‹ La Jérusalem délivrée, suivie de L'AminteChapitre 91 sur 114 · SCÈNE PRESIIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PRESIIÈRE

UN SATYRE, seul.

Petite est l'abeille, et son petit aiguillon fait pourtant de graves et douloureuses blessures. Mais quoi de plus petit que l'amoiu-qui entre et se niche dans le moindre espace? tantôt à l'ombre des paupières, tantôt parmi les ondes légères des blonds cheveux, tantôt dans les fossettes que forme le rire sur de belles joues, et cependant il fait de si profondes, de si mortelles, de si incurables blessures!

Hélas ! mon sein n'est qu'une plaie sanglante; le cruel Amour lance mille traits des yeux de Sylvie. Cruel Amour! cruelle Sylvie, plus sauvage que les bois! Oh! qu'il prévoyait juste celui qui te donna un tel nom * ! Les forêts cachent au sein de leur verdure des serpents, des lions et des ours; et toi, tu renfermes dans ton beau sein la haine, le dédain et la cruauté, monstres plus féroces que les serpents, les lions et les ours* car ceux-ci se peuvent apaiser, mais ceux4à ne se peuvent dompter ni par les prières ni par les dons. Ilclas! quand je t'apporte des fleurs nouvelles, tu les refuses, dédaigneuse, sans doute parce que sont plus belles les roses de ton beau visage. Hélas ! quand je t'offre de belles pommes, tu les repousses encore, sans doute parce (jue les pommes de ton beau sein sont plus brillantes. Hélas! (juand je te présente un doux miel, tu le rejettes avec hauteur, sans doute parce que tu as sur les lèvres un miel plus doux encore. Mais si ma pauvreté ne peut te donner une chose que tu n'aies plus l)elle et plus douce, je me donne moi-même. Pourquoi donc, ingrate, méprises-tu et prends-tu en horreur ce présent? Je ne suis pas à mépriser, si je me suis bien vu moi-même dans les eaux calmes de la mer quand, l'autre jour, les vents se taisaient.

1 II joue sur le niot Si/h-ia, auquel il aJlribue le même sens qu'au met Selva forêt).

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