‹ La Jérusalem délivrée, suivie de L'AminteChapitre 62 sur 114 · VUI · texte numérisé non relu

VUI

Tel le Méandre, se jouant entre ses rives obliques, remonte ou descend son cours incertain; une partie de ses eaux roule à la mer, l'autre retourne à sa source, et ses vagues opposées se heurtent en chemin ; te?.? et plus inextricables encore sont les circuits du magique pa\ais. Mais la carte, présent du magicien, les représente si fidèlement, qu'elle en débrouille les enlacements.

Au sortir de ces tortueux sentiers, le jardin déploie à leurs yeux son aspect enchanté. Eaux dormantes, ruisseaux limpides, fleurs, plantes, arbustes, collines agrestes, vallons ombreux, bois et cavernes, ils embrassent tout d'un seul regard. Et ce qui ajoute un nouveau prix à ces beautés précieuses, c'est que l'art, qui a tout fait, ne se montre pas.

On croirait, tant la simplicité se marie à l'adresse, que les ornements et le site sont naturels. La nature semble avoir voulu, jomme à plaisir, imiter l'art, dont elle est le modèle. L'air n'est pas moins que le reste soumis aux volontés d'Ar- ^ide,J'air qui fait fleurir les arbres. Les fleurs et les fruits

sont éternels : tandis que les unes éclosent, les autres mûrissent.

Sur le même tronc , entre les mêmes feuilles , la figue vieillit à côté de la figue naissante. La pomme nouvelle et la pomme mûre pendent au même rameau, l'une dorée, l'autr'î verte encore. Sur les hauteurs du jardin les plus exposées au soleil, la vigne tortueuse étale ses bras luxuriants qui bourgeonnent. Là, ses grappes sont encore en fleurs; ici, brillantes comme l'or et le rubis, elles sont déjà pleines de nectar.

De charmants oiseaux, sous le vert feuillage, modulent à l'envi leurs chants voluptueux. L'air murmure et fait bruire l'onde et les feuilles qu'il agite. Quand les oiseaux se taisent, il leur fait écho ; les oiseaux chantent-ils, son murmure est plus léger. Soit hasard ou magie, cette musique aérienne accompagne ou répète leurs accents.

Parmi ces oiseaux, on en distingue un à la couleur bigarrée de son plumage. Son bec a l'éclat de la pourpre; sa langue a des accords pareils à ceux de la voix humaine. 11 poursuit son ramage avec tant d'art, que c'est un prodige inouï. Les autres se taisent pour l'écouter et les vents retiennent leur haleine.

-UV.

« Vois, chantait-il, vois cette rose sortie de son bouton, modeste et vierge. A demi ouverte et à demi close, moins elle se montre, plus elle est belle. Mais voici que son sein ose s'épanouir; bientôt après elle languit et n'est déjà plus cette rose désirée par mille jeunes filles et mille amants.

(( Ainsi le bouton et la fleur de cette vie mortelle passent en un jour. Avril a beau revenir, la jeunesse ne reverdit jamais. Cuei lions la rose au matin enchanté de ce jour qui perd si vite son uclat ; cueillons la rose d'amour : aimons, alors qu'en aimant nous pouvons inspirer l'amour. »

11 se tait; elles autres oiseaux, comme pour applaudira ses accents, recommencent en chœur à chanter. Les colombes re-

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