc en toute confiance, et pénétrez dans les plus intérieures
et les plus secrètes parties de cette demeure enchantée. Aucune puissance magique ne peut embarrasser ni retarder vos pas ; Armide même (tant est puissante la vertu qui vous guide .') ne peut prévoir votre venue.
« La sortie de sa demeure et le retour ne vous seront pas moins assurés. Mais voici l'heure du sommeil, et demain vous devez vous lever avec le jour. » Il leur parle ainsi, et les mène dans l'asile où ils doivent passer la nuit. Là, le bon vieillard les abandonne à leurs joyeuses rêveries, et va prendre, comme eux, du repos.