LX XXVII
« Oh ! si, comme j'ai tiré tes aïeux des ténèbres des anciens âges, je pouvais le découvrir aussi dans les siècles futurs tes neveux, et les faire connaître au monde avant que leurs yeux s'ouvrent à la belle sérénité des cieux, tu verrais une suite de héros non moins longue, et des exploits non moins éclatants.
Lxxxvin.
« Mais mon art n'entrevoit la vérité que trop obscure et trop voilée dans l'avenir, pareille à une lueur incertaine dans un épais nuage. Et, si je t'aftirme cette chose comme certaine, je ne suis point téméraire en cela, car je tiens ces révélations d'un sage à qui se découvrent parfois les mystères des cieux.
« Je te prédis ce que la lumière divine lui a révélé, et qu'il m'a découvert. Jamais race grecque, barbare ou latine, dans le passé comme dans le présent, ne fut si féconde en héros que ta postéiilé. Les noms de tes neveux, que le ciel favorise, égaleront les plus beaux de Sparte, de Carthage et de Rome.
« Parmi tous, je distingue Alphonse, le deuxième de ce nom, mais le premier par ses mérites. 11 doit naître quand le monde, vieux et corrompu, sera dépeuplé d'hommes illustres. Nul ne saura mieux que lui manier l'épée ou le sceptre, nu)
ne soutiendra mieux le poids des armes ou du diadème. 11 sera la '^loire suprême de ton sang.
« Encore enfant, il donnera dans divers jeux, images de la guerre, des preuves de sa sublime valeur. Il sera l'effroi des animaux sauvages, il sera l'honneur des tournois. Plus tard il rapportera, des combats véritables, des palmes et de nobles dépouilles, et ses cheveux se couronneront tour à tour de laurier, de chêne et de gazon.
« 11 ne sera point sans gloire, pour son âge mûr, d'établir la paix et le calme en ses États, de les maintenir tranquilles entre ses puissants voisins, de favoriser les arts, de féconder le génie, de célébrer des jeux magnifiques et de superbes fêtes, de peser dans une égale balance les récompenses et les peines, de prévoir et de prévenir les maux.
xcni.
« Ah ! si dans ces temps malheureux où les impies infesteront la terre et les mers, et donneront des lois aux peuples les plus fameux, si alors Alphonse s'armait pour venger les temples détruits etles autels profanés, quelle grande et juste vengeance n'en tirerait-il pas sur ces tyrans, sur cette race criminelle !
« En vain le Turc d'un côté, et le Maure de l'autre, lui opposeraient mille bataillons armés ; il porterait par delà l'Euphrate, et par delà les cimes neigeuses du Taurus, et par delà ces royaumes où règne un éternel été, la croix, l'aigle blanc et le lis d'or, et, pour y baptiser les fronts de leurs noirs habitants, il découvrirait les sources inconnues du Nil. »
Ainsi parle le vieillard, et le jeune homme accueille ces paroles avec joie, car il éprouve un secret plaisir à la pensée de ses futurs neveux. Cependant l'aube, qui devance le soleil, se lève et colore le ciel à l'orient. On peut déjà voir de loin les bannières flotter sur les tentes.
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XCM.
Le sage reprend alors : « Voilà que le soleil vous luit au front, et vous découvre de ses rayons amis les tentes, la plaine, la ville et la montagne. Je vous ai conduits jusqu'en ces lieux, à l'abri de tout obstacle «?,t de tout danger, par des voies inconnues. Vous pouvez désormais marcher sans guide; ii ne m'est pas permis d'aller plus avant, »
xcvn.
11 prend alors congé d'eux, et les abandonne à pied dans la plaine. Ils marchent contre le jour naissant et gagnent les tentes. La renommée répand de toutes parts le retour attendu des trois chevaliers; elle les devance chez le pieux Godefroi, qui, pour les recevoir, se lève de son siège.