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chit ; aucun de nous ne peut le venger ! Je ne fus oas avare de ma vie : vous en êtes témoins, nobles dépouilles a un maître adoré! Je bravai le fer, les périls; la mort devait in*atteindre, si le Gel Teût permis.
» Au milieu de mes compagnons étendus sur la poussière, seul je tombai encore vivant; le corps brisé, les sens assoupis, je ne voyais, je n'entendais rien. Dès que mes yeux, cachés sous un sombre bandeau, se furent ouverts à la lumière, une clarté lointaine, faible et tremblante, s offirit à mes regards. Je n'avais pas assez de force pour distinguer les objets les plus rapprochés; la terre humide, le firoid, la firaicheur de la nuit sous ce del désert, redoublaient les douleurs de mes blessures. Cependant cette clarté s*avance, elle s'approche, s'arrête auprès de moi; je soulève avec peine ma paupière, et je vois deux religieux, vêtus de longues robes; ils portaient deux flambeaux : « Mon fils, me dirent-ils, mets ta confiance en Dieu; lui seul se souvient des justes, et sa gr&ce prévient leurs prières! » En me parhmt ainsi, ils étendent sur moi leurs mains pour me bénir; d'une voix basse et inspirée, ils prononcent des mots que je ne peux comprendre : « Lèvetoi, » s'écrient-ils ; et soudain je me lève, pl^n de courage et de santé; mes plaies ont disparu ; une vigueur nouvelle accroît mes forces.
» Interdit, je les regarde; mon âme étonnée ne peut en croire mes yeux : « Homme de peu de foi, me dit l'un des ▼ieiOardsy es-tu dans le doute, ou bien ta pensée s'égaret-elledans un songePTu vois en nous des êtres réels, vrais aerriteurs du Christ; nous avons tai un monde séduisant, ses trompeuses douceurs, et nous vivons en ermites au sein de ces contrées sauvages. Dieu, dans sa puissance infinie, m'a choisi pour veiller sur tes jours : ce Dieu de bonté ne dédaigne pas les vils instruments pour accomplir les grands mirades ; il ne permet pas que le corps de Suénon reste privé de sépulture, ce corps où habita une Ame noble, iii brillante et immortelle, doit plus tard se réu-
sans cesse expose aux fatigues, aux périls des combats, jouis de leur triomphe; cbasse de ton esprit Tempreinte du châgrin.Tu demiandes le fils de Berthold ; il s*est éloigné du camp; je te conseille d*attendre d'autres avis, et de ne pas t*engager dans une course douteuse. »
Ce discours rappelle à tous les guerriers leur tendresse pour Renaud : « Hélas ! disaient- ils, le courageux enfant erre au milieu des Païens! » Puis, ils racontent au Danois ses hauts faits, ils étalent le long tissu de ses exploits. Ce sou- Tenir attendrit Fâme des Francs. Tout à coup des cavaliers arrivent ; suivant leur coutume, ils venaient de piller dans la plaine; ils ramenaient des troupeaux nombreux, du blé en petite quantité, et des fourrages pour apaiser Favide faim des chevaux. Ces cavaliers apportent les signes certains, en apparence, d'un cruel malheur; c'est l'armure de Renaud, déchirée et sanglante. Divers bruits parcourent le camp; à cette vue, la foule attristée se précipite sur les armes da guerrier.
On les regarde; bientôt on a reconnu cette immense cuirasse, ce cascjue étincelant, où l'aigle éprouve ses petits au soleil, et ne se fie pas à leur plumage (8). Dans les entreprises périlleuses, ces armes étaient toujours en ayant du danger; aujourd'hui, couvertes de sang, elles roulent dans la poussière; ce spectacleexcite le courroux et la pitié des Qirétiens. Un murmure s'élève sous les tentes; chacun explique à sa manière la mort de Renaud. Le pieux Bouillon appelle Âliprand, chef de la troupe qui avait apporté l'armure, homme simple, et vrai dans ses discours : « Dismoi, s'écrie le capitaine, où as-tu trouvé ces armes? Bonheur ou malheur, ne me cache rien.
— A deux journées du camp, répond le guerrier, vers les confins de Gaza, se déploie une petite plaine, renfermée entre des collines; de leur sommet descend un ruisseau qui s'écoule lentement à travers mille plantes; des bruyères, des arbres touffus ombragent ce lieu, favorable à une embuscade. Sur ces bords riantS| nous cherchions
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des troupeaux; soudain nous aperceTons sur Therbe un corps privé de la yie, et des traces de sang. A la vue de ces armes, de leur marque distinctiye, nous nous avançons ; je m approche pour découvrir le visage : la tète avait éié coupée. La main droite manquait aussi; de nombreuses blessures sillonmaient son dos et sa poitrine ; non loin était le casque, surmonté de Faigle aux ailes blanches et éplo jées. Tandis que je cherche à pénétrer ce crime, un villageois arrive; il nous aperçoit, recule et prend la fuite. Nos gens le poursuivent, et ne tardent pas à l'atteindre; il répond à leur question : « La veille, dit-il, on a vu sortir de la forêt plusieurs guerriers; Tun d*eux tenait suspendue par sa blonde chevelure une tète sanglante; c'était celle d un adolescent Ce même guerrier Fa enveloppée dans un sac et attachée à l'arçon de sa selle*. » Le villageois ajoute : « A leur vêtement, j'ai reconnu des cavaliers de votre nation. » Aussitôt je fais dépouiller le corps; ce souvenir renouvelle mes douleurs et provoque mes larmes! Je m'empare de l'armure, j'improvise de nobles funérailles; cependant si ce cadavre est celui du jeune héros, il mérite d'autres honneurs et un autre sépulcre. » Après ce récit, Aliprand se retire, Godefroi, immobile, rejette toute pensée triste; il veut des témoignages plus réels de cet injuste homicide.
La nuit paraissait; elle enveloppait de ses ailes l'immense azur des cieux. Le sommeil, ce doux repos de l'âme, venait calmer les sens, assoupir les chagrins. Toi seul, Argillan, percé des traits aigus d'une vive douleur, toi seul roule dans ta pensée de coupables projets! Esprit ardent, impétueux, Argillan naquit près des rives du Tronto^; dans les discordes civiles, il se nourrit de haines, de vengeances; il dévasta son pays; bientôt jeté sur une terre d'exil, il
*L«t Arabes ii*oal peint perda celle coalsme d*alUclitr lea lélet MagUatef des TaÎRcos à Tarçoa de la selle de lear coorsier.
**Troalo, ea lalia 7nie»l«m» rivière de la Boaiagae, daat la Marclie d*Aacdae. Pliae U aoame Trmêmtiamm.
nù lÈRUSALBH DÉUVRËE.
▼int gnerrojer en Asie, où depfais nobks exploits sigmlèrent sa valeur. Au lever de la brillante aurore, les jeux d*ArgîUaii se ferment^ mais son sonanetl n'est pas pobâile. Alecfeo répand sur lui son venin, et ie plonge dans un élat de stupeur non moins affreux <|ue la mort. Son courage ne peut connaître la paix, même en donnant ; la Discorde s'ofire à lui sous d'horribles images, et cberdie à l'épouvanter. Elle lui représente un grand corps sans téta, le bras droit mutilé; de sa main gauche il soutient un crine livide, souillé de sang. Ce ftmtome semble encore jouir de la vie; à travers ses soupirs et ses sanglots, on crcMt l'entendre parler : « Argillan, criait-il, ne vois-tn pas bi lumière ? fuis un camp hû*bare,an chef impie. O nés amis, comment vous défendre du cniel Godefroi et de la perfidie qui a causé ma mort? Félon, envieux et méchant, il songe aux moyens de vous perdre avec moi. Si tu aspires à de nobles actions, si tu as fei en ton courage, dememe sous les tentes; venge mon trépas dans les maudites entrailles du tyran. Mon ombre t*aceûmpagnera; j'armerai ta main, je guiderai ton fer. » Ainsi parle Alecto, et ses discours animent le guerrier d'une foreur nouveSe. Argillan se lève, roule autour de lui des yeux gonflés de rage; il saisit son armure; impatient, il assemble les cavaliers d'Italie dans le lieu même où sont suspendues les déponiHes de Ren»id; puis, d'une voix tonnante, il s^éerîe :
« Un peuple féroce, ennemi de la raison, infidèle à ses promesses, avide d'or et de sang, enchaîne nos langues, nous fait plier sous le joug. Depuis sept ans, nous suppor» tons des outrages tellement inouïs, que dans dix siècles ils pourront encore réveiMer les knnes de FltaHe et de Rome. le me tairai sur la Glirie, soumise par les armes du brave Tanerède; les Français la possèdent rieurs ruses ont dompté la valeur de nos guerriers. Les circonstances exigent-eUes une prompte exécution, une téméraire audace, nous, sommes toujours au premier rang; biavant mille périls, nous portons le fer ou la flamme. Lorscpi'an
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acin de fai paix, dlttR|»os, on paitage le faHtmeftlapalncfl^ on ne nons connftit plus; les Français s'appapnent Umt| triomphes, gloires, villes et richesses. OuhUons ces ii^ jures; naguère elàss pesûent snr notre honneur; aojourd*fa[in un crime horriUe les eftuca îles Français ont massif cré Renaud! ils ont violé les grandes kns de Dieu et de rhmnuiîté; et le ciel ne knoe pas ses fioudresy et la terre ne les en^outît pas dans ses alHmes profoods! Out^ ils ont tué Renaud, Vépée, le bondîer de notre loi ; la Mort dn vaillant guenicr n'est point vengée! son corps, déchiré en lambeaux, ess couché dans fai boue, privé de sépullnrel Les auteurs de ce forfeitnc peuvent éëre nneannus; vous savez tous, ô mes ooii]^agnons,oond>ien Baudouin et Go* defroi portent envie à la valeur latîne (9)»
» A quoi bon chercher des preuves? Je le jore par le Ciel qui nous écoule : ce matin, aipec laube naissante, j ai vu f ombie de Renaud, errante et nalheureuse. Spectacle cruely affieuKÎ De combien de mmes ne sera pas suivi ce piemîer crime de Godefnoi ? le l'ai vu, rinfoftuné Renaud ; ce ttétaît point un songe; il est là, devant mes yeux, pa»> tout je le retrouve. Que devons-nous fsûreP La main îm* monde, ainsi souillée du sang du jusue, peut-eik toujuun novs gouverner? Dirigeons nos pus vers les bords de l*Euphraie, chez ces peKq>les efféminés, dans ces plaines fcr^ tiles on s'élèvent tant decités, tant de royaumes prospères^ cesdtéa, ces royaumes seront à nous; les Français ne nous en diqiutenmt pas la conquête. Partons, le sang illustre et inaooent ne sera pas vengé. Toutefois, votre aadent cou» rage, mamtenaut affisabli, devrait reparaître et frapper de mort le serpent dangereux qui a dévoré la fleur du peuple lutin; son suppKce serait pour les autres mimstBes un mé» nM>rable «xôiifple. Si votre valeur osait entreprendre ce qo'eHe peut exécuter, je voudrais aujourd'hui percer oe ooeur impie, oe oosur, repaire de trahisons. • Tel est le dieooors d' Argillan. Sa rage pénètre dans fâme des guer*
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riers: « Aux annes! aux armes! » s*écrie le forcené d'une Toix frémissante. Et toute Taltière jeunesse répète ce cri de désespoir.
- Alecto secoue au milieu d'eux sa main armée ; elle mêle sonyenin à leur ardeur. La folie, l'indignation, la soif coupable du sang font de rapides progrès; la contagion étend ses ravages; du quartier italien elle va dans celui des Hel* yétiens, et passe ensuite sous les tentes des Anglais. Lt mort de Renaud, cette perte publicjue, n'excite pas seule la rébellion; d'antiipies ressentiments la fomentent et la nourrissent; les haines assoupies se réreillent ; on appelle les Français des impies, des tyrans ; la colère s'exhale coutre eux en redoutables menaces. Ainsi, sur un feu trop ardent, Teau bouillonne, écume, et déborde avec fracas hors du vase qui la renferme. I.ies esprits sages, en petit nombre, ne peuvent dominer la sédition; Tancrède, Camille, Guillaume et les autres chefr suprêmes sont éloignés du camp! Déjà ce peuple irrité court aux armes; le son retentissant de la belliqueuse trompette se fait entendre au loin. Des messagers expédiés de toutes parts crient au pieux Bouillon de s'armer; Baudouin se présente couvert de sa cuirasse, et se place à côté de son frère.
Les troupes révoltées accusent Godefroi. Le capitaine tourne ses regards vers le ciel, et, suivant sa coutume, il a recours à Dieu : « O Seigneur, s'écrie-t-il, tu sais toute l'horreur que j'éprouve à verser le sang du Chrétien; éclaire l'esprit de nos guerriers, réprime leur fureur, et révèle mon innocence à ces hommes aveuglés.» Il se tait; le Ciel répand dans ses veines une chaleur nouvelle, inusitée ; son visage animé respire la hardiesse, la bonté, l'espérance. Environné des siens, Bouillon s'avance vers <:eax qui croient venger Renaud; les murmiu^es ne ralentissent pas sa marche. Sa cuirasse est sur son dos; contre son usage, il s'est paré, d'un riche et pompeux vêtement; une céleste majesté brille sur ses traits; il tient son sceptre
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d*or; avec cette arme seule, il veut dompter la rébellion. Le capitaine se montre aux soldats, il leur parle, et sa Toix sonore n'est pas celle d*un fragile mortel.
•« Quelles folles menaces, quel bruit d*armes ai*je entendus ? où en est la cause? Est-ce là le respect que vous devez à Godefroi, votre chef? On me nomme parjure, et vous répétez cette triste calomnie ; peut-être croyez- vous me voir, humble devant vous, solliciter mon pardon, et m'abaisser à la prière? Le monde, rempli de ma renommée, ne me reprochera jamais une telle indignité ; ce sceptre, rhonorable souvenir de mes exploits, seront mes uniques défenseurs. Aujourd'hui je fais céder la justice à la clémence; la peine n'atteindra pas tous les coupables. Je pardonne votre erreur en considération de vos anciens services, et en mémoire de Renaud. Sur les plus légers soupçons, Argillan vous a écartés de vos devoirs ; auteur d*un si grand trouble, il doit expier par la mort le crime commun. » L'aspect de Godefroi est terrible, majestueux; son regard brille, étincelle, comme la foudre et les éclairs. Argillan, étonné, confondu, tremble à la vue de cette éclatante figure.
Et ces guerriers, pleins d'audace, dorgueil, de colère, dont les mains avaient si promptement saisi le fer, ces guerriers, maintenant dociles, placés entre la crainte et la honte, n*osent lever leur tête; Argillan, au milieu de leurs armes, est enchaîné sans résistance. Ainsi, un lion fier et superbe rugit en secouant son épaisse crinière; aperçoit-il le maître qui dompta sa nature cruelle, soudain il se soumet; il oublie son immense force et ses griffes redoutables. *
On dit qu'à ce moment, un guerrier ailé, dans une attitude menaçante, tenait en main un bouclier poiu* protéger le pieux Bouillon; il agitait une épée flamboyante, encore teinte de sang. C'était, sans doute, le sang de ces cites, de ces peuples, dont les crimes provoquèrent la tardive vengeance du Ciel.
m JËRTTSAUM DiXimËE.
Le tumulte s'apaise ; on abandonne les utnes, et avec elles les maudites pensées. Godetroi, l'esprit occupé de divers projets, de nouvelles entreprises, retourne sous la tente. Le capitaine veut donner l'assaut avant la fin du second ou du troisième jour; il visite les machines dv •iëge et les autres instruments destructeurs de la Gté.