ACIE M
Ce visage coloré, ces larges épaules, ces bras musculeux, ce sein velu, comme ces cuisses, sont un signe de force et de virilité : si tu ne le crois pas, fais-en l'essai. Qu'attendre de ces langoureux bergers qui ont à peine les joues fleuries d'un léger duvet, qui disposent avec art leurs cheveux, efféminés de visage et de nature? Dis à l'un d'eux de te suivre par les bois et les monts, et de combattre pour toi les ours et les sangliers. — Je ne suis pas si laid, non ; et tu ne me dédaignes pas pour ma laideur, mais uniquement pour ma pauvreté. Ah ! les hameaux suivent l'exemple des grandes villes ! Ce siècle est véritablement l'âge d'or, car l'or seul triomphe et règne. 0 toi qui le premier enseignas à vendre l'amour, maudits soient tes cendres et tes ossements glacés ! qu'il ne se trouve jamais nymphes ou bergers pour leur dire en passant : « Reposez en paix ; » mais que les pluies les inondent, que le vent les disperse, et que les troupeaux et le voyageur les foulent d'un pied impur et sans pitié ! Le premier, tu as dégradé la noblesse de l'amour, et rendu amères ses enivrantes douceurs. L'amour .vénal, l'amour esclave de l'or est le monstre le plus grand, le plus abominable et le plus vil que produise la terre ou l'onde . Mais pourquoi ces vaines lamentations? chacun use, pour son salut, des armes que lui a données la nature. Le cerf emploie la course, le lion ses ongles, le sanglier ses défenses; la force et les armes de la feœme sont sa grâce et sa beauté. Pourquoi ne me servirais-je pas de la violence comme moyen d'obtenir l'objet de mes vœux, puisque la nature m'a fait propre à la violence et au rapt? Je ravirai de force ce qu'elle me refuse, l'ingrate, en récompense de mon amour. D'après ce que m'a dit un chevrier qui a observé ses pas, elle a pour usage d'aller souvent se rafraîchir à une fontaine qu'il m'a indiquée. Là, j'ai dessein de me tapir dans les buissons et les arbustes, et d'attendre sa venue. Dès que j'en verrai l'occasion, je courrai sur elle : quel obstacle pourront m'opposer là fuite ou les bras d'une jeune fille, à moi si agile et si robuste? Qu'elle pleure et soupire, qu'elle mette en CLuvre tous les efforts de la pitié ou de ses charmes ; si je puis plonger cette mam dans ses cheveux, elle ne s'éloignera pas que je ne sois vengé.
3^6 AMINTE