‹ La Jérusalem délivrée (volume 2)Chapitre 10 sur 16 · CHANT XL MT · texte numérisé non relu

CHANT XL MT

déployaient^ tous a'arançaieiit lentement rers k sainte montagne couronnée d*oliYiers, et célèbre dans Tunirers; à Vorient^ ce mont domine la cité, et n'est séparé de ses murs que par la Tallée de Josaphat. Les Fidèles s*y dirigent^ leurs chants retentissent sur les collines et dans les cavernes: mille échos leur répondent. Une harmonie cachée anime les bois et les rochers ; tous répètent clairement et le grand nom du Christ et cdui de Marie. Du haut des murailles, les Païens étonnés contemplent en silence ces pompes inusitées^ ces cérémonies inconnues; bientôt revenus de la nouveauté de ce spectacle solennel, les profanes poussent des cris; leurs outrages, leurs blasphèmes font mugir le torrent, et la grande vallée, et la montagne *.

Le peuple de Jésus-Christ n interrompt point sa douce et chaste mélodie; ces clameurs, semblables au bruit d'une nuée d'oiseaux criards^ ne l'épouvantent pas ; les flèches de rennemi ne peuvent Tatteindre ni troubler les pieux accords de ses chants. Sur la cime de la montagne il orne Fautel où doit s'accomplir le grand sacrifice; des deux côtés brûle une lampe magnifique, brillante d*or et de clarté. Guillaume se pare de riches ornements ; silencieux, il prie; tout à coup, d'une voix éclatante, il s'accuse lui-même, invoque Dieu et lui rend grâces. Les premiers de l'armée, à genoux, entourent le saint évoque; la foule, plus éloignée, a le regard fixé sur lui. Enfin, les su-

* t a héâiemmit t i^onU,

Muggi il fanante, # la gram valle, e7 mante.

Boira respect «crspalcoz à reproduire le mot à mol an teale it»Kea, ce q«e B*aTaieat pet fait n<w deToociers, noo< oblige d'employer rexprewioa mugir dont le sert le poêle en parlant de< montagocf, dei valUei et des torrents. Cette figone peatra paraMr* exagérée, mais noe point ridicule, pas plas qoe Icf anWimw paroUa da ptalaiiale : • ht» nMMtagiiet sautèrent comme des. • agpeenx, et les collines comme des b^iers. « Da reste* Temploi dn mot n— gfr, appl^pitf enz fomnts, sVzpIîqne et se Jnstifie : le Tasse, à rimitatîon dee andtae» • émni tmx. tttmtm det oernci de taeteen ; ea frisant megîr les tomaUt tl^ ■• ftût qo*enplif et e«te pedli^q» fitliov.

«s JÉEUSALEII BiUTKÊE.

blimes mystères sont terminés : « Partez, » s*écrie Guillaume; et de sa main sacerdotale il bënit ce peuple de Chrétiens. Pleins de ferveur, chefs et soldats retournent dans le camp (4)-

Les Fidèles se dissipent, Godefroi regSLgne sa tente; des groupes nc>mbreux, empressés, suivent ses pas. Le pieux Bouillon les congédie, retient les chefs, les incite à sa table, et fait placer en face de lui le vieux comte de Toulouse. Un frugal repas ranime les forces des gaerriers, chasse leur soif importune : « Demain, leur dit le capitaine, avec la nouvelle aurore, tenez- vous prêts pour l'assaut; ce sera une journée de sueijrs et de guerre; aujourd'hui vous et vos troupes reposez-vous. » Les gue^ riers se séparent ; ils consacrent une partie du jour aa sommeil, Vautre au travail Soudain les trompettes des hérauts annoncent les ordres de Godefroi; chacpie Fidèle doit être en marche aux premières lueurs de Faube naissante. La nuit, paisible amie du repos, faisait alors trère aux fatigues.

L*aurore est encore obscure, le jour ne parait point à Torient; la charrue ne déchire pas la terre ; le berger ne parcourt pas encore la prairie; les oiseaux donnent sous le feuillage ; on n'entend dans les forêts ni le bruit du cor, ni les aboiements des chiens, et déjà résonne au loin la trompette matinale; le signal du combat retentit jusqu'au ciel. Aux armes, aux armes, tel est le cri général des nombreux escadrons. Godefroi se lève, et ne revêt point sa grande cuirasse habituelle ; il rejette tout pesant fiardeau; l'armure légère d'un homme de pied sufEt à sa défense. Le bon Raimond voit le capitaine sous ce frêle équipement, il devine son projet, et se dirige vers lui (5).

« Seigneur, lui dit-il, où est ta lourde cuirasse, ton armure garnie de fer? Pourquoi es-tu en partie désarmé? Je n'aime point à te voir exposé aux périls d'une gloire vulgaire. Quelle peut être ton ambition ? Serait-ce de monter le premier sur la muraille? Laisse à d*autres ces

exploits, laisse-leur sacrifier une vie moins digne, moins utile que la tienne. Toi, seigneur, reprends tes armes ordinaires. Tu es rame du camp, le mobile de nos succès : pour Dieu, aie soin de tes jours! » H se tait. « Sache, répond Godefroi, que lorsque dans Clermont le grand Ur» bain me donna cette épëe, et de sa main puissante me constitua défenseur de la foi, je ne fis pas seulement yœu de remplir les devoirs dun capitaine, mais encore d'employer mes forces et mon bras comme un simple guerrier*. Quand j*aurai rangé tous les Fidèles contre l'ennemi, quand j'aurai satisfait à mes devoirs de chef de l'armée, j'irai moi-même combattre sur les remparts, j'accomplirai mes promesses : le Gel veillera sur moi »

Bouillon parle ainsi; ses deux frères et tous les chevaliers de France imitent son exemple. Les autres chefs revêtent comme eux une armure légère, et paraissent sous le costume des gens de pied. Cependant les Païens sont déjà groupés sur la partie faible de leurs murailles : c'est le côté du nord se prolongeant vers l'occident. Le tyran impie y rassemble son peuple, sa milice étrangère; les enfants, les vieillards viennent partager sa fortune, ses extrêmes fatigues ; ils fournissent à des bras plus robustes, la chaux, le soufre, les pierres, les traits et le bitume. Les autres points de la cité sont à l'abri de tout assaut. Le mur, au-dessus de la plaine, est couvert d'armes, de machines de guerre. Soliman, géant horrible, s'élève de la moitié du corps sur les redoutes. Argant, au milieu des créneaux, montre au loin sa face menaçante ; et de la tour angulaire, Clorinde semble planer sur eux tous. Un lourd carquois, des flèches meurtrières sont suspendus aux épaules de la belle amazone; déjà Tare est dans ses mains, le trait est sur la corde tendue ; impatiente de frapper, elle attend l'ennemi au passage. Telle, autrefois, on croyait

* God«froi d« Bonillon n'ÎMÎstait pM aa conciU d« ClennoDt, ca AoTcrgne (■orembrc 1095 ), oà fvl prêcMc la pramièrt croitada par la papa Urbain U. Le duc de Lorrdaa élail alors ta Flaadr*.

JËRUSÂUK DiUY&iE.

Toîr k déesM de Dâoa laneer ses traits dv sein des mci.

Le TÎeux rcâ parcourt la yiUe à pied, Ta d'une porte à l'autre, visite ks remparts, encounge et rassure les défenseurs» là, il double le nombre de ses genâ ; là, il leur dôme une j^us grande quantité d'armes; ses soias s'étendent à tout. Les femmes attristées, éperdues, se rendent dans les teisples pour invocjuer leur dieu imposteur: «O prophète, s'écrîent-elles, brise, de ta main juste et forte, les hocci des brigands chrétiens; ranverse à nos portes fDnnidaMes les. blasphémateurs de ton grand nom. » Leurs prières le furent point entendues dans Fétemel séjour des pleurset de la mort. Ainsi, d'un câté, la ville m prépare à h H' fense ; de l'autre, le pieux Bouillon s'avance arveeacsgeni, et fait déployer leurs étendards.

La sage prévoyance du capitaine a tout prévu, ki hommes de pied ouvrent la marche ; il les distribue sor deux lignes obliques^ en fiice des murs qu'il se propose d'attaquer; au centre, se trauvent les terribles instruments de guerre, d'où, semblables à la foudre, s'élancent les pierres et les traits. Derrière les fantassins, Godefroi place les cavaliers, puis il donne le signal de la bataille. Lesa^ chers soatsi nombreux, les flèches volenten si grande quontité, que déjà la foule des Païens est moins épaisse, les assiégés sont affaiblis ; ils périssent ou prennent la fuite. Les Francs précipitent leurs pas; les uns, protégés ptf des machines, traversent sans danger des nuées de trûts; d'antres unissent leurs boucliers et s'en couvrent la tète. Ils arrivent ainsi au fossé, et s'efforcent d'en rempKr le vi«le pour le mettre de niveau avec la plaine. Ce fosse lai|*e et profond ne contient ni Kraon ni eaux croupît santés; bientôt on le condl)le à l'akle de fascines^ de troncs d'arbres et de pierres. L'audacieux Adraste, le premier, pose une échelle et y monte; les Sèches et me plaie de bitume bouillant ne peuvent l'arrêter.

On le voyait, ce fier Helvétien, déjà parvenii au soia* met des murailles; en butte à mille traits, aucun n'a ps

rëprioier m course hardie. Tout à coup un dabns dé t^ checi 4*un poidi énonne, rapide comme ki boB^e, l*a*. teÎBt sur sou casque et le renverse; ce ccmp Cormiiàb^ est un exploit cki Circassien. Le Fidèle pt^sse la èene sous son poids imiaobile, mtbsa Uetsure a'eac pas mortelle. D'une Toiz cruelle €it puifisanie, Jkxgant s'écrie : « Le premier est tombée vienne un second prendre sa place. Lâches guerriers, montez à Tassaut sans vous cacher; r»gardez-moi, ne suis-je pas à découvert? Vous ne resieiVE pas longtemps à Tahri de vos étranges mackiiies, vous périrez comme des betes fauves dans leurs tanièresb *»

U dit, et «es discours n îafeînûdent pas les Chrétâeim; réunis sous leurs laides boudiers, ils bravent les traita^ les pierres les pluB pesantes. Déjà le dur bélier, des poutres démesurées menacent les murailles, brisent les portes et les remparts. Cep^ulant une immense roche, poussée par cent bras vigoureux, disperse les groupes les pkis épais: on dirait la chute d une BMNitagne. Les boucliers sont séparés, les casques mis en pièces; la terre est rougîe de sang, j<Michée d'armes et de cadavres. Les assaillants ne font plus usage de leurs machines; ils dédaignent les périls obscurs, ils les affrontent au grand jour. Les uns grimpent sur des échelles; les autres sapent les fortifications. Le mur croule, et ouvre au milieu des nnnes une brèche à l'impétuosité des Francs. Les terribles secousses du bélier agrandissent le passage ; du haut des créneaux, la gent païenne le défend, elle emploie tous les stratagèmes usi* tés dans les batailles; aux redoutables efforts des inattvments de guerre, elle oppose des halles de laine; cette ■terifuf souple et molle reçoit les coups et les anuntit.

Tandis que laudacieuse troupe des Chrétiens monm une aussi grande valeur, Qorinde a déjà sept fois tendu son arc, sept fois ses traits sont partis; chaque flèche s*est trempée dans un sang noble et digne. L'altière amazone méprise la populace, tout triomphe vulgaire; elle atteint un premier guerrier, c'est le fils du roi des Anglais; àpenie

Hi 1ÈRU8ALE1I DÉLIVRÉE.

a-t-il levé son bouclier au^dessoft de sa tête, an coup foneste lui' perce la main droite : son gantelet d'acier ne peut la garantir; inhabile à manier les armes, il se retire firémissant de douleur et de colère. Le comte d'Amboise expire sur le bord du fossé, le Français Qotairesur réchelle; Tun blesse à la poitrine, l'autre à la cemtore. Le comte de Flandre soulevait le bélier, et au même instant il est frappé au bras gauche; le fer demeure dans h plaie, on ne peut l'en détacher.

L'imprudent Adhémar contemplait ce cruèi combat; soudain un trait fatal lui déchire le front. Leprélatypoite la main ; un second trait cloue cette main sur son visage; Adhémar tombe, et les flèches d'une Païenne nagent dans le sang du pieux éréque *. Le courageux Palamède, mé prisanttous les périls, s'élance sur les remparts; la septième flèche de Glorinde lui enlève l'œil droit, traverse YaAite, et ressort sanglante derrière la tête; le guerrier chancelle, et meurt au pied de la muraille.

Ainsi elle frappe !... Godefroi, par un nouvd assaut, accable.les assiégés; il conduit vers une des portes la plus grande de ses machines; c'est une tour de bois diargée d'armes et de troupes, roulant sur un essieu mobile; elle égale en hauteur les créneaux les plus élevés; masse mouvante, elle s'approche des redoutes, lance des javelots et tente de s'unir à la muraille opposée. Tel un navire, dans une lutte de mer, cherche à s'accrocher aux vaisseaux ennemis. Les défenseurs de la cité attaquent cette tour, la repoussent avec leurs piques, font pleuvoir des pierres sur son sommet et sur ses roues* Les flèches obscurcissent le ciel ; semblables à deux nues qui s'entredioquent, souvent le trait est repoussé par un autre trait Les Sarrasins tombent des remparts, comme les feuilles on ta

* Von» avoni dit diiï que IVTéqvc Adb^mar ëtait mort de maladie, aprb U friae d*Aatioehe, plu de huit moit avant le sîëfe de Jërwalea. (^ejr. ■«(•' àm chaot i**, pay. tS.)

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dues • ces balles se détachent et laisseiâ. 'ne

défense (6). •

Battus par la tour, battus par le rude bélier, ^ remparts présentent plusieurs ouvertures, et laissent \ ^ dans Vintérieur de la cité les mouyements de l'ennemi. Le capitaine, couvert d'un immense bouclier (il s*en servait rarement dans les batailles), s'avance auprès des murs, examine tout avec attention ; il voit Soliman descendre au milieu des ruines pour disputer le périlleux passage. Clorinde et le cavalier circassien, sur la hauteur, doivent défendre les créneaux. A cet aspect, une ardeur généreuse enflamme le cœur de Godefroi; il se retourne vers le bon Sigier qui porte un bouclier et un arc : « O mon fidèle écuyer! lui dit-il, donne-moi ces armes légères; je veux essayer de franchir le premier, sur les décombres, ce chemin dangereux ; il est temps de signaler mon courage par quelque noble exploit. » A peine a-t-il parlé, à peine a-t-il changé de bouclier, une flèche rapide lui traverse la jambe, déchire les nerfs et produit une douleur cruelle. Le coup partit de ta main, Qorinde ! la renommée le dit ainsi : toi seule en as l'honneur ; et si dans cette journée les Païens évitèrent la mort ou la servitude, c'est à toi qu'ils le durent.

Cette blessure ne ralentit point la marche du magna-

JERUSALEM BBUYREE.

nime béros; debout snr les ruines, il appelle ses guerriers. Bientôt Bouillon s'aperçoit de la gravité de sa plaie ^ ses jambes iléchissent soiis lui, et le forcent d'abandonner l'attaque. De la main, il fait signe à Goelfe : « Je m'en vais malgré moi, lui dic-il; tiens ma place de capitaine, supplée à mon éloignement. Dans une heure je seraà de retour. Je pars et je reviens. » A ces mots, il monte im coursier agile, mais il ne peut entrer dans le camp sans être vu des siens et des ennemis. La fortune des Francs disparait avec Godefroi. Le Païen sent accroître sa Tigueur ; son espoir se réveille, son courage se ranime. Les Fidèles ont perdu leur audace, leur impétuosité; leur fer est moins redoutable, le son même de leurs trompettes est languissant. La troupe fugitive des Païens, naguère chassée par la crainte, se montre de nouveau sur la muraille; à l'exemple de l'intrépide guerrière, les femmes saisissent les armes ; on les voit, les cheveux épars, courir, lancer des traits; elles ne craignent pas de s'exposer pour la défense de leur ville chérie.

La terreur redouble parmi les Chrétiens : Guelfe, le puissant Guelfe, tombe renversé; le destin Va choisi entre mille guerriers, et a dirigé contre lui une pierre lancée de loin. Au même instant, un coup pareil frappe le comte Raimond ; le vaillant Eustache est atteint sur le bord du fossé. Les flèches de l'ennemi, souvent mortelles, font toujours de larges blessures. Le succès enhardit le Circassien : « Ce n'est point ici Antioche ! crie-t-îl aax Fidèles d'une voix tonnante; la nuit ne sera plus favorable à vos artifices. En face de vous se trouvent un soleil brillant, un peuple courageux, une autre manière de combattre. L'amour des victoires, du pillage, est-il éteint dans vos cœurs.i^ N'étes-vous plus que de faibles femmes épuisées au moindre assaut! »

Ainsi s'exhale la fureur de Taudacieux cavalier.La grande cité qu'il défend ne lui paraît pas assez vartepour ses exploiu; il s'ouvre un passage, franchit la brèche; le tyran

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donnent à tous les transports de leur rag lesflanunes; armés de torches flamboyantes, ij. ▼ers la tour. Ainsi les sœurs de Pluton, ministre de ses volontés, quittaient autrefois le Tartare poui leverser le monde, en agitant leurs serpents et leu. flambeaux.

L'invincible Tancrède encourageait les Latins à Tassaut ; il voit ces flammes, ces deux torches ardentes ; soudain il cesse de parler et court arrêter les Sarrasins ; sa prodigieuse valeur les repousse et les met en fuite; en un instant la fortune change l'aspect de la bataille. Le capitaine, blessé, était alors sous sa tente ; Baudouin et le bon Sigier sont auprès de lui, de nombreux amis affligés les entourent. Godefroi, impatient, essaie d'arracher le trait funeste; le bois se brise et le fer reste dans la plaie. Le pieux Bouillon veut qu'on emploie pour l'en retirer les moyens les plus violents, il veut que l'on sonde sa blessure : « Avant la fin du jour, s'écrie-t-il, rende&moi aux combats. » H dit, et appuyé sur le bois d'une lance, il livre sa jambe à l'acier tranchant.

Hérotime, né sur les rives du Pô, travaille à la guérison

du capitaine. Les plantes et leurs vertus, les eaux et leur

JÉRUSALEM BÉLITRËE.

usage, tout lui est connu. Vieillard chéri des muses, il leur a préfère la gloire plus obscure d'un art utile ; par ses chants il pouvait immortaliser le nom des guerriers, il aima mieux par ses soins arracher leurs membres fragiles an trépas. Godefroi, le regard assuré, maîtrise sa douleur. Hérotime, les bras nus, et d'une main légère, tente d'extraire la flèche avec le secours des plantes ; puis, armé d'un fcr, il croit la saisir : rien ne lui réussit; la fortune ne seconde pas son adresse, ne sourit pas à ses vœux ; il devient presque homicide, tant le martyre du héros redouble. Enfin, lange protecteur de Bouillon, touché de ses maux cruels, va sur le mont Ida cueillir le dictame, herbe salutaire et veloutée, éclatante comme la pourpre. La nature apprit aux chèvres sauvages à connaître les vertus secrètes de cette plante, elles s eu servent lorsque Tarme du chasseur a déchiré leurs entrailles. L'ange invisible l'apporte, en distille le suc dans des eaux préparées ; il mêle l'onde sacrée de la fontaine de Lydie à la panacée odoriférante. Le vieillard en verse sur la plaie : la flèche sort d'elle-même ; le sang s'arrête, la douleur s'apaise, et la vigueur renaît (7)!

•( Ce n est point mon art, s'écrie Hérotime, ce n'est point la science d'un mortel qui a guéri ta blessure; un ange, j'en suis certain, est descendu sur la terre; sa main céleste t'a prêté secours. Reprends-tes armes et retourne aux combats. » Avide de batailles, le pieux Bouillon met sa chaussure ; déjà le casque sur la tête, le boucher au bras, il a saisi sa forte lance. Mille guerriers le suivent, sortent des retranchements, et marchent vers la Gté ; la terre tremble sous leurs pas, une nuée de poussière obscurcit le ciel. Les Infidèles voient de loin l'arrivée de ces troupes; la terreur s'empare d'eux, et les glace d'épouvante.

Trois fois le capitaine pousse un cri; les Chrétiens reconnaissent cette voix altière, signal des batailles; avec une impétueuse ardeur, ils vont encore à l'assaut. Les deux féroces Païens se sont ralliés sur les débris des murs; ilsen défendent vaillamment le passage contre Tan-

crède et ses guerriers. lie eapitame des FrancS| abrite sous ses âmes, s'upprodie d'un air menaçant et dédaigneux ; Irientôt il décoche au fier Circassien une flèche fulminante : jamais aucune machine n'a frappé les remparts d'un plus temblecoup. Le trait fend l'espace ; ^inébranlable Argant lui oppose son bouclier.

Le bouclier cède, la dure cuirasse ne résiste pas ; le trait perce l'armure du Païen et l'inonde de son sang. Le Circassien n'éprouve aucune douleur, il arrache le fer de sa blessure, et le dirige sur Godefroi : « Tiens, s'écrie-t-îl, je te renyoie ton arme! » L'instrument de yengeance vole et revoie dans les airs : il n'atteint pas Godefroi. Le capitaine se courbe ; l'arme cruelle passe au-dessus de sa tête, renverse le fidèle Sigier, et lui fait au gosier une profonde plaie : ce guerrier, expirant pour son maître, quitte sans regret le séjour de la lumière. Une pierre lancée par le grand Nicéen Uesie le chef des Komiands ; il tourne sur lui-même et Unshe avec fracas. BoinHon ne peut plus supporter tant d^nqofes; Fcpée an poiiq;, il gravit les ruines amoncelées, et m porter la ^aoe wê milieu des ennemis. De merveilleux exploila âgvaleiit Im valeur du Franc j la lutte devient meuitnetfe>Simiiwn kanit paraît, elle couvre le monde de son obscur naaleau; mi ombres pacifi(jues calment le courroux des mnttrils. Godefroi cesse de combattre et se retire.

Avant d'abandonner le <iiamp de iMiaiUe, le pieux Bouillon fait reticer InmJailf et les Uenés ; il sauve de la fureur des ennemb aes bdhqueuses machines, et cette grande tour, terreur première de la gent Infidèle, encore redoutable, quoique brisée en plusieurs endroits. Echappée à de nombreux périls, elle allait être en sûreté; mais semblable à un navire, qui, après avoir bravé les vagues, la mer en furie, échoue sur le sable, et périt sur un écueil à la vue du port; ou telle qu'un coursier, vainqueur des précipices, tombe à la porte de sa retraite : ainsi la tour chancelle; deux de ses roues se détachent, et la laissent

JUS JËBCSALEU DËLITRÈE.

suspendue coniine une immense ruine ; les troupes la soutiennent, bientôt des mains habiles auront relevé ses de~ bris. Elle sera réparée avant le lever du soleil, Godetroi l'exige; il l'entoure de gardes, en place à toutes les avenues. De la Cité on entend le bruit des marteaux, les cris lies traviiilleurs : on disiînguc leur ouvrage à la lueur île raille Ihiinbeaux resplendissants.

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