CHANT SEIZIÈME
Le riche édifice est rond, et dans l'intérieur, presque au centre, se aouve un jardin dont les plus fameux jardins n'égalèrent jamais les ornements. Mille galeries, ouvrage des démons, régnent à l'entour dans un ordre confus, et, au milieu des voies obliques de ce dédale trompeur, cette enceinte est impénétrable.
Cent portes y conduisent ; les deux guerriers entrent par la plus grande. Ces portes, d'argent ciselé, roulent sur des gonds de l'or le plus pur. Le regard des voyageurs se fixe sur les figures qui les décorent, et dont le travail l'emporte sur la matière. Elles semblent vivre, la parole seule leur manque, et encore ne leur manquerait-elle pas, si l'on en croyait les yeux.
Là, au milieu des esclnves de Méonie, on voit Alcide jouer avec une quenouille. S'il a lutté contre l'enfer et soutenu le ciel, il tourne maintenant le fuseau. Amour le regarde en souriant, lolé, d'une main débile, soulève en jouant ses armes homicides et se couvre de la peau du lion, vêtement bien rude pour ses membres délicats.
fV.
En face est une mer. Ses plaines bleues blanchissent de vagues écumantes. On voit au milieu une double rangée de vaisseaux ; les éclairs jaillissent des armes, l'onde étincelle comme l'or ; il semble que Leucate soit tout embrasé des feux de la guerre. D'un côté, Auguste et les Romains ; de l'autre, Antoine, qui traîne l'Orient à sa suite, Egyptiens, Arabes et Indiens.
On dirait que les Cyclades, arrachées de leur base, nagent
snr les eaux, et que des montagnes se heurtent contre des monto^es, tant le choc de ces vaisseaux est terrible. Déjà volent les dards et les feux^ déjà la mer est jonchée de débris. La victoire i!st encore douteuse ; mais voici que la reine étrangère prend la fuite.
Et Antoine fuit ! Et il peut renoncer à l'empire du monde, auquel il aspire ! Il ne fuit pas, non, car il ne connaît pas la :rainte, le fier combattant; mais il suit celle qui fuit et l'entraîne, xiiz %^ :'oii, pareil à un homme qui frémit tout enseable de honte, de colère et d'amour, partager ses regards entre le combat encore incertain et les voiles en fuite.
Puis, caché dans les retraites du Nil, il semble attendre la mort aux bras de son amante, et le charme d'un beau visage adoucit son cruel destin. — D'autres sujets étaient encore figurés sur ces portes. Les deux guerriers, détachant leurs regards de ces merveilles, entrent dans le labyrinthe.