UT
point, et Galilée, irès-jeune encore, Galilée/ qui devina la grandeor.et la majesté de rimmenseisystèmednmonde^ écrivit un détestable pamphlet contre le Tasse et la /éru$akm dUivrie \ :. « Sîgnor Tasso, s*écrie-l-il en finissant, vous n*y entendez rien du, tout; vous barbouillerez beaucoup de papier, et ne ferez que de la bouillie pour les chiens ^ » Hélas ! Galilée, en persécutant un pauvre captif, ne se doutait pas alors que lui-même, en butte ti une affreuse persécution, serait détenu dans un cachot plus noir et plus higubre que la prison du grand poëte.
Tant de renommée exerçait une irrésistible puissance sur rimaginalion du peuple italien ; ce peuple s'animait pour un baladin, pour un mime, ne devaît-jl pas songer à son poète favori? I^ piq>e, les cardinaux, les ducs de Toscane, d'Urbin et de Mantoue, les villes même, Bergame en tête, adressèrent des suppliques à Alphonse, qui faisait beaucoup de promesses et retardait toujours la délivrance du captif. Le duc de Ferrare craignait une de ces vengeances du génie qui sait flétrir un nom jusque dans la postérité.Cependant Vincent de Gonzague, beaufrère d'Alphonse, cautionna le Tasse, et donna Tassurance qu'il ne publierait aucun pamphlet injurieux contre la fa* mille d*Este, et « ne tenterait aucune chose contre l'honneur et le respect dus à un aussi grand prince comme était le. duc Alphonse'. » La liberté fut accordée. Après sept ans et deux mois de soulTrances, le sublime auteur de la Jérusalem sortit de rhôpilal Sainte-Amie^; il revit le monde brillant, les magnifiques fêtes, dans le palais des ducs de Mantoue; des soins, des prévenances rendirent un peu de repos à sa tête et à son cœur.
Deux ans plus tard, le poète était à Rome, puis sur la route de Naples : il . aimait de prédilection la ville
> QmêUeranmd al Tasso di GsliUù GalUei; Venise, 1793, in*l«. * C« tont Icf propret espreMÎims de Galîlëe : Vna paniecis da cani. ^ Ck* a mo» temiÊrtbht eoêa alcuna contro V onorë e ta rivêrenxa dwuta a un si grau principe, tmn* ^$U m'a, Ssrassi, ^ita del Tasio, p. 369. '* be (jaillel 1586. .
nfj TOEgVATO TA8S0.
an golfe divio^ sa mer paisible et son beaa cid. Tor» qaalo habita chez les moiiies dû MontOHtei, pieai soi^> venir des gaerres saintes et de la tombe du Christ qn'il avait chantées ' ; an pied de la croii, sous Tolivier «fui rappelle le sol de la Palestine, le Tasse voulu! retoucher sa Jérusalem diUtrée^ et en effitcer les éloges prodigués à la maison d'Esté. Bientôt il quitte Naples pour Florence ; il va encore à RomCi et revient la même année à Naples^ toujours agité, comme si la vie était pour lui une fièvre incessante. Ici se place un épisode célèbre en Italie : qui n'a vu ce tableau où le Tasse est eotoufé de brigands des Apennins, ft la mine scwage, ao oostoiw national et pittoresque; tous sont agenouillés devant le poète, e( le supplient de reprendre quelques pièces de monnaie dont ils Tonl dépouillé. L'anecdote, telle que la peinture l'a reproduite, n'est point exacte ; void ce que fournissent des renseignements plus précis. Le Tasse était un brave et courageux cavalier, il ne craignait point dé croiser l'épée ou de manier le poignard ; on disait dans les villes que la montagne n'était pas sdre, qu'on serait infailliblement arrêté ; les amis de Torqualo hésitèrent, lui seul persista dans le dessein de faire le voyage, et quand les voleurs connurent son projet, ils lui envoyèrent un sauf-H^onduit.
C'est à Naples qu'une pensée religieuse entraîna Tor^quato à composer sa GerusaUmme cùnquiêUikÈ. Le pre^ mier poème de la Jérusalem délivrée était comme on re^ mords pour le Tasse ; il regrettait d'avoir mêlé des détails profanes à la sainte entreprise; tous ces tableaux de galanteries et de passions humaines^ Hertniniét Armide, Sophronie et Olinde, lui paraissaient souiller le récit de la noble croisade. La Jérusakm eonquieet, froide et laO'-
* Le Taut eompoM le premier ehânt 4*aii p«ëme fw ctflëbr«r !• gén^reiiie hoepitàlilë des bons relif ieast puUié à Ferrere Mat ce litre : H Wmt-Oliveta iel signer Torqush» Tssso, cûh ê^giuntu é* um éimi^go ckt trmtim /' ùtvrim éeW isteuo poema. 1605, in-A*.
gIdsBanI* épopée. Fat «ne espèœ de cantique en l'boiH neiir des Chrétiens riclorieni '.
Alers en préptraii au Tasse nu bean Iriomi^e; Ut^ taie destinée! qnand la moii s'atiptochail oïl tenait orner de lletrs la téie dn poête^ abîmée par une longne suite de persécutions et de chagrins» Le cardinal Cinthio AU dobrandini avait engagé le pape Clément VIII à reoon* vêler pour Torquato le poétique couronnement au Capi* lole» vieille coutume de Borné païenne. Tandis qu'au Vatican on tresse des couronneSf le Tasse vient dans la métropde du monde chrétien ; une fièvre lente le consu«mail; il se fit porter au monastère de Saint4)nuphret où il expira le 25 avril 1595^. A cette nouvelle» le délire fut général ; Rome se couvrit de deuil ; ce peuple Italien, si en* Uiousiaste, si démonstratif, eiposa sur les places publiques son corps revêtu de la loge et le front ceint de lauriers. Hé* las! un peu plus de joie, un peu plus de bien^tre pendant la vie, un peu moins d'encens après la mort; faut- il done être poussière pour que Pbnplatable haine des hommes
* Lft ÛttMmtêmmt bmfmàtaim èal p«« élè «tteèèl ; tilt nfe mi impWMék qil'«tté M«l« foU en ttalU; BiMMt 1595^ ia-4*.*— Abcf rAagalier an donna one Mition à Pari*, îa-IS, qot le Parlencnl ««pprima, comme renfermant des pro* po«flloni eAntraîfe» ailiL dh>lti dét coii^ohnél, «I laHout eci veft Aà lé poltè ^Itaft ^nb lft droit dftt pflp*t iSlltl dft dlspdfftl> llèi txAàU, de doUfetf lft tni M royanaift et le rayanAft an roi ;
Ei mlo il re pub dort al regno, Ë */ regHO ml rè, éomi l tiranni t i mostri, k pUcmii M rith / ^r»»» séegno.
* T. Tliso àvitl atori cl*qttaAté él n« nAs ton i*tott. QnêlqdM jotfH ifitll ii ttiorii il tfcrÎTait i «on ami Coellntini : • Je md iftni an ttrme dt tfkl «{#« tt*ayanl jamaii pn tronTer remède à nne flchenie indiipoMtion qni s*e«l jointe 1 lônict mes inlirmlt^i habllueilcs, et qa(, ]e le tois claireroénl, mVnirafné comme nk «omill rapide. Je Été ntl lift «èlidIlUe I éè diodiMèl1« do Sèitll-* Onuplire, uon-seolement parco qne les médecins «n jof ont Pair meilleur qne celui de tous les autres quartiers de Rome, mais pour commencer en quelque surie, dft cê lien diftvé, et pif la coAtartilloii de Céi sainte tcHfietts, iliét cou- Tftftatloai danâ le Hel. Pirlci INi!ti pont mol, M toycs sûr qne comme je vont al lonjourt almë dans Mttè irl*, J« ferai ittflt pMr votti, dam Pautre, qdi ért la véritable, ce qni couTtcnt à une ehftrlM trait et llncèr». Je vdns recommando k la grâce divine, et je ra*y rtcoounandc moi-ném«. « Tom. t de m Œuvras, Firtuze, in-f.
U¥îij TORQUATO TÀSSO.
pardonne aux esprils éminents et à la magnificence de leurs œuvres? Un superbe mausolée fui élevé à la mémoire du Tasse par le cardinal Bevilacqua ; on le voit encore dans la petite église de Saint-Onuphre.
Jugerons - nous maintenant Tbomme et le poète? L'homme fut inquiet, mélancolique, fantasque, comme tout ce qui est dévoré par les feux d'une imagination trop vive, d'une méditation trop profonde ; le Tassé portait la croix du génie, la plus lourde, la plus cruelle, parce qu'elle vous expose à de continuelles expiations. Le poète fut immense; Torquato Tasso est un des prodiges de ce xYi* siècle, époque si féconde en érudition, si remarquable dans les sciences et dans les arts. Jlîiuildo, c'est son enfance chevaleresque, c'est le prodigieux début d'un écolier nourri de la lecture des romans du moyen âge, des légendes et de la chronique de Turpin. La Jé^ rtualem délivrée^ si solennelle, si sagement conçue, est le produit d'un talent mûr, parvenu à son apogée de force et de vigueur; enfin, la Jiriisalem canquite arrive au déclin de la vie, comme un repentir tout catholique des jours de distractions mondaines. Le Tasse a multiplié les poèmes, les carizoni, les lettres, les sonnets, cris de douleur, d'indignation ou de piété ^ Telle fut cette existence qu'on ne peut suivre sans se laisser entratner à mille pensées tristes, à mille rapprochemenis; elle serait décourageante pour rhommc^ de génie, si lu vocation se rommandait; quand les entrailles brûlent, qu*importent les obstacles! on s'avance dans celte carrière dont la main de Dieu a marqué les phases; la destinée n*appartient à personne, et alors même que la persécution vous attend, on y marche, parce qu'on est résigné aux sacrifices.
- 1 11 cxitle plasieurs ^dîtîcMU des Œnvre» du Taue : Opère, Fircnie, 1724, 6 vol. in-f*. — Opère raccolte da Foppa; Roma, 1666, 3 vol. in-4*. — Venetia, 1735-4741, il Tol. xn^i?,-- Opère, sceUe» Mîlano, 1804, 5 Vol. in-S». -^Opere complète, Piia, 18S1 et sniv., 30 vol. in-8o.
ttû^cfrai Çatanjiianf f^s t^tfi ISrm'ti.
CmAJXT PREVIBB*
Je chanta les pieuBes bataUlesi et oe capitaine qiii dâl* ▼ra le grand sépulcre du Christ, Il dut beaucoup à son génie et à son bras; que ne souflrit^il pas dans cette glorieuse ^treprise? En vain Fenfer s oppose à ses desseinsi en Tain les peuples réunis de FAsie et de FAfricpie s «iv ment contre lui; le ciel lui vint en aide, et il sut maintMr sous ses sainte bannières ses compagnons errants (i).
i JÉRUSALEM BÉLIYRÉE.
O muse, toi qui n as pas le front ceint des lauriers vieillis de THélicon, mais qui, dans le ciel, parmi les bienheureux esprits, poites la couronne d'or, brillante d'étoiles immortelles; inspire à mon cœur une ardeur céleste, embellis mes chants, et pardonne si je mêle à la vérité d'autres charmes que ta poésie. Tu le sais, le monde accourt où le Parnasse répand le plus ses douces illusions, et le vrai, reproduit en vers harmonieux, persuade les plus rebelles. Ainsi, à l'enfant malade, nous présentons un vase rempli de sucs amers; les bords en sont trempés d'une douce liqueur; séduit, il boit, et de son erreur il reçoit la vie.
Toi, magnanime Alphonse, toi qui m'as arraché aux fureurs de la fortune, et, du sein des écueils et de l'onde agitée, m'as guidé dans le port, moi, pèlerin errant; accueille d'un front gracieux cet écrit : je fis vceu de te le consacrer. Peut-être un jour viendra où ma plume, prophétisant l'avenir, osera écrire de toi ce qu'elle ne fait qu'ébaucher aujourd'hui. Il est bien juste, si jamab Ton voit le bon peuple du Christ, avec ses vaisseaux et ses chevaliers, arracher aux fiers enfants de la Thrace sa grande et injuste proie; il est bien juste qu'il te concède le sceptre de l'armée de terre, ou, si tu l'aimes mieux, le haut empire des mers. Emule de Godefroi, écoute mes chants, et prépare-toi aux batailles (a).
Six ans s'étaient écoulés depuis que les Chrétiens avaient passé en Orient pour cette haute entreprise; ils s'étaient déjà emparés de Nicée par assaut (3), et par ruse de la puissante Antioche, qu'ils avaient défendue en bataille contre la gent innombrable de Perse (4)« Tortose aussi avait été assiégée. Les froidures de l'hiver les mirent dans l'inaction, et ib attendaient le nouvel an.
La fin des pluies supportées par l'armée des Fidèles n'était pas éloignée, lorsque l'Eternel, placé dans la partie la plus pure du ciel, du haut de son trône, autant élevé au-dessus de la sphère étoilée que celle-ci l'est des abimes de l'enfer; ce grand Dieu, l'œil tourné vers la terre,
CHAin PEEMIElt f
embrassa d*an seul aspect et dans un seul instant toiit oe que réunit le monde.
U contemple toute chose, et s*arrèle enfin sur les princes chrétiens rassemblés en Syrie. De oe regard qui pénètre les plus secrètes affections des humains, il aperçoit Go* defroi plein de foi et de zèle, méprisant toute gloire mortelle, les trésors etl'empire : sonyœu est de chasser le païen cruel de la sainte cité (5). Mais il voit en Baudouin un esprit cupide qui aspire aux grandeurs humaines. Tancrède lui parait fatigué de la vie, tant un fol amour le tourmente et le martyrise! Il remarque Boémond occupé à fonder les grands principes de son nouveau royaume d' Antioche, it lui imposer des lois, à introduire de bonnes coutumes, les arts et le culte du vrai Dieu : absorbé dans ces pensées, Boë* mond dédaigne toute autre entreprise. Il découvre en Renaud un cœur guerrier, impatient du repos ; sa cupidité n'est, ni pour For, ni pour les empires, mais il est ardent de renommée et d'honneurs immodérés. Il le voit apprenant de la bouche de Guelfe les exploits éclatants de ses aïeux.
Après donc que le Roi du monde a observé les plus in* times sentiments, il appelle à lui, du milieu des splendeurs angéliques, Gabriel, le second du premier ordre des sera* phins; joyeux messager, c est aussi Tinterprète fid^e entre Dieu et ses meilleures Ames; il leur porte les décreu du ciel, et reporte au del le zèle et les prières des mortels. Dieu dit à son envoyé : « Va trouver Godefroi, et dis-lui en mon nom : Pourquoi ce retard? pourquoi la guerre ne se renouveUe^relle pas, afin de délivrer Jérusalem opprimée.*^ Qu'il assemble les chefs dans un conseil, qu'il hâte leur lenteur. U sera leur capitaine; je l'ai élu id, les autres le feront sur la terre, et ceux qui naguère étaient ses compagnons ne seront plus que ses subordonnés.*
L'Etemel parle ainsi, et Gabriel s'apprête soudain à exécuter ses commandements ; il donne à sa forme invisible un aspect quilerend semblable aux humains ; son corps est
é JÉRUSALEM BËLITRËE.
celui ded mortels, mais une céleste majesté Fenvironne; il est dans Tàge qui sépare la jeunesse de Fenfance, et des rayons éclatants ornent ses blonds cheveux; ses épaules sont revêtues d*ailes blanches, dont la cime est dorée ; leur Vs ^ vitesse, leur légèreté est infatigable. Il fend Tair, les nua- > \ ^ ges; et, majestueux, il plane sur la terre et sur la mer. ^rv >.\ Ainsi vêtu, le messager, agitant ses ailes, se dirige vers le
\ j ' globe et s arrête d'abord au mont Liban; puis, reprenant
son vol précipité, il arrive vers les plaines de Tortose. Le soleil sortait à peine de TOcéan hrapide; quelques rayons s'apercevaient, mais la plus grande partie était encore cachée sous les eaux. Godefroi, selon sa coutume, adressait à Dieu ses prières matinales, lorsque, du côté de Torient, lange apparut avec le soleil, mais plus brillant que lui.
« Godefroi, dit-il, voici la saison opportune que l*on attend pour guerroyer; pourquoi donc ce retard dans la délivrance de Jérusalem subjuguée? Assemble un conseil de princes, et pour ce grand œuvre presse les plus négligents; Dieu t'a déjà élu pour leur chef, ils se soumettront volontairement à toi. Il m'envoie; messager céleste, c'est en son nom que je te révèle sa volonté. Quelle espérance ne dois-tu pas avoir dans la victoire, quelle confiance dans l'armée qui t'est donnée ! » Gabriel se tait, et disparait dans la partie du ciel la plus sereine et la plus lumineuse. A ce discours, à cet éclat, Godefroi reste les yeux éblouis, et le cœur étonné.
Ayant repris ses sens, et réfléchi sur cette vision, sur son objet, sur son auteur, il désire ardemment mettre fin à une guerre dont il va avoir la conduite ; non que sa poitrine se gonfle d'ambition en se voyant préférer par le ciel à tous les autres, mais sa volonté s'embrase dans la volonté du Seigneur comme l'étincelle dans la flamme. Aussitôt il invite ses héroïques compagnons, dispersés de tous côtés, à se réunir promptement ; il leur envoie lettres sur lettres, messages sur messages; toujours aux conseils il unit la prière; tout ce qui peut attirer des âmes généreuses,
CHANT PRBMIBR. i
tout ce qui peut réveiller la vertu assoupie, il a tout eitiployé) et d'une manière si efficace qu'il plaît, même en imposant un devoir. Les chefs viennent; des chevaliers les suivent. Boèmond seul ne parut pas (6). Une partie est campée sous des tentes, Tautre se groupe dans Tortose et aui faubourgs. Les grands de larmée s'assemblent en ce jour solennel, glorieux sénat, où le pieux Godefroi, la majesté dans le regard, et d'une voix sonore, leur dit ces paroles* :
« Guerriers de Dieu, que le Roi du ciel a choisis pour restaurer sa foi ; vous qu'il a conduits sains et saufs au milieu des dangers de la terre et des mers; si bien, qu'en peu d'années, vous avez successivement soumis tant de pl^ vinoes rebelles, et planté vos enseignes victorieuses ches des peuples vaincus : nous n'avons pas, si je ne m'abuse, dé<* laissé les douceurs de nos femilles et les lieux de notre naissance , nous ne nous sommes pas exposés aux périls de k mer et d'une guerre lointaine, pour acquérir une rencAnmée vulgaire de courte dm*ée, et posséder une terre barbare; nous nous serions proposé une bien cbétive récompense, et n'aurions-nous versé notre sang qu'à la dam* naûon de notre âme ? Le noble but de nos projets a été d'assiéger les murs de Sion, et de soustraire des Chrétiens à l'indigne joug d'une triste et dure servitude ; de fonder un nouveau royaume en Palestine, où la piété soit en repos, et qu'il n'y ait plus d'obstacles pour le dévot pciertn) lorsqu'il viendra adorer la grande tombe et ao^
* MoM rftpfortoM toM Im discoim qae le Tam* fait tenir evsCnMtët, ç«illt
qae soit leur longae et élégante repëtilion. Ces poétiques harengae« font conliAtttê l*esprit da temps ; GailUame deTyr, Phistorien de prédilection da Taâte , asaltîplit Im esOiortatione qo*il attribue eux eheft de U eroiiedê. Noui le disons pins loin, la Jérusalem délivrée fut unef;rande prédication pour appeler 1^ clirëtienté aux armes : rien dVtonnantd*y rencontrer des espèces de sernMns. Ce sont moins les discours des Croises an xi* siècle, que des alloentiom adressées par le Tasse ans popalatlons chrétiennes pour les uLciter à prendra les aiibee contre le Turc dn xyi** siècle. Notre respect pour le texte ne nous permet pas d*eB supprimer une seule phrase; une traduction de la Jéruialetn ût peut être que ta itprodlaeilon de ce grand poème dans notre langue nationale.
8 1ÈRU8ALBH BÉUVRÉE.
complir ses Toeux* Jusqu'à présent nous ayons souffert de nombreux dangers, achevé des travaux plus nombreux encore ; mais peu de choses ont été faites pour notre honneur, et rien pour nos desseins. Soit que nous restions ici, soit, que l'impétuosité de nos armes nous jette en d'autres lieux, que nous servira d'avoir rassemblé les grandes forces de l'Europe et porté le feu dans l'Asie, si le résultat d'un si grand mouvement n*est pas de fonder des royaumes, mais d'en ruiner? Ce n'est pas élever des empires que de les poser sur des bases mondaines; nous ne voyons plus la patrie, parmi cette multitude de peuples païens, étran* gers à notre foi; le secours des Grecs n'est pas même une espérance, et la protection de l'Occident est trop lointaine. Ne remuer que des ruines, c'est vouloir nous écraser nousmêmes, et creuser notre sépulcre. Les Turcs et les Persans vaincus, Antioche domptée, magnifiques exploits qui ne sont pas notre ouvrage ; ces victoires merveilleuses, ce sont les dons du ciel ; si vous les détournez de l'intention du do» nateur, craignez qu'il ne vous en prive, et que votre illustre renommée ne devienne la fable des nations. Ah ! pour Dieu, qu'aucun de nous ne fasse un mauvais usage de biens aussi précieux ; les chefs principaux de ce grand œuvre doivent répondre de sa fin. Maintenant les routes sont libres, nous sommes secondés par la saison, pourquoi tous ne pas courir vers la cité qui sera le terme de nos victoires ? Qui peut nous retarder? Princes, je vous le proteste, et mes protestations faites à la face du monde et des esprits célestes retentiront dans l'avenir : le temps de l'entreprise est déjà mûr. Plus nous mettrons de retard, moins le moment sera opportun, et ce qui est assuré deviendra très-douteux. Je le prédis, si nous ralentissons notre marche, l'Egypte pré« tera secours au Sarrasin. »
U dit, et ses paroles sont suivies d'un léger murmure. Pierre le Solitaire se lève après lui. Il fut le premier auteur de ce grand passage, et, simple ermite, il siège dans ce conseil des chefs (7) : « Ce que piopose Godefroi, s'é-