‹ La Jérusalem délivréeChapitre 6 sur 19 · I10US · texte numérisé non relu

I10US

Son cette muraille lut • lie d'un aci( r, d'un diara; ni impénétrable.,

jamaûi dans - (nceinte le farouche Axganl ne Irouverail un ;i>ilr

contre vos coups : allons à l'assaut I » Il «lit , el lui-même \ vole le premier. A Pabri de son casque, sa tête ne craint ni les pierres qu'on lui lance, ni la grêle il<' traits dont "ii l'accable.

Sur sou fronl élevé respirenl l'audace el la terreur : si vue, jus (ju au Bein des remparts, porte l'épouvante el l'effroi. Il encourage les Chrétiens, il mi nace les Sarrasins mais toul b coup on vienl donner m" frein .1 son ardeur. Ces! le sag< Sigier, le ministre sévère des or 'li es de Godefroi.

" gourmande bu nom du chef leur indiscrète ardeur; il leur com mande de retourner aussitôt sur leurs pas Retirez-vous, dit-il, ce n i-\ point ici, ce n'esl point dans ce momenl que vous devei \<»uv abandonnera votre courroux. Godefroi commande : obéissez. \ ces

|x- Renaud n'arrête m;ii^ il frémit, el son dépil mal caché éclati

dans son air 1 1 dans son maintien.

'■■- Chrétiens se retirent; l'Infidèle, témoin de leur retraite, n'o* '•' troubler. Le corps du généreux Dudon ne restera poinl privé de* honneurs suprêmes ses fidèles amis, les yeui baignés de !• «.

portent sur leurs bras ses dépouilles honorées et chéries. Cependant Bouillon, sur une hauteur, examine et la situation et les fortifications de Solmie.

Solime est assise sur deux collines opposées et de hauteur inégale . un vallon les sépare et partage la ville : de trois côtés elle est d'un accès difficile. Le quatrième s'élève d'une manière douce et presque insensible : c'est le côté du nord ; des fossés profonds et de hautes murailles l'environnent et le défendent.

Au dedans sont des bassins où se conserve la pluie, des canaux et des sources' d'eau vive : les dehors n'offrent qu'une terre aride et nue : aucune fontaine, aucun ruisseau ne l'arrose : jamais on n'y vit éclore de fleurs ; jamais arbre, de son épais ombrage, n'y forma un asile contre les rayons du soleil. Seulement, à plus de six milles de distance, s'élève un bois dont l'ombre funeste répand la tristi sse et l'horreur.

Du côté que le soleil éclaire de ses premiers rayons, le Jourdain roule ses ondes illustres et tortunées. A l'occident, la mer Méditerranée rougit sur le sable qui l'arrête. Au nord est Béthel, qui éleva des autels au veau d'or, et l'infidèle Samarie. Bethléem, le berceau d'un Dieu, est du côté qu'attristent les pluies et les orages.

Pendant que Godefroi considère et la ville et sa situation et ses envi rons ; pendant que de l'œil il mesure l'assiette de son camp, et qu'i détermine le côté qu'il peut attaquer avec le plus d'avantage, Herminie l'aperçoit , et le montrant au roi : « Ce guerrier , dit-elle, que tu vois couvert d'un manteau de pourpre, dont l'air est si auguste et majestueux, c'est Godefroi.

« Vraiment né pour l'empire, il sait et régner et commander ; grand général, vaillant chevalier, il combat comme il ordonne : parmi cette foule de Chrétiens je ne puis te montrer un guerrier plus intrépide, ni un homme plus sage. Il n'a de rivaux que Raymond au conseil, Renaud et Tancrède dans les batailles.

« — Je le connais, dit Aladin : je l'ai vu jadis en France, dans cette cour superbe, où j'étais ambassadeur du roi d'Egypte. Je l'ai vu manier la lance dans les tournois ; il était à peine sorti de l'enfance : mais déjà son air, ses discours, ses exploits lui présageaient les plus hautes destinées.

« Présage, hélas ! trop véritable ! » A ces mots, Aladin se trouble et baisse les yeux ; mais, reprenant un air plus calme : « Quel est,

50 I \ H.lil SALKM l»l.l.l\ lil I

jjt-il, ce -if 1 1 ki qui semble marcher boii égal? II esl d'une taille muni- haute, mais que ses traita ressemblent aux Biens! - C'est Baudouin sa ligure annonce qu'il est son frère, et ses exploits en< on

llilt'IlX.

i i ,,|||, . qui est .1 côté deGodefroi et qui Bemble lui donner des conseils, c'est o Raymond dont je t'ai vanté I . Ce vieillard a

blanchi dans la -mur : parmi tous les Chrétiens, nul ne sut mieux que lin ourdir un stratagème. Celui que tu vois plus loin, dont le casque est tout brillant d'or, c'est Guillaume, le lil- «lu roi d'Angleterre.

\,,il.i Guelfe, digne ii\;il des héros, illustre par son rang, Ulustn par sa naissance. •' le reconnais a Bes larges épaules, à si large |">i trine. M, il- mon 1 ru< I ennemi, l'homicide Boémond, le destructeur de ma famille, mes yeux u<' le rencontrent point parmi tous ces guei

ners. >

Cependant Godefroi, après avoir tout reconnu, tout examiné, \. n joindre les siens : convaincu qu'en vain il attaquerait Solime par les côtés escarpés el d'un difficile abord, il fait dress 1 les tentes vis-à-vis de la porte septentrionale et dans la plaine qu'elle regarde : <!<• là il les prolonge jusqu'au-dessous de la tour angulaire.

Dans cet espace, il renferme presque le tiers * I < la ville. Jamais il 11'aurarl pu en embrasser toute l'enceinte ; mais il renne t< »u t accès aux ni - et fait occuper tous les passages.

l'ouï garantir son camp des sorties des habitants el des attaques de l'étranger, il le couvre par des tranchées; il fait creuser des fossés larges el profonds. Iprès avoir satisfait à ces soins importants, il v.i it ndre .m\ 11 stes du généri ux Dudon de pieux el tristes devoirs. I u< Iroupc gémissante, éplorée, entourait le corps du héros.

Il reposait élevé sur un lil que ses fidèles amis avaient omé avec Une [ >• • 1 1 « | ■• ■ guerrière à la vue de Godefroi, leurs regrets s'exhaleni par di - »ons plus lugubres 1 1 plus perçants. Bouillon ne parait ni w rein ni abattu louti -.1 douleur est dans son àme. Recueilli en lui- . Ii- yeux lixés sur le corps de Dudon, il garde quelque teuiite I"- sili m > ; ( ulin il lui adresse ce discours :

énéreux n. 1 1 ic 1 . ce n'esl point à toi que nous devons des n ~ [frets ■ ! des lanncs lu n'es 11101I ici-bas nue pour renaître dans le itéjoui <!<■ la félicité, ii- lieux, où lu as laissé ta dé|>ouille mortelle, sont tout pleins «lr ta gloire el de tes ^ « 1 1 1 1 - . lu as vécu, lu es mort

en héros et en chrétien. Heureux au sein du Dieu qui couronne tes travaux, nageant dans son immensité, tu t'enivres d'éternelles voluptés.

« Jouis de ton bonheur. C'est notre sort, non, ce n'est pas le tien qui demande nos larmes. En te perdant, nous perdons la plus belle partie de nous-mêmes. Mais si cet accident que le vulgaire appelle la mort nous enlevé le secours de ton bras, tu peux, du séjour des dus, nous obtenir le secours de Dieu même.

« Mortel, nous l'avons \u combattre pour nous' : immortel aujourd'hui, tu seconderas nos armes avec des armes invisibles et célestes. Accoutume-loi à recevoir nos hommages : sois notre refuge, notre asile dans nos dangers. Victorieux un jour et triomphants, nous irons acquitter, dans les temples, les vœux que nous t'aurons faits. »

Ainsi parla Bouillon : déjà la nuit obscure avait éteint les derniers rayons du jour. Le sommeil vient charmer les ennuis et suspendre la douleur et les larmes des Chrétiens : mais leur chef, tout occupé du

i.a .n.iii SALEM nu. mu i I. Solin - •• construire des machines, et ne se livre

qu'un momenl aux doue urs du repos.

Il se lèvi avec le soleil, el lui-même, il \<ut assister aux funérailles. A h vue Mu camp, an pied d'une colline, on ;i luit à Dudon ,,,, , , (1 ,i, il de cyprès un palmier superbe le couvre de meaux : on \ dépose le corps Mu guerrier : les prêtres, par <l<-> chants el par des sacrifices, implorent la clémence céleste.

Aux branches «lu palmier sonl suspendus des trophées h des armes que jadis, dans des combats plu- heureux, Dudon ;<\;iii conquises -m les Syriens el sui les Persans. An tronc sont attachées sa cuirasse el .,,,, armure. On \ gravi ces mots : Cî-gîi Dodoïi. Passant, bosorb lks i DUMES d'i n héros.

\|in s avoir rempli ce triste \ i pieux devoir, Bouillon envoie tous les travailleurs, sous une escorte sûre, dans une Forci voisine : elle <•>! cachée dans des v.illon- : un Syrii i l'avail fail connattn aux Français. C'esl là que vonl se préparer les instruments de la perte de Sol i.

Inimés d'un cèle égal, ils Fonl gémii les arbres sous les coups redoublés >\< I roua t< >■ 1 1 .1 cette antique forêt des outrages

qu'elle n'avail poinl mcon éprouvés. Le |>;ilim 1 sacré, le freni sau-

vage, le funèbre cyprès, les sapins et les hêtres tombent sons l'acier tranchant. L'orme expire avec la vigne qui l'embrasse.

On abat et les ifs et les chênes qui virent mille fois renouveler le printemps et leur feuillage, qui mille fois résistèrent, immobiles, à l'effort des vents conjurés. Les chariots gémissent, les essieux crient sous les fardeaux dont ils sont chargés. An bruit des armes, aux cris confus des Chrétiens, les betos sauvages désertent leurs retraites, et les oiseaux abandonnent leurs asiles

Les Chrétiens sonl accables des plus cruels fléaux. — Hidroat, roi de Damas, envoie sa nière Arrilide au camp des Chrétiens, pour séduire par ses charmes Bouillon il les autres généraux.

endant que tout conspire à hâter les instruments destructeurs dé Solinie, l'éternel ennemi des humains lance sur l'année chrétienne des regards allumés du sombre feu de l'envie : à la vue du zèle qui l'anime, sa rage s'en flamme; lui-même il se déchire de ses propres morsures, et tel qu'un taureau frappé du coup mortel, il exhale sa douleur par îles soupirs et. par des mugissements.

Bientôt il ne songe plus qu'à réunir sur les Chrétiens les plus cruels fléaux : il ordonne que dans son noir palais son horrible sénat s'assemble : insensé ! qui croit que sa fureur peut balancer les décrets de l'Etre suprême : qui use s'égaler à lui, et qui oublie quels foudres, quels carreaux lance le bras d'un I>icn vengeur.

5fl l.\ JÉRUSALEM DÉLIVRÉE.

D'un son lugubre el rauque rinfemale trompette appelle los habitante da ombres éternelles ; leTartare est ébranlé dans ses gouffres noin et profonds : l'air ténébreux répond par de longs frémissements. Tel, <-t moins bruyant encore, le tonnerre gronde, éclate et tombe : de moins terribles secousses font trembler la terre quand les vapeurs amoncelées dans son — * - i 1 1 s'agitent, B'allumenI el s'embrasent. Soudain accourent les puissances de l'abîme. Ciel! quels spectres nges, horribles, épouvantables] la terreur et la mort habitent dans li urs \«-ii\ : quelques-uns, Bvec une ligure humaine, «>ni des pieds <!<• bêtes farouches; leurs cheveux ><>iit entrelacés de serpents: leur croupe immense el fourchue se recourbe en replis tortueux.

On voit d'immondes harpies, des centaures, des *-|iliin\. des gon< s,des scyllesqui aboient et dévorent; des hydres, A<^ pythons, des chimères qui vomissent des torrents «!<• flammes et <1<' fumée; des Polyphèmes, des Gérions, mille monstres nouveaux, mille formes plus bizarres que jamais n'en rêva l'imagination, mêlées el confondues ensemble.

IU se placent, les uns à la gauche, les autres a la droite <!<• leur sombre monarque, tais au milieu d'eux, il tienl (rime main un sceptre rude el pesanl : son fronl superbe, armé de cornes menaçantes, surpasse en hauteur le itw le i»lu- élevé, l'ccueil le plus sourcilleux; Calpé, l'immense Allas lui-même, ne seraient auprès de lui que d'humbles collines.

I ne horrible majesté empreinte sur son farouche aspect accroît la terreur, el redouble son orgueil : son regard, !<•! qu'une funeste i "in. t.-, brille de l'éclat des poisons donl ses ycui sonl abri uvés. I ne barbe longue, épaisse, hideuse, enveloppe ><>n menton el descend sur

sa poitrine velue: sa l> ;he dégouttante d'un sang impur s'ouvre

comme un vaste abîme.

De cette bouche empestée B'exhalenl un souffle empoisonné et îles tourbillons de flammes el de fumée. Unsi l'Etna, de ses flancs embrasés, vomil avec un bruit sffreui «le noirs torrents de soufre <i de bitume. ta son de .1 vois terrible, Cerbère se tait épouvanté l'Hydre est muette le Cocyte s'arrête immobile, l'abtme tremble, et niii. ténébn tu répètent ■ . - sinistres acc< m^ : Diviniléï d< l'enfer, vous qui méritiez mieux d'être assises audessus du soleil, 1 région* d'où vou* tirez votre origine vous

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