‹ La Jérusalem délivrée, suivie de L'AminteChapitre 68 sur 114 · LI · texte numérisé non relu

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Au milieu des cris et des fanfares, le roi se retire du sein de la foule. De retour à sa tente, il relient les chefs à sa ti'ble somptueuse. Assis à l'écart, il leur fait servir des mets exquis, leur adresse d'admirables paroles, et les comble tous de dis-

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tinctions. Au milieu de la joie et du plaisir, Armide n'oublie pas ses artifices.

xui.

Les tables enlevées, Armide, qui voit tous les regards fixés sur elle, reconnaît à des signes certains que le poison de ses charmes a pénétré dans tous les cœurs. Elle se lève, et, de sa place, se tourne vers le roi d'un air altier et respectueux tout ensemble. Elle imprime le plus qu'elle peut de grandeur et d'orgueil à son visage et à son accent.

XLIU.

« 0 roi suprême, dit-elle, moi aussi, je viens combattre pour la foi et pour la patrie. Je suis femme, mais d'un sang royal, et je ne pense pas qu'il soit indigne d'une reine de porter les armes. Qui veut l'empire doit avoir toutes les charges de la royauté. La main qui porte le sceptre porte aussi le glaive. La mienne n'a ni faiblesse ni langueur; elle saura frapper et tirer du sang des blessures.

« Et ne crois pas que ce jour soit le premier où je m'éprenne de cette noble ardeur. J'ai déjà combattu pour nos lois et pour ton empire. Tu dois bien savoir si je dis vrai; car quelques-uns de mes exploits te sont connus. Tu te souviens que j'ai fait prisonniers plusieurs des plus nobles champions de la Croix.

« Je te les envoyais captifs et enchaînés ; sous la garde de les gens, ils seraient encore plongés dans les ténèbres d'une éternelle prison, et tu serais plus assuré de sortir victorieux de cette grande lutte, si le fier Renaud, qui défit mes soldais, ne les eût mis en liberté.

« Renaud est ici connu ; on y fait le long récit de ses exploits. C'est ce cruel qui m'a, depuis, horriblement out''agée; et, à ma honte, j'attends encore ma vengeance. Le dépit anime encore mes ressentiments et m'aiguillonne aux combats. Je vous dirai plus tard l'insulte que j'en ai reçue. Qu'un mot TOUS suffise aujourd'hui : je veux me venger.

« Et j'y parviendrai. Tous les traits ne volent pas en vain par les airs. Le ciel dirige parfois les armes de la main du juste contre les coupables. Mais si quelqu'un de tes guerriers tranche la tète odieuse de ce barbare et me la présente, celte vengeance me sera douce encore, quoique de ma main elle fût plus glorieuse.

XLvni.

« J'oifre pour ce service la plus grande récompenjje que je puisse accorder; j'offre ma personne et mes trésors, si tel est le prix qu'on en réclame. J'en fais ici la promesse solennelle, j'en jure ma foi inviolable. Si maintenant quelqu'un de vous trouve mes offres dignes du péril, qu'il parle et qu'il se montre. »

Pendant ce discours d'Armide, Adraste fixe sur elle des regards ardents. « Fasse le ciel, dit-il, que tu ne décoches aucun trait contre ce barbare homicide; ce cœur déloyal, ô belle guerrière, n'est pas digne que tes coups l'atteignent. Je serai, moi, l'instrument de ta colère, et je t'apporterai la tête de Renaud.

« Je lui arracherai le cœur, je jetterai ses membres sanglants en pâture aux vautours. » Ainsi parle l'Indien Adraste. Tissapherne ne peut souffrir sa jactance. « Et qui donc es-tu, dit-il, toi qui étales tant d'oigueil devant le roi et devant nous ? Il est ici, peut-être, tel guerrier dont les exploits surpasseront ta vaniteuse audace, et il se tait cependant. »

Le farouche Indien répond : « Auprès de mes actes mon langage est humble encore. Mais si tu m'avais parlé sur ce ton ailleurs qu'ici, tu aurais parlé pour la dernière fois. » Ils allaient poursuivre; mais, le monarque suprême, étendant la main, les arrête. Puis il dit à Armide : « Femme charmante, tu as un cœur vraiment magnanime et viril ;

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« Tu mérites bien quç ces deux guerriers t'immolent leurs

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colères, et que tu les diriges à ton gré contre ce brigand redoutable. Alors ils en feront un meilleur usage, et pourront à i'envi lutter d'audace. » Il se tait cela dit. Les deux guerriers s'offrent de nouveau à servir sa vengeance.

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Ils ne sont pas les seuls. Ceux qui se sont le plus illustrés dans les combats lui étalent pompeusement leurs titres de gloire. Tous lui font offre de leurs services; tous jurent de la venger ; et c'est contre un guerrier jadis si cher qu'Armide arme tant de bras, et allume tant de courroux ! — Mais Renaud, après avoir quitté la rive, gagne heureusement la haute mer.

La barque sillonne la même route qu'elle a parcourue, et le vent qui la ramène est toujoui-s propice à ses voiles. Le jeune héros contemple le pôle et les deux ourses; il admire les astres qui brillent dans les ténèbres de la nuit, et les fleuves, et les rochers qui se dressent au-dessus des vagues.

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