SOLIMAN ET LE VIEILLARD
« — Les desseins que lu médites me sont en partie connus, répond le veillard, et je viens vers toi parce que je m'intéresse à toi pins que tu ne le penses. La franchise de mes paroles ne te sera point inutile, carie dépit est un aiguillon pour le courage. Souffre donc, seigneur, que ma voix presse et excite ta vaillance. Tu veux, si je ne me trompe, diriger la course vers l'Egypte. Je t'avertis que, si tu persistes dans ce projet, tu feras un voyage pénible et sans résultat. Bientôt toute cette arasée réunie viendra dans ces contrées sans avoir besoin de ton assistance. Ce n'est donc pas ainsi que tu pourras déployer et montrer ta valeur contre les Chrétiens. Mais laissé-moi te guider, et je te promets que sans tirer l'épée au milieu du jour, je t'introduirai sain et sauf dans ces murs qu'environnent nos ennemis. Là. tu pourras à ton gré braver le péril et livrer pour ta gloire de pieux combats. Tu défendras les remparts jusqu'au moment où l'Egyptien paraîtra dans la plaine. »
Tandis qu'il parle, le Soudan observe ses regards et se sent ému par les accents de cette voix. Sa colère, sa fierté, son orgueil l'abandonnent : « 0 mon père, réplique-t-il, je suis prêt à te suivre, à voler sur tes traces. Guide-moi où tu voudras: le meilleur conseil pour moi sera toujours celui qui m'offrira le plus de fatigues et de dangers. » Le vieillard applaudit, et, sur ses plaies que l'air de la nuit a irritées, il verse une liqueur qui arrête le sang, les cicatrise et lui rend sa vigueur.
Déjà le soleil, à son lever, embellissait de ses rayons les roses brillantes des couleurs de l'aurore : « Il est temps départir, dit l'inconnu; les feux du jour éclairent notre route et nous rappellent notre devoir. » Un char est près de là ; il y monte avec le Soudan ; d'une main ferme et habile il conduit les deux coursiers, les presse et les retient tour à tour. Le sable de la route ne reçoit point l'empreinte de leurs pas : haletants, environnés d'une tiède vapeur, ils blanchissent le mors de leur écume. Autour d'eux l'air s'épaissit, se condense, et, par un prodige magique, forme bientôt une solide nue qui enveloppe et cache le char. A peine visible, elle sera impénétrable aux pierres que lancent les machines de guerre. Les deux vovageurs peuvent cependant voir le nuage qui les entoure, et, au dehors, le ciel serein.
Soliman est étonné, il fronce le sourcil; son front se ride; son re gard i\s.e attentivement la nue et le char qui fuit avec la vélocité de
l'oiseau dans les airs. Le vi< illard lit sur ses traits immobiles la stupeur qui B'e8i emparée de son âme, et, rompanl le silence, il l'arrachi rêverie. Le Soudan s'agite et s'écrie : ■ 0 qui qui lu sois, toi qui soumets i l"ii pouvoir la nature entière <t accomplis des prodij étranges toi qui découvn - les pecrets el les replis les plus cachés «lu ccbui humain, -i lonarl sublime te permel d< lire dans l'avenir, ili-
i, de grâce, quel terme, quels désastres l Ciel réserve aux mouve
ments < ] 1 1 i boulevera ni l'Asie? Mais, avanl tout, apprends-moi ton nom et par quels secours tu Iriomphi - de tous l< - obslacli il Dissipe b surprise < j 1 1 i me domine, afin que je puisse mieux comprendre tes discours. »
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Le vieillard ré| <l en souriant : o II n ilisfaire uni