‹ La Jérusalem délivrée, suivie de L'AminteChapitre 82 sur 114 · L AMOUR · texte numérisé non relu

L AMOUR

Qui croirait que, sous des formes humaines et sous ces habits de ijergers, se cache un dieu? non pas un dieu champêtre, ou de la foule céleste, mais de tous les immortels le plus puissant ; qui fait souvent tomber des mains de Mars sa sanglante épée; qui arrache à Neptune le gigantesque trident dont il ébranle le monde, et ses foudres éternelles au souverain Jupiter. Certes, dans ce costume, Vénus ne reconnaîtrait pas facilement l'Amour, son fils. Je suis conti'aint de fuir ma mère et de me cacher loin d'elle, car elle veut disposer à son gre de moi-même et de mes traits. Celte femme vaine, ambitieuse, me relègue au milieu des cours, parmi les sceptres et les couronnes ; elle veut que j'exerce là toute ma puissance, et ne permet qu'à mes ministres subalternes, à mes plus jeune» frères, d'habiter au sein des bois et d'essayer leurs armes sur des cœurs rustiques. Moi, qui ne suis pas un enfant (bien que mon visage soit enfantin ainsi que mes manières), je veux disposer de moi à ma fantaisie ; car ce n'est pas à Vénus, mais à moi que le Destin a confié la torche toute-puissante et l'arc d'or. Cependant souventes foisje fuis et me soustrais, non pas à son empire (elle n'en a pas sur moi), mais aux prières si pleines de force en la bouche d'une mère importune. Je me réfugie alors dans les bois et dans les chaumières. Elle me suit, promettant de donner à qui trahira ma retraite de doux baisers ou quelque chose de plus doux encore j comme si je ne

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