ACTE I. 38 S
vrait avoir sur elle, si l'Amour était équilable? En présence de Battus et de Tircis, grands maîtres en amour, il racontait dans la grotte de l'Aurore, où sur la porte on lit ; «Loin, ah 1 ioin d'ici, profanes, » il racontait tenir de ce grand poëte qui chanta les armes et les amours et lui légua sa flûte en mourant, qu'il est aux enfers un antre noir d'où s'exhale une fumée fétide des sombres fournaises de l'Achéron, et que là sont punies d'éternelles tortures, dans les ténèbres et les larmes, les femmes ingrates et sans pitié. Attends-toi qu'il s'y prépare une demeure à ta cruauté. Il est bien juste quecette fumée arrache sans fin de tes yeux ces pleurs que le sentiment ne t'a jamais pu faire répandre. Persiste donc en ta conduite, opiniâtre que tu es.
SYLVIE
Mais que fit alors Lycoris, et que répondit-elle à cela ?
DAPHNE
Tu ne prends nul souci de tes propres affaires, et tu veux «avoir celles des autres ? Ses yeux lui répondirent.
SYLVIE
Comment les yeux peuvent-ils répondre?
DAPHINÉ.
Tournés vers Elpin, ses yeux lui répondirent avec un sourire enchanté : « Le cœur et nous sommes à toi. Tune dois pas désirer plus, elle ne peut te donner davantage. » Et de cela seul se tiendrait pleinement récompensé un chaste amant, s'il estimait ces yeux aussi sincères que beaux, et s'il leur prêtait une entière confiance.
SYLVIE
Et pourquoi ne croirait il pas en eux ?
DAPHINÉ.
Ne sais-tu donc pas ce que Tircis en écrivait, alors qu'il errait dans les bois, consumé d'un tel délire, qu'il excitait parmi les nymphes et les bergers les ris et la compassion tout ensemble ? Mais ses vers n'étaient certes pas, comme sa cou» duite^ dignes de moqueries. 11 écrivait donc sur les arbres ces vers qui crûrent avec les arbres, et que j'ai lus sur l'un d'eux :
386 AMIME.
« Miroir du cœur, yeux trompeurs et infidèles, à quoi me seriil de reconnaître en vous vos artifices, si l'amour m'empêche de les éviter?»
SYLVIE
Je passe ici le temps à causer, oubliant que c'est aujourd'hui le jour fixé pour la chasse qu'on doit faire dans la chênaie. Attends donc, s'il te semble bon, que je me baigne d'abord dans la fontaine accoutumée : hier je me suis couverte de sueur et de poussière à la poursuite d'un daim rapide que j'ai fini par atteindre et que j'ai tué.
Je t'attendrai, et peut-être me baignerai-je aussi. Mais l'heure n'est pas aussi avancée qu'il te semble ; je veux aller auparavant jusqu'à ma chaumière ; toi, attends en la tienne que j'aille te rejoindre, et cependant songe à ce qui importe plus que la fontaine et la chasse, et si tu ne sais pas, reconnais que tu ignores, et crois-en ceux qui savent.