‹ La Jérusalem délivrée, suivie de L'AminteChapitre 76 sur 114 · CX!X · texte numérisé non relu

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Il dit; on le transporte à Jérusalem, et, placé sur un lit, il y goûte im paisible sommeil. Vafrin trouve pour Herminie, non loin de Tancrède, un asile secret et obscur. Puis il se rend près de Godefroi, pénètre jusqu'à lui sur-le-champ et sans obstacle, bien qu'il soit alors à discuter et à peser les conseils au sujet de sa prochaine entreprise,

Le général est assis au bord de la couche où repose Raimond blessé. Les plus vaillants et les plus sages de l'armée font autour de lui un noble cercle. Mais, tandis que l'écuyer lui parle, toute discussion est interrompue. « Seigneur, dit-il, suivant tes ordres, j'ai pénétré dans le camp des Infidèles.

« Mais n'attends pas que je te dise le nombre infini de leurs guerriers. Je les ai vus, dans leur passage, couvrir les vallées, les plaines et les montagnes ; dans tous les lieux où ils passent, la terre se dépouille, les fleuves et les fontaines tarissent; les eaux de la Syrie ne suffisent pas à leur soif et ses moissons ne sauraient les nourrir.

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« Mais, cavaliers et fantassins, la plupart sont des troupes inutiles ; soldats sans discipline et sans ordre, qui n'ont jamais manié le fer, et ne savent frapper que de loin. Il y a cependant quelques guerriers d'élite qui ont suivi les bannières de la Perse, et la meilleure troupe encore est celle du roi, qu'on nomme immortelle.

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« Elle est dite immortelle parce qu'elle est toujours au complet. Dès qu'un soldat y manque, un autre homme de choix le remplace sur-le-champ. Le chef de l'armée est Emiren; en prudence, en valeur, il a peu ou point d'émulé. Le roi lui ordonne de t'amener par tous les moyens possibles à une bataille générale.

« Je ne crois pas que dans deux jours l'anr-ée ennemie tarde à paraître. Mais toi, Renaud, songe à défendre ta tête; bien des fureurs la menacent. Les plus vaillants et les plus famei:x ont aiguisé contre elle leur fer et leur colère. Armide a fait de sa personne le prix du guerrier qui la trancherait,

« Parmi ces conjurés, on compte le noble et courageux Persan Altamor, roi de Samarcande; le géant Adraste, dont les États touchent aux portes de l'aurore; homme qui n'a rien d'humain, qui dompte un éléphant comme un cheval; puis Tissapherne, que célèbrent les voix unanimes de la renommée. »

Il dit ; — et le visage du jeune héros s'anime, et ses yeux étincellent. 11 voudrait déjà se trouver au milieu des ennemis; il ne peut se contenir ni demeurer en place. Vafrin se tourne vers Godefroi : «( Seigneur, ajoute-t-il, ce que j'ai dit jusqu'à présent est peu de chose ; mais voici l'important : ils préparent contre toi les armes de la trahison. »

Puis il développe de point en point la trame ourdie contre lui : les armes, le poison, les déguisements, la jactance des conjurés, les récompenses qui leur sont offertes. On lui adresse mille questions; il satisfait à toutes. Puis succède un instant de silence. Godefroi porte les yeux sur Raimond et lui demande : a Quel est maintenant ton avis? » cxxvui.

Et lui : « Je pense qu'on ne doit pas à l'aube du jour livrer l'assaut, comme il est résolu. On doit investir la tour, afin que ceux qui sont dedans n'en puissent sortir à leur gré. Que l'armée se repose et se prépare à ce grand combat. Vois ensuite par toi-même s'il est mieux d'employer contre l'ennemi la forc8 ouverte, ou de le tenir en échec.

u Mais je pense, avant tout, qu'il te faut d'abord veiller sur les jours. C'est par toi que nous pourrons triompher; quel autre que toi serait notre guide et notre appui? Pour aue leiU"

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costume ne protège pas les traîtres, change celui de tes gardes. Ainsi la fraude te sera découverte, et les conjurés se livreront d'eux-mêmes.

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« — Tu montres, comme à l'ordinaire, répond Godefroi, tes sentiments amis et ta sagesse. Ce que tu proposes, je l'ordonne : nous irons à la rencontre de l'ennemi. Les vain-jneurs de l'Orient ne doivent pas se cacher derrière un rempart ou une muraille. C'est dans la plaine, à la plus vive clarté du jour, que les Infidèles doivent éprouver notre valeur.

CÏXXI.

« Ils ne soutiendront pas le souvenir de nos victoires, ni l'aspect imposant des vainqueurs, ni leurs armes, et leurs forces vaincues seront la base inébranlable de notre empire. La tour se rendra bien, ou, privée de défenseurs, elle tombera facilement en nos mains. » A ces mots, Godefroi se tait et se retire, car le lever des étoiles invile au sommeil.

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