‹ La jeune Belgique [microform]Chapitre 114 sur 215 · IDYLLE · texte numérisé non relu

IDYLLE

Que le pasteur Thyrsis reconduise nos chèvres.

La nuit fraîche s'avance : Amyntas, à tes lèvres

Qui sont pleines de miel ajuste tes pipeaux ;

Ce calme immense et pur conseille le repos.

Si le bruissement des sapins à l'aurore

Semble doux, tes chansons sont plus douces encore.

De ta flûte sonore aux sons mélodieux

Anime ces bosquets oii reposent les dieux;

Cette heure solennelle est agréable aux Muses.

Autour des tamaris les abeilles camuses

Ont cessé désormais leur long bourdonnement.

Le soir des monts obscurs descend furtivement.

Les craintives perdrix s'appellent dans l'airelle.

Tandis que Daphnis tresse un piège à sauterelle

Avec des brins de joncs et des pailles de blé.

Toi, de nobles faveurs par les Grâces comblé^

Dans leur cage d'osier apporte ici nos grives.

Voici ^ cher Amyntas, du lait et des olives;

Quant à moi, couronné de roses et danis.

J'emplis indolemment ma coupe et Je bénis

La Paix, reine des cœurs. Hâte-toi, Je réclame.

Pour ma couche, des fleurs : anémone ou cyclame,

Cest bon. Quand les oiseaux bavards sont endormis

J'aime surtout à boire avec de doux amis.

Et, près de la fontaine où s'abreuve la biche,

A faire aussi griller la faine et le pois-chiche

Sous la cendre encor chaude ou sur les charbons vifs.

Mais cessons. Vois là-bas : à travers les grands ifs,

La lune se balance au sommet de l'Hymette.

Or, que Zeus, protecteur des moissons, nous promette

Des loisirs bienfaisants et joyeux, un bétail

Fertile et vigoureux, de belles têtes d'ail.

Des figues, des raisins et de larges concombres.

Maintenant sommeillons. Dans les bocages sombres

Le funèbre hibou hue au seuil des tombeaux.

C'est rheure où le dieu Pan fait chanter les roseaux.

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