partie de tes désirs. I- isl mon nom, el les Syriens appellent magû
mon art inconnu du vulgaire. Mais, nom découvrii l'avenir, pour dé
éternel «|in tient nos destins cachés, je ne le puis est interdit aux mortels, c'esl un voeu au-dessus d nos forces el de non î. Noln L notre prudence doivenl ici-bas nous servira
marcbei au milieu des embûches el des mi« uvenl il .hum que
le héros et le sage se préparent eux-mêmes le succès elle bonheur. I on bras invincible peut protégei les murs qu'assiège nn peuple barban tu
peux ébranler les plus fermes appuis de l'armée des Francs. Viens donc affronter la flamme elle 1er ; ose, souffre, mais aie confiance et bon espoir. Cependant, pour te satisfaire, je te dirai ce que j'entrevois à travers un obscur brouillard. Avant que l'astre éternel ait parcouru plusieurs lustres, de ton sang naîtra un héros dont les exploits feront la gloire de l'Asie. Il occupera le troue d'Egypte et v fera fleurir les arts et l'industrie. Je le vois, ou plutôt je crois le voir; je ne te peindrai pas ses mille vertus (pie mes regards ne peuvent pas toutes distinguer; il suffit que tu saches que sous ses coups s'anéantira l'empire des Chrétiens. Bientôt, dans une dernière lutte, il détruira leur injuste puissance jusque dans ses fondements, elles débris de huis années chercheront un asile sur un étroit rocher, isolé au milieu des mers. »
Le magicien se tait; Soliman s'écrie : « Heureux le mortel destiné à tant de gloire! » Et il éprouve une joie mêlée de quelque envie. « Que le sort, ajoute-t-il, me soit contraire ou propice selon les décrets immuables, jamais je ne plierai sous ses caprices, jamais il ne vaincra ma constance! L'astre des nuits, les étoiles changeront leur cours avant que Soliman détourne ses pas de la route qui lui est tracée. » Il dit, et l'audace brille dans ses regards.
Bientôt ils aperçoivent les lentes des Chrétiens : un spectacle cruel et terrible s'offre à leurs veux ! Là, sous toutes les formes, se montre le trépas! La vue du Soudan se trouble et s'obscurcit, la douleur se peint sur ses traits! Avec quel désespoir il voit traînés dans la poussière ses étendards redoutés ! Les Chrétiens triomphants fou" lent aux pieds les tètes , les corps de ses plus fidèles guerriers ; ils arrachent avec orgueil et dédain les armes, les vêtements de ces cadavres privés de sépulture. D'autres rendent avec pompe et respect les derniers devoirs à leurs amis. Dans des bûchers allumés son' jetés |iele-inèle le vulgaire des Turcs et des Arabes. Un profond soupir s'exhale de poitrine de Soliman ; il tire son épée , s'élance du char et veut fondre sur ses ennemis ; mais la voix d'fsmen le rappelle et retient son impétueuse témérité. 11 remonte, et tous deux se dirigent vers la colline la plus élevée. Après une course de quelques instants, ils ont laissé derrière eux les tentes des Chrétiens ; alors ils descendent et le char s'évanouit. Mais, toujours cachés au sein de la nue , ils continuent de suivre à pied le même chemin, et se dirigent d m s un vallon qui se trouvent à leur gauche. Enfin, ils arrivent à l'en-
droil où Sinii présente au couchant ees Bancs escarpés. Là, le magicien s'arrête 't examine ave< soin les accidents du terrain.
Au centre d'un tlui rocher B'ouvre une grotte profonde depuu longtemps creusée, donl l'entrée solitaire et inconnue aui voyageurs est cachée sous les ronces «i les barbes. Le vieillard écarte ces obstacles , se baisse 1 1 se courbe | pénétrer dans un étroit sentier.
D'une main prudente il sonde le passage, et t<'ii<l l'autre au Soudan <|ii'il précède :
Quelle esl donc, lm «Im Soliman, cette roie furtive où lu m'en- Lraines? Si tu le permettais, mon épée m'en ouvrirait une meilleure. — H ne faut pas, lui répond lsmcn,que tu rougisses de suivre cet obscur souterrain qui servît jadis à Hérode, ce grand i lerriér
-i renommé! Il l< 61 creuser pour s'assurer de l'obéissance de tes
sujets c'était par là que de la i appelée Intonia, du nom de
I un de ses plus chers favoris, il se rendait au temple des Hébreux. Invisible .1 tous, il pouvait quitter Solime, j introduire ou m (aire sortu ses soldats. Je suis le seul mortel qui connaisse cette route mysté- 1 ieu* 1 1 abandonnée. Pai là, nous irons vers l<- lieu oô se trouve, en tourée des plus sages et <!«••* plus illustres de ses conseillers, on monarque que les menaces de h Fortune alarment trop peut-être.
Tu arriveras au moment propice, mais écoute en silence, et que ton audace éclate quand le moment sera venu ! »
Déjà la taille gigantesque de Soliman remplit l'étroit souterrain. Le Soudan suit son guide au milieu des détours qui semblent lui être familiers. D'abord ils marchent en se baissant: mais, à mesure qu'ils avancent, la caverne s'élargit; puis ils éprouvent moins de peine et parviennent au milieu de ce passage ténébreux. Alors Ismen ouvre une petite porte ; ils montent par des degrés en ruines sur lesquels une faible ouverture laisse tomber un jour terne et incertain. Tout à coup ils se trouvent au milieu d'une salle superbe et resplendissante de clarté.
Assis sur son trône, Aladin, le front ceint du diadème, le sceptre à la main, la contenance grave et triste, est au milieu de ses guerriers consternés. Du sein de la nuée qui le cache, le fier Soudan voit tout, considère tout sans être vu. Il entend le roi prononcer ces paroles : « 0 mes fidèles sujets, combien la dernière journée a été funeste à mon empire ! Nos grandes espérances se sont évanouies ; la seule que nous ayons encore repose sur les secours de l'Egypte. Mais cet appui est trop éloigné dans un péril si pressant! Je vous ai tous convoqués pour vous demander d'utiles avis. » Un murmure pareil au vent qui frémit dans les feuillages accompagne ses paroles. Mais Argant se lève, et par son air tranquille, audacieux, le cruel et indomptable Circassien commande le silence : « Roi magnanime, dit-il, pourquoi nous mettre à cette épreuve? Pourquoi nous interroger, lorsque tous nous savons ce qui n'est douteux pour personne? Et pourquoi ne mettrions-nous pas tout notre espoir en nous-mêmes? S'il est vrai que rien ne résiste au courage, il faut en montrer ! N'attendons de salut que de notre valeur, et n'attachons pas trop de prix a la vie! Je ne veux point te dire que nous devions renoncer aux secours de L'Egypte ; nous pouvons y compter, et je ne souffrirais point qu'on doutât de la sincérité des promesses de mon roi. Si je parle ainsi, c'est que j'aimerais a trouver dans quelques-uns de tes guerriers un courage plus ferme. Je voudrais que, préparés à tous les hasards, ils méprisassent la mort et eussent foi dans la victoire. »
L'intrépide Argant n'en dit pas davantage, tant il paraît certain de l'effet de ses paroles ! Après lui, Orcan se lève. Né d'illustres aïeux, il a acquis quelque gloire dans les combats; mais, uni depuis peu à une
jeune épouse, entouré d'enfants qui font sa joie, les liens de père et d'époux «ml amolli son courage. In ;iii d'autorité règne dans son mainlient : « Seigneur, dit-il, je ne blâmerai |>"int l'ardeur de ces pompeuses paroles; je sais quelle audace déborde de ce cœur qui ne peul ni ne veul la contenir. Si le Ger Argant, suivant son usage, ne crainl pas de s'exprimer devanl toi avec fougue el hardiesse, tu il<>i- lui pardonner, car la témérité •!<• ses actions répond à celle de bcs discours; mais toi, ,inni-, que l'expérience et les années uni rendu plus prudent, tu sauras, par tes conseils, mettre un frein ;'i la trop grande.ferveur d'un tel zèle. Tu < empareras un espoir >i éloigné avec l'imminence d'un péril si prochain ; tu verras ce que sonl tes anciens remparts el tes nouveaux ouvrages contre les armes e( l'impétuosité des assiégeants! S'il m'esl permis de faire connaître mon opinion, je dirai que cette ville eal fortifiée parla nature el l'art, mais que nos ennemis préparent des machines puissantes e! formidables. J'ignore quel en sera l'effet. Unejuati pérance ne m'empêche pas de craindre les chances incertaines de l;i guerre. Ce que je redoute surtout, c'est le manque de vivres, -i les assiégeants nous serrent de plus près. Sans doute, ces troupeaux intro duits hier dans n<>- murs k la faveur du combat, tandis que 1rs épées ensanglantaient la plaine, sont un heureux secours; mais quelles faibles ressources pour de si grands besoins! Pourra-t-on nourrir cette nombreuse population si le siège a quelque durée ? Dût l'Egyptien arriver an jour par lui annoncé, que ferons-nous en attendant ?... Cependant j'admets qu'il devance -i- promesses et notre espoir; sa venue sera-t-elle pour u.iii- un gage île délivrance et de victoire? Nous aurons toujours à
combattre ce Godefroi, ces mêmes chefs, ces mêmes jnierriers q il
tant de l"i- vaincu el dispersé les arabes, les Pures, les Syriens et les Persans. Tu les connais, ô valeureux Argant, toi qui si souvent leui < édas le i hamp de bataille i"i qui plu- d'une Lu- reculas devanl eux h lus réduit à confier ton salut à la rapidité de la fuite. Clorinde les rniiii.ni comme toi. Moi-même je les connais, ri ce n'est pour aucun de nous un titre de gloire ! le n'accuu personne de faiblesse tous, nous avons prouvé noti i courage; tous nous avons lui <!»■ généreux efforts. .!<• «lu, m plus; bien que les regards sinistres me menaçant de mort el que in L'indignes en écoutant la vérité, je reconnais .■ des signes certains qu le Destin irrévocable protège nos ennemis. La bravoure de nos soldats, la solidité de res remparts ne Ir- empêcheront
point d'usurper cet empire; et, j'en atteste le Ciel, mon zèle pour mon prince , mon amour pour ma patrie, m'obligent à le dire, sage roi tic Tripoli, tn as su conserver la paix et ton trône, tandis que, victime de son obstination, Soliman est mort on chargé de chaînes. Peut-être que, cachant ses craintes dans dans l'exil et la fuite, il erre en attendant les pins affreuses misères. Et, pourtant, avec quelques concessions, avec quelques présents, en pavant un tribut, il eût pu sauver une partie de ses Etats. »
Ainsi, dans des phrases vagues et ambiguës, Orcan enveloppe sa
pensée; il n'ose ouvertement conseiller la paix et la soumission au joug de l'étranger. Mais déjà le Soudan, indigné, ne veut [tins rester caché ; Ismen lui dit alors : « Souffriras-tu plus longtemps un tel langage? — C'est contre mon gré que je me dérobe h leurs regards, réplique Soliman : je brûle de honte et de colère ! »
A peine il a prononcé ces mots, que la nue qui l'entoure se déchire et s'évanouit : il apparaît tout brillant des reflets de la lumière : son aspect est fier et imposant, et il s'écrie brusquement : « Le voici , ce Soli-
in.iii : il n'es! point en I n i t • ■ . il ne tremble pu : il est prêt à prouver, l< - année à la main, «ju*- cet homme est an lâche et un imposteur! Moi un fuyard! moi qui ai répandu des torrents de sang « la 1 1 - ces plaines où s'élèvent • 1 « - — monceaux d'ennemi», moi qui dans l'en ceinte même <ln camp des Chrétiens ai perdu jusqu'au dernier d< mes soldats! Mais -i ce lâche, si quelque autre aussi lâche que lui, infldèle à ses croyances, traître à sa patrie, <•<<■ encore proposeï unr paix honteuse et avilissante, souffre, seigneur, que mon bras lui ôte la vie! Les loups et les agneaux habiteront la même bergerie, on verra les colombes h les serpents reposer dans le même nid, avant que la querelle engagée entre nous et les Chrétiens cesse el nous permette <le vivre dans les mêmes conta
Il lient la main >nr la poignée de son cimeterre; son attitude est Bère, menaçante; son visage, ses discours glacent d'effroi les gueriii i- plongés dans une muette stupeur. Enfin, d'un air moins terrible et moins farouche, il s'approche respectueusement d'Aladin : ■< v uneur, lui dit-il, espère; Soliman t'apporte un secours eflicaci , Soli maii -i i.i pu - 'le lui. »
liéjà le roi s'est levé pour alli rasa rencontre : « 0 mon allie lidèle, Im répond-il, avi c quelle joie je te revois .m milieu de nous '. J'oublie maintenant la perte île mes soldats immolés, .le ne crains plus les revers; oui, -i le Ciel ne b') oppose pas, tu auras bientôt raffermi non trône et rétabli le lien. »
\ ces mots, il le presse dans ses bras et contre son Bein : puis il le lui asseoir près île lui, à -a gauche, mu- un siège élevé. Ismen est ,i m- côtés. Tandis qu'il demande a Soliman de* détails sur sou voyage el son arrivée, la superbe Clorinde vient la première saluei le Soudan, et tous les autres chefs suivent -mi exemple. Parmi eu\ i -i Ormusse. Grâce a -mi adresse, la troupe d'Arabes qu'il conduisait avait pris une route détournée, el au plus fort 'le la bataille, a la faveui de la nuit < l du silence, elle était entrée saine et sauve danla ville.
Ormusse avait amené des vivres et des troupeaux, précieux secouru pour un |" uplc affamé. Le fiei Circassien^ les regards pleins de dé* il.iiu il ili jalousie, restait wul a l'écart tel un lion s'arrête immo brie el roule ses veux courroucés. Orcan demeure pensif, la tête bais ,i u'i'-i élevei la vui sut l< ii i Soudan, \insi réunis, le tvran de la
Palestine et le Soudan des Turcs tiennent conseil, entourés de L'élite de leurs guerriers.
Cependant le pieux Godefroi, poursuivant la victoire et. l'ennemi, a rendu les cheniins libres. De nobles funérailles ont honoré les guerriers morts. Alors, plus terrible et plus menaçant, il songe à porter la guerre au sein même de la cité assiégée, et ordonne que tout se prépare pour livrer un assaut le second jour. Il a reconnu les héros de cette troupe qui attaqua à l'improviste l'armée infidèle. Ce sont les plus illustres chefs, ceux-là mêmes qui avaient suivi la perfide Arinide. Tanerède est avec eux ; il a brisé les fers de l'insidieuse beauté. Bouillon les fait appeler: et, n'admettant pour témoins que l'ermite et les plus sages, il dit à ces guerriers : « Que l'un de vous fasse le récit de vos erreurs passagères, et nous apprenne comment, dans un pressant danger, vous nous avez donné de si utiles secours. »
Ils, sont confus et honteux ; leur front s'incline vers la terre, car le souvenir de cette faute, qui ne fut qu'une faiblesse, leur cause d'amers regrets; enfin, l'illustre héritier du roi d'Angleterre lève les yeux et rompt le silence en ces termes :
« Nous partîmes, bien que le sort no nous eût point désignés, nous partîmes sans nous dire nos projets : l'amour, je l'avoue, fut notre guide trompeur. Jaloux les uns des autres et divisés, nous suivîmes des sentiers difficiles et déserts. Les regards et les paroles d'Armide nourrissaient, hélas ! notre haine et nos feux. Enfin, nous arrivâmes dans cette contrée où jadis les éclairs et la foudre du Ciel vengèrent les outrages faits à la nature et châtièrent des peuples endurcis dans le crime. Ces campagnes, autrefois fertiles et délicieuses, sont couvertes des ondes bitumineuses d'un lac aux bords stériles. L'air est, aux environs, épais et pesant, et l'on y respire d'infectes vapeurs. Les eaux sont telles que le corps le plus lourd ne peut en atteindre le fond : l'homme, le 1er, la pierre y surnagent comme le sapin et l'orme léger. Au milieu du lac s'élève un château ; on y arrive par un pont court et étroit. Nous y fûmes reçus. Je ne sais quel charme particulier répand l'ivresse en ces lieux! L'air y est tempéré, le ciel serein, les prairies et les arbres toujours verts, les eaux fraîches et limpides. Au milieu des myrtes amoureux s'échappe une fontaine et serpente Un ruisseau. Sur les gazons, ail doux murmure des ondes, au chant des oiseaux, on goûte un paisible sommeil. Je ne parlerai pas de chefs-
(l'œuvre en marbre elen or, merveilles du génie el des arts. Sur la prairie <|ni borde ces ruisseaux, bous l'ombrage le plus touffu., Armide rail dresser une table magnifique, chargée de lés 1 1 d< mets
rares ej squis 11 Coffrent aux regards l< fruits qui prodiguent les iIim rs( - saisons, li - trésors de la i« m e( d< - mi rs, loul ce que l'inu gination invente I Cenl j< uni - beautés nous servent. I - i icii ux sou rires, les douces paroles d' Armide donnenlun nouvel altrait à ces pré
ents funestes el mortels. Soudain, tandis qu chacun de nous, .1 i i lie table, s'oublie cl savoure si - poisons etses fi ux, elle se lève « n «•il nous disant : Je reviens En effet, elle reparaît bientôt mais
• •h visage n'esl plus aussi calme, ni aussi bienveillant, lui' m. .in- ■ l>aguelte, il «Lm- l'autre çlle lient un livre ouvert
iju'elli |>arcourt <■ rmuranl â \«>i\ basse quelques mots. Alors, d
prodigi 'I' - . | n ii tngi 1 ni''- | I m. - désii - .
m. i vie et mon élé il. De nouvi aux instincts s'empan ni de moi, J
m'élance dans les ondes, je m') plonge, j< m'\ baigne. Mes jamb rapprochent, mes deux bras rentrent dau3 mes épaules ji im resserre, je me raccourcis I des écailles croissent et m'enveloppent : je suis trans
formé en poisson, fous mes autres compag is subissent la même
métamorphosi el m jouent ive< moi dans le cristal brillant. Ci qui
je lis ensuite n'est plus dans mon souvenir qu'un vain songe, une image confuse. Enfin, Armide nous rend à notre première forme. Nous étions muets de surprise et d'effroi. Alors, d'un air irrité, elle nous tient ce langage triste et menaçant :
« — Vous connaissez maintenant mon pouvoir; vous voyez que j'ai sur vous un souverain empire. Je puis, à mon gré, enfermer les uns dans une prison éternelle, loin de l'éclat du jour, changer les autres en oiseaux, ceux-ci en plantes qui germeront au sein de la terre, vous durcir en rochers, vous dissoudre en fontaines, vous donner la figure des monstres des forets. En servant mes desseins, vous échappez à ma colère : reniez votre Dieu, et, protecteurs de ma religion, tirez vos glaives contre l'impie Godefroi. — Nous refusons, et tous, nous repoussons avec horreur le pacte infâme. Le seul Riimbaud se laisse séduire. Sans défense alors, nous sommes chargés de chaînes; on nous jette dans de ténébreux cachots.
« Bientôt, conduit par le hasard, Tancrède arrive dans ce château, et lui-même devient captif. Mais la perfide ne le retient pas longtemps dans les fers. Un envoyé du roi de Damas obtint d'elle que nous lui fussions livrés. Une escorte de cent soldats bien armés va nous conduire chargés de fers au monarque égyptien. Nous partons; mais la céleste Providence, qui règle et ordonne toutes choses, nous fait rencontrer le vaillant Renaud, dont la gloire grandit sans cesse par d'illustres et de nouveaux exploits. Il attaque nos gardes, avec son courage ordinaire : il les égorge, les met en fuite, et nous reprenons nos armes, dont ils s'étaient servis après nous les avoir enlevées. J'ai vu Renaud, mes compagnons l'ont vu comme moi; j'ai pressé sa main, entendu sa voix. La triste nouvelle de son trépas est fausse et mensongère : il est plein dévie. Il y a trois jours que, guidé par un pèlerin, il s'est séparé de nous et s'est dirigé vers Antioche ; mais, avant son départ, il abandonna son armure sanglante et brisée. »
11 dit, et l'ermite a levé ses regards vers le ciel; il a changé de couleur et de visage ; une sainte majesté brille sur toute sa personne ; l'Esprit divin enflamme son zèle et le ravit au séjour des archanges. L'avenir se déroule devant lui, et sa pensée s'enfonce dans l'abîme des temps et des âges. Ses lèvres s'ouvrent, et d'une voix solennelle il annonce les événements futurs. Tous, saisis de respect, le regardent et écoutent avec attention ces paroles mystérieuses :
« Renaud vit, B'écrie-t-il ces rumeurs mensongères sont l'œuvn d'une femme artificieuse. Il vit, et !«• Ciel réserve son jeune courage à de plus grands exploits. Les bauts laits <|m ont répandu sa renommée dans toute l'Asie ne sont que des promesses de gloire el les jeux de son
enfance. Je le vois, dans un âge plus avancé, s'opposer à un emj u
impie donl il châtie les trahisons. A l'ombre de l'aigle aux ailes d'argent qui surmonte son casque, je le vois protéger Rome et l'Eglise, et les arracher aux Berres d'un cruel vautour. Sa ra< e si ra digne '!<■ lui ses Ois, ses descendants suivront son exemple. Ds défendront h tiare .1 les temples saints contre la révolte et l'injuste ambition des Césars.
Iu abaisseront l'orgu illeux, relèveroS lejaible, défendront l'inu ni.
P«n»ronl L'impie. Unsi, l'aigle de la maison d'Est planera au-dessus
,]l » "'- *''" wleil. i '.-i ., elle, qui contemple la lumièn .1 h vérité,
de porter I.- Ibudn g des successeurs de si Pi< ne - 'e*! i elle de dé-
ployer toujours ses ailes victorieuses et triomphantes au milieu des combats livrés pour Jésus. Les décrets éternels l'ont fait naître pour ces hautes destinées, et le Ciel ordonne que nous la rappelions ici pour le triomphe de notre auguste entreprise. »
Ce discours du sage ermite fait cesser toutes les craintes qu'avait inspirées l'absence de Renaud. Absorbé dans ses pensées, le pieux Bouillon garde le silence au milieu de la joie de tous ses guerriers. Cependant la nuit descend et couvre de ses voiles sombres la surface de la terre. Les chefs se retirent et vont goûter le sommeil. Godefroi veille et ne peut trouver le repos.
Les Chrétiens implorent le secours du Ciel par des hymnes pieux et des sacrifices — Us livrent ensuite l'assaut aux murailles. — La ville est près de succomber sous leurs efforts, lorsque Clorinde blesse Godefroi et l'empêche de poursuivre sa victoire. — Guéri par un ange, le héros retourne au combat, mais les rayons du soleil ?e cachent à l'horizon.
"•**. e chef de l'armée chrétienne, entièrement occupé de Tassant qu'il médite, active la construction des machines de guerre. Le vénérable ermite se présente à lui ; et, le tirant à l'écart, lui parle ainsi d'un ton imposant et austère : « Godefroi, tu apprêtes les armes terrestres, mais tu ne commences pas par où tu devrais commencer. Pense d'abord à Dieu! Que de saintes et publiques prières invoquent a\ant tout la milice des anges et des bienheureux, qui, seule, peut t'obtenir la victoire! Que les prêtres, revêtus de leurs ornements sacrés, marchent les premiers, et qu'une pieuse harmonie soutienne leurs chants. C'est à vous, chefs illustres d'une sainte
182 l.\ JÉRUSALEM DÉLIVRÉE
entreprise, >\^ donner l'exemple de la piété aux soldats qui voua
suivent. »
Ainsi parle l'ermite, el Bouillon Berendà la sagesse de ses ims :
(( Klu • 1 « • — Cieux, lui rép I*il>je m'empresserai d'obéir à les conseils
tandis que je vais ordonner aux chefs de se rendre près de moi, \;t urou- \. i les illustres prélats Guillaume <■! Adhémar; c'est à toi de régler av» i m\ les pompes de cette cérémonie religieuse el auguste. ■
Le jour suivant, Pierre réunit les deux évéques <i tous les clercs dans une vallée où B'élève l'autel sur lequel sera célébré !<■ service divin. Les diacres portent des surplis éclatants ; Guillaume et Adhémar ment la mitre el couvrenl leurs blanches tuniques de chapes d'étofles d'or <|ui s'agrafent sur la poitrine. Pierre s'avance seul !«■ premier; il déploie dans les airs l'étendard respecté des Cieux mêmes. Partagés en deux colonnes égales, les prêtres, le front humilié, !»■ suivent d'un pas lenl et majestueux; leurs \"i\ suppliantes forment un double concert. Adhémar et Guillaume marchent ensemble et les der niers du pieux cortège. Bouillon \ i<ni après; il est seul, personne n'est .1 ses côtés. Les autres chefs le suivent ilrwv .'i deux. Toute l'armée, prête à les protéger, déGle avec ordre el en silence. Les sont belliqueux des trompettes el d'antres bruits de guerre ne se fonl plus entendre, mais bien les chants humbles et pieux des Chrétiens qui sortent des retranchements. Ils t'invoquent , ô Père Eternel : el toi, I il- égal au Pète, el toi, Bspril saint, dont l'amour t'unit j Luis deux, el toi, \ ierge , mère d'un Homme-Dieu, il- \<mi- supplient d'écouter leurs prières. Il- vous implorent, A vous qui conduisez les triples ordres des légions célestes el toi, saint Précurseur, qui lavas dans les ll"t- bénis <lu Jourdain les taches de l'humanité ! Leurs vœux s'élèvenl aussi vers le glorieux Apôtre qui est ta pierre fondamentale el li solide appui de l'Eglise, d'où les pontifes, ses augustes successeurs, répandent les trésors de la grâce el <!«■ la miséricorde ' l.i toi, céleste Messager que Dieu envoya pour annoncer an monde la venue du Vainqueur de la mort et vous Martyrs içeux.
qui, pai !«■ sacriBce «I»' votre sang >\ de votre vie, témoignâtes de la Foi. Il- vous invoquent aussi, à ^nn> dont la parole el les écrits enseignèrent !<• chemin pénible «lu Ciel. Il loi, Favorite de Jésus, qui sus choisit le sort le plus suret !<• plus heureux el vous, vierges qui, enfermées dans des cellules isolées, êtes unies .m Seigneur par les
nœuds les plus purs; et vous encore, femmes magnanimes dont la constance a bravé les tourments et la rage des persécuteurs.
Tels sont les chants des Chrétiens. Leurs longues lignes déployées s'étendent et s'avancent avec lenteur vers le mont des Oliviers, qui reçoit son nom des arbres dont sa cime est ornée. Révérée des nations, cette montagne oppose ses versants à l'Orient de Solime, et n'en est séparée que par la vallée de Josaphat. C'est là que se dirige l'armée au bruit retentissant des hymnes sacrés que répètent les mille échos des antres, des rochers et des vallons. Partout on entend redire le nom du Christ et celui de Marie. 11 semble qu'une sublime harmonie anime les monts et les bois.
Cependant, du haut de leurs murailles, les Infidèles, tranquilles el silencieux, contemplent avec étonnernent cette procession solennelle, cette pompe extraordinaire et ces rites étrangers. Mais bientôt la nouveauté de ce spectacle ne les captive plus ; ils poussent de misérables et profanes clameurs. Leurs injures et leurs blasphèmes font mugir les torrents, les vallées et les montagnes ; mais rien n'interrompt la douce et suave mélodie des Chrétiens. Ils ne se détournent pas et dédaignent ces outrages comme on méprise les cris des oiseaux impor
tuns. Ils sont hors de la portée des flèches, et ne craignent pas que les coups de l'ennemi puissent troubler leurs saintes pensées ; ils cou-
tinuenl d'offrir ;iii Ciel leurt prières el leurs vœux. An somme! <li- b colline s'élève l'autel magnifique où les prélats roof consommer le Bacrifiçe auguste. Aux deux cotés brûle une lampe où l'or reflète mille feux. Guillaume se pare d'autres ornements plus riches el plus précieux. Il se recueille en silence; puis il s'accuse lui-même à haute voix et rend grâces au Dieu «pi'il implore. Prosternés autour <!<• l'autel, les chefs écoutent le prélat, sur lequel la foule, phis éloignée, I î x « ■ ses
rds. Mais, après la célébrati les sublimes mystères : ■ Partez I »
leur dit-il. Kl il les bénij de -a main étendue. L'armée reprend alors le chemin qu'elle vienl de parcourir, el rentre dans l'intérieur ilu camp.
Les rangs sonl rompus; Godefroi, Buivi d'une foule nombreuse el empressée, regagne -.1 tente. Se retournant alors vers ceux «pu l'onl accompagné, il les congédie el ne retient que l<> principaux chefs. Il les invite m sa table, et fait placer vis-à-vis de lui !<• vénérable comte de Toulouse. Quand les pressants besoins de la raim Boni apaû Bouillon leur «lit : « Il laul < p i< - Le retour il«- l'aurore vous trouve disposés pour l'assaut : la prochaine journée sera toute aux dangers et aux combats, consacrex !<• reste <l«- celle-ci à vos derniers préparatifs et au repos I Allez donc réparer vos forces et exciter l'ardeur <!<■ voi soldats. ï
Os prennent congé de Bouillon, et bientôt les hérauts proclament, au Bon des trompettes, que tous les guerriers doivent se tenir prêts au lever du soleil : chacun donne à ses préparatifs el à ses pensées une partie «!<• cette journée : puis, la unit silencieuse et bienfaisante lait trêve .1 li m - fatigues.
C'était P heure matinale où l'Orient ne s'est point encore rougi des feux «lu jour; le soc des charrues ne trace pas encore les rudi - sillons. le pâtre n'a point foulé les prairies, l'oisea 1 dorl ru paix à l'abri des
feuillages, !<• - les cors el les aboiements des chiens ne ti"iiM<'iit pas
la forêt . soudain la trompette éclatante annonce le réveil <!<•- guer-
riers, el le mi : Aux armes I aux a si retentit jusqu'aux cieux. Tout
le camp répète \n\ armesl aux armes I L'intrépide Godefroi se H il ne prend pas sa cuirasse accoutumée el son large casque; il revêt l'armure plu- lég< re il- s Fantassins. Raymond arrive el le voyant couvert de ces raibles armes, il devine ses projets 1 Où est, hii dk-11, ta Miliilr et pesante cuirasse? Où est ta cotte de mailles d'a< iei .' Pour-
quoi négliger le soin de ta défense? Je ne puis approuver que tu t'exposes ainsi; cela me fait croire que tu te prépares à des actions audessous de ta valeur. Que prétends- tu faire? conquérir en soldat une palme ordinaire, escalader les murailles? Ah! laisse à d'autres ces dangers ! C'est à nous de risquer une vie moins grande et moins nécessaire au triomphe de la Foi. Reprends donc, seigneur, ta pesante armure, et pense a te conserver pour nous! Ton existence est la vie de cette armée ; au nom du Ciel , ne prodigue pas des jours si précieux ! »
Godefroi lui répond : « Rappelle-toi que lorsque le vénérahle pontife Urbain me ceignit l'épée dans Clermont et m'arma pour la cause du Tout-Puissant, je lui jurai de ne point borner mon zèle aux simples devoirs du capitaine ; je promis de combattre dans toutes les circonstances comme un simple guerrier. Dès que j'aurai ordonné toutes les dispositions pour l'attaque et accompli mes devoirs de général, j'irai, je monterai à l'assaut, et tu ne pourras me blâmer d'avoir accompli un vœu solennel. Que le Ciel daigne veiller sur mes jours et les protéger ! »
Sa volonté est inflexible ; ses deux frères et tous les chevaliers français suivent son exemple ; ils prennent, comme lui, l'armure légère des fantassins. Cependant les Infidèles se sont rangés du côté du Septentrion sur les murailles qui se replient vers l'Occident. C'est le point le plus faible et celui dont l'accès est le plus facile. Sur toutes les autres parties de son enceinte Solime n'a point à craindre les risques d'un assaut. C'est donc là qu'Aladin a réuni ses plus braves soldats et les troupes mercenaires. Mais dans ce péril extrême, il force les vieillards et les enfants à partager les travaux et le sort des guerriers. Ils porteront aux combattants la chaux, le soufre, le bitume, les pierres et les dards. La partie des murs qui commande la plaine est entièrement couverte d'armes et de machines de guerre. La taille gigantesque du terrible Soudan s'élève au-dessus des créneaux. Plus loin, au milieu des tours, se montre le féroce et menaçant Circassien. Clorinde est sur la tour angulaire, d'où elle semble planer sur les combattants ; à ses épaules est suspendu un carquois plein de flèches acérées. Déjà l'arc est tendu, déjà le trait repose sur la corde. Impatiente de frapper, la belle amazone attend l'arrivée de l'ennemi. Telle jadis on peignait la reine de Délos lançant du haut de la nue ses traits
sur la Iitiv. I e vieiu roi parcourt à pied la ville cl \;i d'une porte
;'i l'autre; dana si sollicitude, il s'assure que l'on a exécuté tous ses
ordres; il excite h raffermi! le- courages; il renforce les postes el
les (ail (garnir d'une plus grande quantité d'armes . il surveille
tout.
Les femmes remplissent les mosquées de leurs prières impies el sa< crilé^rs. « 0 Mahomet ' B'écrient-elles, que ton bras juste e( puissanl luise la lance «lu brigand français! Ahats, renverse au pied de ces liantes murailles ceux qui tant «le fois outragèrent ton noml a Vaines paroles qui ne -ont point exaucées au séjour «les plaintes éternelles ri île la mort.
Tandis que la cité s'arme et prie, le Bage Godefroi déploie ses troupes et ai bore ses étendards. L'infanterie, disposée avec prudence el habileté, sort du camp eu lion ordre et Be range sur deux lignes obliques en l'aie îles remparts i|u"elle doit al t;u|U< 1'. Au centre BOnt les
machines de guerre, qui, pareilles à la foudre, vomiront sur les at
des traits ••! des quartiers de rocher. La i ivalerie reste en arrière
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pour protéger les assaillants; les troupes légères éclairent les environs.
Le signal est donné, les arcs, les frondes, les balistes, font pleuvoir une si grande quantité de pierres et de traits, que bientôt le nombre des défenseurs diminue : les uns ont péri derrière les créneaux, les autres ont déserté leur poste ; la multitude qui couvrait les remparts a disparu. Les Chrétiens, à l'abri sous les boucliers unis dont ils couvrent leurs tètes, s'élancent avec impétuosité et se bâtent d'arriver au pied du fossé. D'autres se retirent derrière les machines et cherchent à éviter une grêle de pierres. Les plus avancés s'efforcent de combler le fossé et d'écarter les obstacles. La nature du sol n'a pas permis que de la vase ou des eaux en défendissent le fond : les pierres, les fascines, les troncs d'arbres, la terre même l'ont promptement rempli. Alors, l'audacieux Adraste s'y jette le premier et plante une échelle. Les dards, le bitume bouillant dont on l'accable ne l'arrêtent pas. On voit le fier Helvétien suivre sa course dans les airs. Déjà il est parvenu à la moitié de la hauteur ; en butte à mille traits, il n'a reçu aucune blessure, quand soudain une énorme pierre ronde, rapide comme le globe de fer que vomissent les bombardes , tombe sur son casque , et le précipite au pied des murs. Ce coup terrible, c'est Argant qui l'a porté! Adraste n'est pas mort : mais, étourdi par cette lourde chute, il reste étendu sans connaissance et immobile. Alors le Circassien s'écrie d'un ton cruel et farouche : « Yoici le sort du premier, qu'un second le remplace ! Héros si prudents ! que ne vous montrez-vous à découvert? Moi, je ne me cache pas ! Mais en vain vous vous croyez protégés par vos cavernes mobiles, vous y mourrez comme des bêtes fauves dans leurs repaires.
Ces paroles de défi n'empêchent point les Chrétiens de s'avancer avec précaution. Les uns se tiennent dans l'intérieur des machines; les autres, serrés sous leurs vastes boucliers, bravent les traits et les projectiles. Déjà les énormes tours, les béliers sont près des remparts • de longues poutres, armées de fer à leurs extrémités, ébranlent les portes et les murailles. Tout à coup, un immense rocher, que cent bras vigoureux roulent avec peine, s'abat comme une montagne qui s'écroule sur la tortue la plus compacte. Les boucliers cèdent et se divisent; mille casques sont brisés, la terre est jonchée d'armes, de sang, de crânes, de membres épars et palpitants. Alors les assaillants qui»-
t. ut les machines, Remontrent à découvert el affrontent de plus près l'ennemi. Lésons fixenl des échelles el Lenlenl l'escalade: d'autres sa pent à l'envi lr> fondements. Les coups du bélier tombent el retombent sur h muraille qui se déchire; ses flancs entr'ouverts laissent au milieu des ruines un | \ lus Chrétiens impatients.
De leur coté, les assiégés ne négligent aucune des ressources de l'art de la guerre; partout où frappent les machines, il- suspendent des balles de laine <|ui reçoivent le choc. Cette matière souple et molle amortit les coups. Tandis que les guerriers de Godefroi font preuve de tant de courage et de témérité, Clorinde a sept fois tepdu son arc; sept luis ses flèches ont sifflé dans les airs et se sont rougies du plus î 1 lit — ii<- sang. I.;i Bère Amazone eûl dédaigné d'obscures victimes et des meurtres vulgaires. Le premier chevalier qu'elle blesse est le plus jeune des fils du roi d'Angleterre. Il sort à peine de sa retraite et déjà le 1er cruel l'atteint et lui p< rce la main droite, que protég en vain un gantelet d'acier. Il ne | > « - 1 ■ t plus combattre et se retire en frémissant de rage plutôt que de douleur. Le vaillant comte d'Amboise meurt sur le bord du fossé; une flèche 1<' frappe à la poitrine el sort par le « 1 * » — . I < I rançais Clotaire presse du pied les échelons, lorsqu'il a I»'» deux flancs traversés. Le comte • 1 « - Flandre est blessé bu bras gauche au moment « mi N fait mouvoir le bélier; il veut, mais en vain, arracher le fer <jui reste dans la plaie Adhémar, qui de loin suit les détails de cet assaut furieux, reçoit une flèche dans le front. Il périr la main à sa lête, et une seconde flèche cloue cette main sur le visage. Il meurt, el le bras d'une femme a versé le sang d'un saint prélat ' I e téméraire Palamède, qui brave le danger, est près de saisir les créneaux. Déjà \\ gravit le- ruines, la septième flèche de Clorinde lui crève l'œil droit, s'enfonce dan- l'orbite, brise les nerfs et sort derrière le crâne sanglant. Le guerrier chancelle, tend-- cl expire au pied de ces murs qu'il voulait escalader, reliées! le fatale adresse de la guerrière.
Cependant, Godefroi, redoublant ion attaque, se prépare à accabler les assiégés il a l'ail pousser, près de l'une des portes, la plus haute des machines : c'est nue lour de bois qui s'élève au niveau du rempart. Pleine d'armes et de guerriers, elle roule sur un essieu mobile. On approi lie cette masse le plus près possible de la muraille de son sein s'échappe une grêle de dards el de javelots et, de même que dans les batailles navales, un vaisseau cherche à s'accrocher aux flancs du navire ennemi,
elle s'efforce de s'attacher au rempart ; mais les défenseurs la repoussent avec leurs piques, Ja frappent de front et sur les côtés, et lancent d'énormes rochers sur le faite et sur les roues. Le Ciel est obscurci par les pierres et les traits qui s'élèvent des deux côtés. Deux nuées épaisses semblent se heurter dans les airs; et, parfois, rencontrée par une autre flèche, la flèche revient vers la corde qu'elle a (juitlée. Dn haut de leurs murailles, les Sarrasins tombent comme les feuilles ou les fruits encore verts qu'abattent de durs et froids gréions. Les pertes sont d'autant plus nombreuses qu'ils sont plus mal armés. Une partie de ceux qui survivent s'éloigne précipitamment de la machine immense qui les foudroie.
Mais le Soudan de Nicée, immobile, excite les plus braves à la résistance. Le fierArgant accourt en brandissant une p< utre qu'il oppose à la tour ennemie; il l'écarté, et d'un bras puissant, la tient éloignée de toute la longueur de son arme. L'intrépide Clorinde arrive pour partager leurs périls.
Enfin, les Chrétiens ont coupé, à l'aide de longues faux, les cordes auxquelles les ballots de laine étaient suspendus. Leur chute laisse le rempart sans défense contre l'action des béliers. Heurtés par la tour, battus sans relâche par les machines, les murs brisés commencent à s'ouvrir et laissent voir le chemin caché qui conduit dans l'intérieur de la ville. Couvert d'un vaste bouclier dont il se servait rarement dans les combats, Godefroi s'approche de ces murs chancelants. 11 examine prudemment le passage, et voit Soliman descendre au milieu des ruines 'pour en défendre les abords, tandis que Clorinde et Argant, toujours à la même place, occupent le haut du rempart.
A cette vue, son cœur s'enflamme d'une ardeur généreuse : il se retourne vers le fidèle Sigier, qui porte son art et un autre bouclier plus léger : « Maintenant, lui dit-il, donne-moi ces armes, j'essayerai de franchir le premier cette brèche que les éboulements ont rendue plus difticile. Il est temps de faire preuve de ma valeur. » A ces mots, pendant qu'il change de bouclier, une flèche siffle dans les airs et le blesse à la jambe à l'endroit où les nerfs réunis rendent la douleur plus vive. C'est de ta main, Clorinde, qu'est parti le trait fatal; c'est à loi que l'honneur en revient ! Si ce jour ne vit pas l'esclavage et la destruction des Infidèles, ils ne le durent qu'à ton bras. L'intrépide héros semble braver la souffrance : il poursuit sa course, escalade la
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brèche el excite sea soldats. Mais bientôt il B'apercoit que !«• mouvement irrite -.1 blessure -.1 jambe plie el ne le soutient plus : il esl enfin obligé d'abandonner l'attaque.
De la main il appelle le vaillant Guelfe el lui dit : 0 Je suis forcé de me retirer. Remplis i«i le devoir d'un général commande à ma place je m'éloigne, mais je ne tarderai pas 8 revenir. » Il monte sur un lé* . 1 coursier, el ne peu! toutefois se dérober aux regards. Avec lui, la Fortune quitte les Chrétiens. Privés de l'appui du Dieu des combats, ils perdenl courage; leur impétuosité se ralentit; le fer esl moins avide de sang; le son même des trompettes s'affaiblit. Les Sarrasins, .m contraire, sentent renaître leur ardeur, reprennenl courage el retrouvent l'espoir; déjà les plus timides reparaissent sur les remparts, d'où l'effroi les avail chassés. Les femmes même, animées par l'amoui
de la patrie el l'exemph de l'intrépide Clorinde, oui pris les armes. I<- cheveux épars, la i<>l" ajustée, elles courenl se mêler aux défenseurs, el ne craignent \>.\- d'exposer leurs jours poui le -.1 li 1 1 de leur cité chérie leurs m. nu- agitent des javelots. \ la vue de Guelfe <|ni tombe blessé, l'épouvanto ces» '!«■ troublei les Intidèles <\ s'empare
des Chrétiens. Entre mille guerriers, le Destina choisi ce héros: une pierre, lancée de loin, le renverse ; et Raymond, atteint d'un coup pareil, va, comme lui, mesurer la terre. Le courageux Eustache reçoit sur le bord du fossé une grave blessure. Dans ce malheureux moment, les Sarrasins ne lancent pas un trait (et le Ciel en est obscurci) qui ne donne la mort ou ne fasse, du moins, de cruelles blessures.
Le Circassien, que le succès enorgueillit, élève une voix insultante . « Ce n'est point ici Antioche, s'écrie-t-il, ce n'est plus cette nuit propice à vos lâches stratagèmes! Vous trouvez le brillant éclat du jour et des ennemis que n'engourdit pas le sommeil; c'est une autre guerre et d'autres combats ! Vous n'avez donc plus au fond du cœur une étincelle de votre goût insatiable pour le butin, de votre amour de gloire! 0 vous qui reculez sitôt, vous dont ce court assaul a épuisé les forces, vous n'êtes plus des soldats, mais des femmes craintives. » Sa fureur s'allume: cette vaste cité qu'il protège lui semble un champ de bataille trop étroit pour son audace. D'un seul bond il se jette sur la brèche, s'y fraye un passage et en occupe l'entrée. Alors il dit au Soudan qu'il trouve à ses côtés : « Soliman, voici le jour, voici le lieu où l'on doit juger de notre valeur! Qui t'arrête, que crains-tu? Moi, j'irai dans la plaine chercher la palme, digne prix du plus brave ! »
A ces mots, tous deux se précipitent, l'un ivre de fureur, l'autre entraîné par l'honneur et piqué de ce déli hautain. Tous deux brûlent de se signaler: ils fondent à l'improviste sur l'ennemi. Bientôt, avec les cadavres des guerriers qu'ils abattent, avec les armures, les casques, les boucliers, les échelles brisées, les béliers renversés, ils forment une montagne, un nom eau rempart à la place de leurs murailles détruites. Les Chrétiens, qui naguère remplis d'espoir ne songeaient qu'à franchir tous les obstacles, non-seulement renoncent à l'idée de pénétrer dans la ville, mais semblent incapables de se défendre. Un dernier choc les met en fuite, et ils laissent leurs machines à la merci des Sarrasins. Ceux-ci les frappent et les détruisent avec un tel acharnement, que désormais elles ne seront plus propres à une nouvelle attaque. Soliman cl le Circassien, s'abandonnant à leur fougue impétueuse, demandent à grands cris des flammes au.v assiégés, et déjà ils volent vers la tour en agitant deux torches brûlantes. Telles, les trois horribles sœurs, ministres dociles de Pluton, quittaient jadis, pour bouleverser le monde, le seud du Tartare et secouaient leurs flambeaux et leurs serpents;
m LA JÉRUSALEM DÉLIVRÉE.
Tancrède, qui sur mi autre point excite les assaillants, voit les succès des Infidèles. Il aperçoit le feu el les tortures menaçantes; aussitôt il s'élance pour arrêter les Sarrasins. Sa valeur éclate en coups si terri' blés, que les vainqueurs perdent leurs avantages et fuient.
Tandis que l'inconstance de la Fortune change et varie la lace du combat, Godefroi, blessé, s'est retiré dans bi tente; Baudouin et le fidèle Sigier sont près de lui: la foule de ses amis inquiets l'entoure. Impatient, il essaye d'arracher lui-même !<■ trait de la plaie: le bois se romp. Il exige qu'on emploie, pour le retirer, les moyens les plus prompts et les pins efficaces. Il vent que l'on examine tuii- les ravages «lu 1er, que l'on branche, que l'on coupe hardiment. « Rendeziiini aux combats, dit-il; il ne iaut pas que cette première bataille se termine -an- moi. » Et, appuyé sur une longue lance, il offre n jambe aux instruments qui doivent la déchirer. Déjà le vieil Hérotime, que les rives «lu Pô ont vu naître, lui donne les premiers soins. Il connaît l'usage et les vertus des simples et des eaux bienfaisantes. Jadis, favori des Muses, il sacrifia à des soins moins brillants l'amour <l«' la renommée; au lieu d'immortaliser par ses chants les - des guerriers, il voulut disputer leun corps fragiles au trépas.
Bouillon est debout; il frémit; mais son visage est serein et la douleur le trouve inébranlable. Hérotime, les bras nus, la robe retroussée, s'efforce, tantôt avec des herbes puissantes, tantôt d'une main habile, d'extraire le «lard cruel. Parfois, armé d'un fer mordant, il le -aisii. Vaim- tentatives I il ne réussit point à l'arracher I La Fortune ne seconde pas son adresse el ne parait point jourire i ses efforts. Les douleurs deviennent si cruelles, «pic l'on craint pour la vie du héros. Enfin, l'ange qui veille sur lui, touché de ses souffrances, va cueillir sur le mont Ida le dictame, herbe qu'un duvet moussi ux et <!<• rouges Beurs embellissent ses j< unes feuilles mil une vertu salutaire. I i nature indique aux chèvres de. itagnes ses propriétés inconnues, el elles s'en servent lorsque la flèche ailée s'est attachées leurs liane- déchirés. Le dictame croll loin de la Judée, mais l'ange l'ap porte en un Instant, el sa main invisible en exprime les sucs dans les eaux du bain qu'Hérotime a foit préparer. H v mêle l'odorante panacée et les ondes Bai rées de la fontaine d<' Lydie. Le vieillard en arrose la plaie et, soudain, le trait fatal sort «le lui-même; le sang B'arréte déjà la douleur fuit el la vigueur renaît : «Ce n'est point moi, s'écrie