‹ La Jérusalem délivréeChapitre 18 sur 19 · LA JÉRUSALEM M .1.1 VI; I I · texte numérisé non relu

LA JÉRUSALEM M .1.1 VI; I I

l'antiquité, aus premii rs temps de Rome. Tous sonl couronnés de lauriers. Le vieillard raconte leurs combats et leurs victoires. Voici ce Caîus qui, .m momenl <>ù l'étranger s'empare, comme d'une proie, de 1*, i ti | >i i • ■ chance] mt, saisit* à la voix du peuple, I- - rên< - du gouverna ment, et devient ainsi l<- premier prince d'Est. Ses voisins moins puissants sentenl li besoin d'un chef el s'unissenl àhû. Plus tard lorsque .i Rappel d'Honorius les <i<>tli- barbares reviennent ane seconde fois semei l'incendie el le carnage dans l'Italie, asservir Rome tremWanle et li menacer d'une entière destruction, Aurelius préserve Bon peuple de l'e» lavage. Le vieillard lui montre ensuite Fon ste, <|ui lutte contre les Huns, i ■■ s fiers conquérants du Nord. Ces! bien le visage du farow h( Attila! Son regard étincelle comme ««lui d'un dragon; on dirait un dogue qui grince des dents, <t on croit entendre ses aboiements. Le roi barbare, vaincu dan* un combat singulier, se réfugie au milieu de Bes soldats. Le brave Foreste, l'Hector de l'Italie, défend la ville d'Aquilée. Bientôt ««• héros expirant partage le funeste destin de sa patrie. Ici est Iccarin, digne lil- d'un père illustre; comme lui l'honneur el li Boutien de l'Italie. Altin cède à la fortum . el non ;'i la vali ur des Huns bientôt, fugitif, il chéri he un asile, i I. sur li s bords du Pô, il forme avec mille cabanes dispersées une » it«- nouvelle, il oppose des digues aux débordements du fleuve < i fonde la capitale des prii de -"ii nom. Il triomphe des Al. un-: mais, vaincu plu- tard par Odoacre, il meurt pour la défense de son pays; trépas illustre qui l'associe à la gloire <l<' son père! AMbrise tombe à ses côtés. Plus loin, Asson et son frère partent pour l'exil : mais, après la mort du roi « I « - Uérules, ils reviennent par la force 'I'- armes et de leur génie. L'œil droit percé d'une flèche, voici près d'eux Boniface, l'Epaminondaa de glorieuse maison ' Vainqueur <lu crui I Totila, il si mble sourire i la mort, '.m il .i sauvé Bon bouclier. Valérien, encore enfant, suit les traces de son père. Déjà plein <!<■ force, il b le courage d'un homme, i cent escadrons "i!i- ne peuvent lui résister. \ ses côtés est Ernest, dont l'aspect terrible épouvante les Esclavons. Mais, avant lui, l'in trépide Aldoar chasse de Moncelse le i<>ï des Lombards. <mi \<>ii ensuite H< 'ii ri et Bérengei . Partout où Be déploient les augustes étendards

de Charlcmagi .1 i esl le premier de ses ministres le ses

fnméraux< Plus tard, pai l'ordre de Louis, héritiei du grand empereur, il va a tta quel son neveu au sein de II provino qu'il gouverne i i !<•

prince, vaincu dans une bataille, est fait prisonnier. Othon paraît avec ses cinq fils. Alméric devient marquis de Ferrare, cette reine de l'Éridan. Fondateur d'églises, il a, dans une extase profonde, les regards pieusement élevés vers le ciel. Ici est retracée la lutte terrible qu'Asson II soutient contre Bérenger. Enfin, après diverses alternatives de fortune, il triomphe et conserve sa principauté d'Italie. Albert, son lils, montre sa valeur aux Germains. Vainqueur dans les joutes, vainqueur dans les combats, il reçoit la main de la fille d'Othon, et en dot d'immenses trésors. Derrière lui est Hugues, dont le courage impétueux met en fuite et disperse les armées de Rome. Marquis de lTtalie, il tiendra sous ses lois la Toscane entière. Plus loin est Tbéobald, et auprès de lui Boniface, ayant à ses côtés son épouse Béatrix. V\\ fils manque à leur tendresse; ils auront, pour héritière de leur gloire et de leurs vastes Etats, une fille, Mathilde, dont les vertus seront au-dessus de la faiblesse de son sexe et de son âge; par sa sagesse et sa valeur elle forcera les diadèmes et les puissances à s'incliner à ses pieds. Son visage respire la noblesse et la fierté; dans ses yeux brille une ardeur martiale. Ici, victorieuse des Normands, elle voit fuir ce Guiscard jusqu'alors invincible. Elle arrache des mains de Henri IY vaincu l'étendard de l'Empire, et le suspend dans le temple du Seigneur. Plus loin, elle replace au Vatican le souverain pontife sur le trône de saint Pierre. A ses côtes est AssonY, ministre de ses volontés, héros qu'elle chérit et qu'elle honore. Tandis que la postérité glorieuse et féconde d'Asson IV étend au loin ses rameaux, Guelfe, fils de Cunégonde, cède aux vœux des Allemands, et ce rejeton des Romains, transportant dans les champs de la Bavière ses heureuses destinées, ente une branche de la maison d'Est sur l'arbre des Guelfes. On voit alors le tronc desséché reverdir plus brillant que jamais, et produire des- sceptres et des couronnes. Favorisé des rayons célestes, il s'élève sans obstacle ; bientôt il touche au ciel et se répand sur la moitié de la Germanie qu'il couvre de son ombre. Mais les rejetons de cette tige royale restés en Italie ne s'y rendent pas moins illustres. Berthold et Asson VI y rappellent leurs aïeux.

Telle est la suite de ces héros. L'airain semble vivre et respirer; leur vue réveille dans l'àme de Renaud les sentiments et la voix de l'honneur. Brûlant d'ardeur, il s'enflamme; son lier courage veut égaler leur vaillance ; et, dans ses transports, il croit réaliser ce que

son imagination désire. Déjà ses yeux voienl Solime prise el détruite après l<- trépas de ses défenseurs. Il s'arme; et, sûr de la victoire qui lui esl promise, il veul la devancer ou la saisir.

Alors Charles, <|ni lui a déjà raconté la mort du héros danois, lui présente l'épée de Suénon. o Prends4a, lui «lii-il. et qu'elle soi! heureuse en tes mains. X<j l'emploie jamais que pour la cause de la Foi. Soi- juste el pieux autant que brave. Venge Suénon qui fui ton admirateur; remplis ton devoir el nos vœux. — Plaise au Ciel, répond Renaud, que mon bras se si rv< bientôt de cette épée |">m venger le héros qui le premier en Ml un si noble usage! Puissé-je remplir dignement la mission qui m'est con6ée ! »

Charles, se tournant alors avec un front joy< ux, lui exprime «-n peu de mots toute sa reconnaissant e.

Cependant \< sage vieillard les presse <!<• continuer leur voya l.i faveur de la nuit. « Il esl temps, leur dit-il, <l< joindre Godefroi, qui vouî attend, el le camp où votre présence esl nécessaire. Partez donc maintenant je vous conduirai, malgré l'obscurité, vers les tentes des Chrétii us. t

Il dii, monte Bur ><>n char, \ fait placer les trois guerriers près d<> lui, ci. abandonnant les rênes, il excite les coursiers el lès pousse vers l'orient. An milieu des ténèbres il- gardent le silence. En lin le vieillard s'adressanl à Renaud, lui parle ainsi : ■ In sa vu les antiques ^racines el les rameaux orgueilleux de l'arbre des Est. Si, dès les premiers ageB, il fut fécond m héros, sa sève n'est point encore el ne sera jamais épuisée, parce que le coure dès siècles n'éteindra pas sa vertu. Mi! si de même <|n<' j'ai, du sein de l'oubli, tiré \>- ancêtres <|m fêtaient inconnus, je pouvais le montra aussi ta |M»térité el te nommer tes neveux, qui ûs .1 les présenter .1

l'univers avanl que leurs yeux fussenl ouverts* à la lumièn ' In \> irais

une suite non moins longue de héros .i< c plii d'aussi grandi - ai 1

M;ii> mon art ne peu! apercevoir la vérité cachée au si in des lénèbri a elle m'apparait douteuse comme la lumière incertaine d'un flambeau perdu dans les brouillards. Et si In m'entcHdis parlei ave< assurance, ne m'accuse point de témérité, car celui qui me dévoila ces mystères découvre sans voile les sei rets des 1 ieux. Je te prédis ce que la favetu divine lui .1 transmis etee qu'il .1 daigné m'apprendre. Jamais, dam les temps les plus glorieux de l'antiquité, race grecqiu . latine ou bar-

bare, ne fut féconde en héros autant que le sera la postérité ; leurs noms égaleront les plus célèbres de Sparte, de Carthage et de Rome; mais parmi eux Alphonse, second du nom, le premier par ses vertus,

viendra quand le monde, épuisé par la corruption, n'enfantera plus d'hommes illustres. Nul ne saura, mieux que lui, tenir le sceptre ou l'épée, porter le poids des armes ou le diadème. Il sera la plus grande gloire et l'honneur de ta famille. Enfant, il signalera sa valeur au sein des jeux, image de la guerre, et sera la terreur des monstres des forêts. Vainqueur dans les tournois, il recueillera bientôt dans des luttes plus sérieuses- des palmes et de nobles dépouilles. Sur sa tète brilleront tour à tour les couronnes de chêne, d'olivier ou de laurier. Dans un âge plus mûr, il se couvrira d'une gloire nouvelle en maintenant le calme et la paix au sein de ses États, qu'entoureront des voisins puissants et belliqueux. 11 fera fleurir les arts; il encouragera le génie et ordonnera de pompeuses et magnifiques fêtes. Avec une justice égale,

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il distribuera les récompenses et infligera les châtiments, et sa prévoyance l< rendra maître des événements les phis reculés. Ali! dans ces jours malheureux, <»ù l'impie règne sur l'univers el impos

n\ cités les plus fameuses, s'il arrivail qu'Alphonse s'armât pour i les temples el les autels profanés, quelle juste ••( terrible vengeance rt'accompliraitril pas contre !»■ Prophète redoul ible el bi - Impurs sectateurs I En vain le Turc el le Sarrasin lui opposeraient leurs hordes innombrables. Il porterait la croix, l'aigle Hanc de Ferrare el les li- d'or au delà ■ 1 < - l'Euphrate, .1 travers les i im< - du Taurus,

.m sein de ces empires, "i'i le soleil ne se couche jamais; !»• Nil, en urces ignorées, voudrait vainemenl se dérober à ses coups, el les noirs habitants de ces rivages seraient forcés d'adorer I» frai Dieu. »

Ainsi parle le vieillard^ et le héros attentif, recueillant ses discours, se réjouit en secret de la gloire «'t dea triomphes neveux.

Cependant l'aurore annonçait le retour '-In soleil. I es i ieux se coloraient .i l'orient, <i l'on ipercevait de loin les bannières qui flottaient

Fur les tentes des Chrétiens. Le sagi reprit alors ■ Y le soleil:

* rayona propice* éclairent fc rivage, le camp, la plaine, Jérusalem et lea monts. Jusqu'ici, pai des chemins inconnus, ji vous ai guidés

à l'abri des dangers et des obstacles. Vous pouvez maintenant marcher sans mon secours; je ne dois point vous accompagner plus longtemps. » Il dit, et laisse les trois guerriers au milieu delà plaine. Les feux du jour leur permettent de suivre la route, et ils regagnent leurs tentes. Soudain la Renommée, répand et publie leur retour si impatiemment attendu. Le sage Godefroi en est averti le premier, et il se lève pour les recevoir.

Renaud tente l'entreprise de la forêt et en sort victorieux. — La nouvelle de l'approche des Egyptiens s'étant répandue, l'adroit et rusé Yafrin va les espionner dans leur camp. — Une bataille est livrée sous les murs de Solime, mais les Chrétiens reçoivent du ciel un si puissant secours, qu'ils se rendent maîtres de la ville

N- JËL n abordant Godefroi, qui était venu à sa rencontre, Renaud lui dit : « Seigneur, le soin de mon honneur jaloux m'a porté à tirer vengeance d'un héros qui n'est plus. Si je manquai à tes lois, quels n'ont point été depuis mes regrets et mes remords ! Je reviens, j'obéis à ta voix, et je suis prêt à tout entreprendre pour recouvrer ton amitié ! »

A ces mots, il s'incline avec respect; Godefroi le presse dans ses bras et lui répond : « Écartons pour toujours de fâcheux souvenirs et oublions tes fautes. Je te demande, pour seule expiation, d'accomplir, comme à ton ordinaire, de nouveaux exploits. C'est à toi de

LA N m SALEM DÉLIVRÉE hâtei la ruine de nos ennemis el d'assurer notre notoire en triom-

phanl des istres qui gardent la forêt. S.- arbres antiques i

fournirent jadis le bois nécessaire à nos premières machines. Mais, par 1111 prodigi i trange, il- sont devenus le séjour ténébn ux d'< nchantements redoutables. Personne n'oae y porter le fei et, cependant nous ne pouvons, sans machines de guerre, renverse] les murs de Sion. Que ce lieu d'épouvante pour tous nos ch< valiert soit témoin de ta

valeur! o II ord le, el le héros promet en [ieu de mots de se déi i

.1 ces fatigues el à ces périls. Mais à son aspect Ger et magnanime, on \<iit qu'il fera |»lu> encore qu'il ne promet. Puis, il présente un front riant a Guelfe, à Tancrède et aux principaus capitaines (pti s'étaient rendus près de lui. Il leur tend la main el les embrasse. Après échange réitéré d'amicales démonstrations avec ces illustres chefs, il reçoit d'un air affable et populaire les simples -"1,1 its. Les acclamations, les cria d'allégresse n'auraient pas été plus grands, la foule n'eût point été plus considérable, si, vainqueur des peuplt - du Midi el de l'Ain il lui revenu triomphalement sur un chai de victoire.

Il arrive ainsi I sa tente et s'assied au milieu de ses meilleurs amis. Il réponde leurs questions empressées el les interroge à -on Unir -m les événements de la guerre <i surlaforél enchantée. I qu'ils -•• sont retirés, le Baint ermite lui parle ainsi: « Dans ce I et merveilleux voyage, de grandes choses onl frappé tes regards; quelles actions de grâi es ne dois-tu pas rendre au souverain maître de l'universl C'est par lui que lu fus délivré du pouvoir magique I II ;i voulu que la brebis égarée fût ramenée au milieu du troupeau fidèle. Enfin, il ;i ordonné à Bouillon de te choisir pour l'heun ux exécuteur des célestes décrets, routefois, tes m. un- encore impures ne doivent

point -'. pour une ai -.unir mission. Plongée dans dé profondes

ténèbres, ta chair porte des souillures que ne pourraient effacer l<eaux du Nil, do Gange el de l'immense Océan. I a vertu «In me | urinera seule tout ce qu'il \ a d'immonde en toi. Que ton oceui s'éJèvs donc vers le Tout-Puissant I Implore humblement sec pardon, confesse tei fautet les plus s< i rèu -. pleure sur elles el nii

\ ces mots, le héros, recueilli en lui-même, déplore son orgueilleux courroux et ses folles amours. Plein de douleur et prosterné aux pieds du solitaire, il lui fait l'aveu de ses erreurs. Le ministre des Cieux I absout el lui dit Rends-toi, aux premiers rayons de l'aurore, bui

cette montagne que le jour naissant éclairera de ses feux! tu te mettras en prière ; puis tu marcheras vers la forêt qui recèle tant de vains prestiges et de fantômes trompeurs. Tu vaincras, je n'en doute point, les monstres et les géants, pourvu que tu ne cèdes pas à de nouvelles et criminelles faiblesses ! Que des voix plaintives et suppliantes, que les chants voluptueux, que les doux sourires, que les tendres regards de la beauté n'amollissent pas ton cœur ! Sache mépriser de mensongères apparences et de feintes larmes ! » Le héros a reçu les conseils de

Pierre. Alors, brûlant de désir et d'espoir, il se prépare à sa grande entreprise. Toute la nuit, elle occupe sa pensée; sans attendre même l'aube naissante, il prend ses plus belles armes, choisit une cotte de mailles neuve et d'une couleur étrange. Seul, en silence, il sort de sa tente et part. C'était l'heure où les ombres luttent avec le jour ; quelques étoiles brillaient encore. Mais tandis qu'il gravit le mont des Oliviers, déjà l'orient se colore de rouges feux. Il contemple ces splen-

r.oii I.A JÉRUSALKN DÉLIVRÉE

deurs divines, ornements éternels delà nuit et du matin, et se dit . a Quels éclatants flambeau! Boni répandus dans la voûte céleste I Le jour, le -"Iril roule sur son char radieux, el la nuit a pour couronne les étoiles il""i el la lune argentée. El nous, indifférents à toutes oea magnificences, nous nous laissons éblouir par la lumière Bombn et pile qui jaillil d'un regard, <•! nous admirons le fugitif sourire d'une mortelle ' »

An milieu de ces réflexions, il atteint !<■ sommé) de la montagne. Là, pieusement agenouillé, il élève ses pensées vers le trône de Dieu: « 0 mon maître, 6 mon père, dit-il, puissent t;t clémence el la pitié m'accorder le pardon des fautes de ma première vie ' Que t;i grâce verse sur moi si - trésors, qu'elle régénère el purifie mon âme des faibli ilr l'humaine nature ! »

Telle est sa prière. Déjà la déesse au fronl vermeil caressi -<>u \ et lance sea rayons Bur la crête verdoyante de la montagne, bot son qui el -m son armure II -«ut la douce haleine «lu zéphyr, <|ui, du sein de l'Aurore, secoue un nuage de rosée. Ces perles brillantes fixent -m Bes vêtements, bientôt il- onl perdu leur teinte grise el ils étincellenl de blancheur. Ainsi, la (leur, flétrie el desséchée, renatl à la fraîcheur <lu matin; ainsi, l«' serpent rajeuni étale avec orgueil 1rs richesses d'une peau1 nouvelle. Renaud lui-même admire l'éclat de s,i cotte <l«' mailles : puis, il marche ;i\i« assurance vers l'antique Forêt, Il arrive : il i -i près de ces lieux dont le seul aspect glaçait <!<• terreur les plus intrépides, et rien d'effrayant ne s'ofire à sa vue. Partout -«• montrent des ombrages délicieux. Il s'avance, el une tendre mélodii remplit les airs. C'est le plaintif murmure d'un ruisseau, el le soupir des venta ;• travers le feuillage l 'est le chant triste et harmonieux «lu rygne, et les accents mélancoliques du rossignol ; c'est un concert de \oi\ humaines el d'instruments, el tous ces sons se mêlent el fondent en un Beul. Au lieu de ces formidables tonnerres qui avaient épouvanté les antres guerriers", le héros entend les chants des nymphes cl île- Birènes, !<■ il«>n\ bruil des zéphyrs el des ondes, el le gazouillement «l< - oiseaux. Il B'arréte étonné, et-s'avance ensuite d'un pas tardif et prudent. Il ne rencontre d'autre obstacle qu'un fleuve trana» parenl el tranquille, dont les bords parfumés sont tapissé* de verdure et de Deurs. Dans son cours tortueux, il embrasse la forél <t lui fait une brillante ceinture. Un petit canal, formé <l" ses eaux, coupe el

traverse les bois ; et, par un bienfaisant échange, les arbres se baignent dans les flots qu'ils couvrent de leur ombre. Tandis qu'il cherche le moyen de passer, il voit soudain paraître un pont merveilleux, éclatant d'or, (pic soutiennent des arches solides. Il peut aisément arriver sur l'autre rive; mais il y touche à peine, et le pont s'abîme et roule au milieu des eaux du fleuve qui n'est plus qu'un torrent impétueux. Il voit alors les ondes furieuses franchir les bords et se replier en rapides tourbillons. Cédant au désir curieux qui le pousse, il pénètre dans ces bois antiques et touffus. Sans cesse il découvre de nouvelles merveilles. Partout, sons ses pas, jaillissent des fontaines et naissent des fleurs. Là, le lis ouvre son blanc calice; ici, la rose s'épanouit. Puis, des ruisseaux et des fontaines. Enfin, de toutes parts, là forêt séculaire semble reverdir, Fécorce même prend un aspect plus riant, et toutes les plantes revêtent une agréable parure. Une manne céleste se répand sur les arbres comme la rosée ; le miel coule du sein des arbres. Une bizarre harmonie, des chants mêlés à des plaintes, des voix humaines qui se marient à celles des cygnes et au murmure de l'onde et des zéphyrs se font entendre. Le héros ne peut découvrir d'où viennent ces voix et où sont les instruments. Tandis qu'il promène autour de lui un regard incertain, et que son esprit repousse ces prestiges que ses sens lui présentent connue une réalité, il aperçoit, à l'extrémité d'un sentier qui conduit à une vaste plac , un myrte s'élever à l'écart. Son front superbe domine les cyprès et les palmiers, et il déploie ses rameaux sur les autres arbres de la forêt.

Renaud s'arrête au milieu de cette place, et ses yeux contemplent un nouveau prodige. Le tronc d'un chêne s'ouvre tout à coup ; il en sort une jeune fille au printemps de l'âge et vêtue d'une façon singulière. Bientôt, ô merveille ! des flancs de cent autres arbres s'échappent cent autres nymphes pareilles à ces divinités des bois que nous voyons dans les tableaux et sur les théâtres ; elles ont les bras nus, la robe relevée, les pieds chaussés du cothurne, les cheveux tressés et flottants. Telles paraissent ces filles de la forêt; mais, au lieu de l'arc et du carquois, leurs mains portent des luths, des violes et des lyres. Elles commencent aussitôt des danses joyeuses et renferment le héros dans le cercle qu'elles décrivent autour du myrte. Puis, leurs voix douces et mélodieuses chantent en chœur : « 0 toi, l'amour et l'espoir de notre reine, combien ta venue la remplira de joie ! Consumée par

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les ardeurs qui la dévorent, elle attend de toi la vie. Déjà cette forêt, naguère si sombre, séjour convenable à sa douleur, s'est embellie à ton aspect de ses plus gra< i< uses paru» s.

Ain-i disent les nymphéa, et des accents plus touchants encore sor«

tcnt du myrte, qui, lui-mê , «'ouvre enfin. La Pable jadis racontait

les étonnants prodiges de Bes bois mystérieux, mais jamais ils n'< In. ut ceux i|ui s'opèrent m ces lieux. l>n tronc du myrte aorl une rare el merveilleuse I" auté. C'est une femme fantastique qui rassemble en elle les plus angéliques perfections. Renaud la voit; il reconnaît l<^ traits el lé visage charmant d'Armide, dont les yeux expriment .'i h fois la douleur et la joie. Mille sentiments divers se peignent dans m -

i rds. Enfin k je te revois, lui dit-elle; enfin lu reviens vers cell< que tu ;i\;u^ abandonnée ! Qui l'amène*! Daignes-tu apporter quelques

solations .1 mes nuits solitaires et à mes tristes jours?.. Viens-tu

me déclarer la guerre el mechasseï de isile?... Pourquoi me

cacher ton beau visage et nememontrei que tes aj . Es-tu mon

amant ou mon ennemi?... Ah! L point pour un ennemi que j'ai

élevé ce pont el faitnaltn ces fleurs, ces ruisseaux, ces fontaines Je n'aurais point détruit but ses pas l« s ron< es et les obst clés. , !'•

couvre ton front, Ole ce casque!... Si lu arrives, guidé par l'Ai r,

que tes yeux s'arrétenl sur les miens, que tes lèvres s'attai hent ;'i mes lèvres, que ton sein presse mon sein, ou i|n<' du moins n<>- deux mains soient unies '... Kl. en parlant ainsi, elle port< vers lui s< - r< garde -u|i|ili;nilv el douloureux puis, la pâleur couvre Bes jouet poi-

trine s'échappent <l<' tendres soupirs elle a recours aux sanglots «1

,ni\ bu ni' S.

1 spectacle d'une -1 grande affliction eût attendri un cœur de diamant; mais le héros, sans être cruel,i >aisW et ne si laisse point fléchir.

Il tir» - 'i"' 'i s'approche du myrte. Mors, le fantôme se préci

pite entre l'arbre et le fer, embrasse le tronc et B'écrie Mil \<>n 'li lis-tu me faire un tel outrage?... Pourrais-tu détruire cet arbre, ma dernière demeure?... Jetti 1 glaive meurtrier, ou d'une main impitoyable plongera dans le sein de l'infortunée Arniide. Ce n'est < | m l'.n ce chemin, cesl en déchirant mes entrailles que lu Rtteindraa \> myrte que je protégi

Mais, sourd .1 ses prières, il lèv< son épée. Tout h coup, A prodige ' le fatitAme prend une forme nouvelli et, de même que dans nos

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