‹ La jeune Belgique [microform]Chapitre 118 sur 215 · MÉLÉAGRE · texte numérisé non relu

MÉLÉAGRE

Arrête ici tes pas : cette tombe a reçu Le dernier fils des dieux. Sous le mouvant tissu Du lierre verdoyant et souple où se marie Au narcisse mourant Véglantine fleurie.

Sur le marbre votif, ô passant, lis le nom De Méléagre aimé des Muses, compagnon Des Grâces. Méléagre en cet endroit repose A Vombre du laurier, du myrte et de la rose Qu'en jouant il aimait fixer d'un doigt errant Aux tempes de Démo, dont le corps odorant Extasiait d'amour son cœur tremblant d*esclave. Jamais lyre plus douce ou flûte plus suave N'éveillèrent fécho champêtre des bosquets; Et dans l'heureuse et folle ivresse des banquets Où s'épanouissait le luxe de l'Asie, De ses lèvres coulaient le miel et l'ambroisie. Spirituel ou tendre, ardent ou gracieux.

Il chanta tour à tour Anticlée aux grands yeux, La verte sauterelle à l'aile harmonieuse Et le safran qui croit à Fombre de Fyeuse.

Terre, salut! O toi qui gardes plus qu'un roi. Sois-lui légère : il a pesé si peu sur toi.

Valère Gille

La Littérature chez les Spillebout.

A MM. Jules Destrée et Célbstin Demblon

]e titre bizarre demande une explication, non seulement pour nos lecteurs de l'étranger, mais pour tous les lecteurs belges qui n'ont pas adopté le Moniteur comme publication de chevet.

Ceux qu'un destin cruel condamne à la lecture assidue des Annales parlementaires remarquèrent un jour, en prenant connaissance d'un appel nominal, ce nom étrange digne d'attirer l'attention d'un Balzac flamand : Spillebout.

La première ivresse de la découverte passée, ils se demandèrent si la fantaisie des typographes n'avait pas donné naissance à ce législateur inconnu. Point. Spillebout existait physiquement et parlementairement. Spillebout prenait part, avec une héroïque ponctualité, à tous les appels nominaux. Spillebout passait sa vie à répondre oui ou non, ou je m'abstiens, à l'appel de son nom mystérieux proféré par un secrétaire. Peut-être était-il capable décrier : Aux voix! tout comme un autre, et prenait-il part, dans une mesure ignorée, aux célèbres mouvements en sens divers. Mais Spillebout ne discourait jamais. C'était un sage.

A cause de son obscurité même et de sa réapparition quotidienne dans les documents parlementaires, ce nom nous devint familier, et se mit à voltiger sur nos lèvres de poète. De patronymique, il devint commun : au lieu de dire un député, nous prîmes le plaisir de dire un spillebout. Quand l'un d'entre nous se rendait au Palais de la Nation, il nous prévenait qu'il allait chez les Spillebout. Ainsi, grâce à une généralisation bien naturelle, le mot spillebout finit par désigner le législateur moyen, le député fongible, le type de l'honorable qui n'a pas de type, l'expression la plus moderne de la médiocrité élue. Les spillebout forment la majorité de tous les partis, la matière première dans laquelle travaillent les chefs de bande et les ministres. Ils représentent, quelle que soit la couleur de leur drapeau, cet abominable esprit qui s'appelle l'esprit belge, c'est-à-dire la fascination exercée par toute mesquinerie sur les âmes mesquines, le besoin de la médiocrité, la nostalgie du « sens commun », la haine de tout idéal qui dépasse la portée de Manneken-Pis.

Voilà pourquoi MM. Jules Destrée et Célestin Demblon, ayant eu l'audace de signaler au gouvernement l'efflorescence de notre jeune école littéraire,

nous n'avons pas pu nous empêcher dlntituler cet article « la Littérature chez les Spillebout ».

Avant eux, des hommes bien intentionnés, parmi lesquels feu Slingeneyer, M. Buis et M. Vanderkindere, avaient essayé d'apprendre aux spillebout, avec tous les ménagements que leur état réclame, cette nouvelle, profondément humiliante pour l'esprit belge, que nous avons de bons écrivains français moins vénérables que M. Coomans. Mais M. Jules Destrée et M. Célestin Demblon n'ont gardé aucune espèce de mesure. Au risque de les tuer, ils ont fait ingurgiter aux spillebout une dose de littérature par trop féroce. M. Demblon a même poussé si loin l'oubli des convenances parlementaires, qu'il a récité des vers.

Voici ces incidents tels qu'ils sont rapportés dans le Mémorial des Spillebout :

M. Destrée. — Puisqu'il faut entrer plus avant dans le budget, j'arrive à la littérature proprement dite. Celle-ci a pris en Belgique, depuis dix ou quinze ans, un développement inattendu. Il y a vingt-cinq ans, c'était une chose compromettante d'être littérateur, ainsi que Ta constaté M. Edmond Picard, avec Tautoritc et la compétence spéciales qui le distinguent.

M. Db Guchtenaere. — M. Picard parlait de la littérature française et non de la littérature flamande illustrée par Henri Conscience.

M. AiNSEELE (en flamand). — Vous Pavez affamé parce qu'il écrivait librement!

M. Destrée. — Je ne connais pas la langue flamande; je ne parlerai donc que de la linérature française.

M. ÂKSEELB. — Conscience a dû vendre sa conscience.

M. HuTSHAuwER. — C'est un mensonge 1

M. Destrée. — Quand on disait de quelqu'un, il y a trente ans, « c'est un artiste », on le déconsidérait. N'avons-nous pas, tout récemment et ici-même, entendu M. Coremans, député de la métropole artistique d'Anvers, dire dédaigneusement de M. Le Jeune, un des plus grands ministres de la justice que nous ayons eus: C'est un artiste !

Il y a trente ans, tout était accaparé par les médiocres ; mais déjà alors des artistes de plume existaient, loin de l'État, inconnus dans leur pays : Octave Pirmez, qui avait des rentes, lui, et vivait dans sa retraite d'Acoz ; Charles De Coster, l'auteur d' Uylenspiegel , qui n'en avait pas et vécut misérablement! Eh bien, l'État aurait dû lui permettre de vivre et peut-être de produire d'autres chefis-d'œuvre ! Il y avait encore Victor Arnould, qui se dirigea plus tard vers la politique ; Edmond Picard, qui se consacra surtout au droit, mais qui est l'auteur de chefs-d'œuvre tels que V Amiral et la Vie simple II y avait Camille Lemonnier, continuant à faire seul de l'art avec persévérance, dans un pays si hostile à l'art ! Il avait écrit Sedan, Un Mâle, Un Mort, et quand on lui refusa le prix quinquennal, ce fut le signal du ralliement d'où sortit la Jeune Belgique, Tout ce qu'il y avait de vivant, d'intellectuel et de savant dans le pays offrit un banquet à Camille Lemonnier. Cette belle manifestation eût été impossible avant cette époque, car la politique — l'odieuse politique ! — gâtait tout ! Les libéraux contestaient le mérite des catholiques et vice versa.

Des étudiants de Louvain, de Gand, et surtout des jeunes qui avaient la politique en horreur, se réunirent et prirent pour guide Max Waller, ce garçon d'une gaîté et d'une espièglerie charmantes que nous avons eu la douleur de perdre trop tôt. Mais quand

nous demandâmes à radminîstratîon de Bruxelles d'honorer la mémoire de Waller, elle nous répondit qu*elle ne pouvait pas s'associer à une manifestation d*un Caractère privé!

Dans cette Jeune Belgique — que M. Woesie ne comprend pas — il y avait Georges Eekhoud, fe chantre des polders, l'auteur des Milices de Saint -François et de la Nouvelle Carthage ; il y avait Emile Verhaeren, Giraud, Gilkin, des poètes qui ont forcé l'admiration des lettrés français. Parmi les prosateurs, nous voyons Nautet, Demolder, Olivier Destrée, combien d'autres! Puis, plus tard, Delattre, Desombiaux et surtout Maeterlinck! Il avait écrit les Serres chaudes et la Princesse Maleine qu'on n'en savait rien en Belgique: il a fallu qu'un journaliste français révélât à notre pays ce grand auteur !

Les uns et les autres se groupèrent dans la Jeune Belgique, dans la Revue nouvelle^ dans VArt moderne, et, chose étrange, ils sont souvent plus lus à l'étranger, dans des traductions, que dans leur texte original.

Malgré les moqueries et les sarcasmes, ces gens n'en ont pas moins continué, augmentant la somme de gloire de leur patrie! Ils ont ainsi vaincu l'indifférence du public, les railleries de la presse et même l'hostilité officielle.

{Séance du ^juillet,)

M. Dbmblon. — Mais j*ai surtout demandé la parole parce que M. le ministre de l'intérieur et des belles lettres a osé exprimer, à la tribune nationale, le doute incroyable que les Belges soient appréciés comme écrivains en France et le regret, non moins incroyable, que, dans notre pays de peinture, on délaisse en grande partie, à l'heure actuelle, Ifi tradition picturale, pour faire de la littérature. Ces paroles appellent une courte réponse.

Oui, la peinture fut toujours l'art national par excellence en Flandre, comme la musique en Wallonie. Mais M. le ministre doit savoir que les éclosions d'art ne s'improvisent pas et qu'elles se décrètent encore moins. Il n'est pas vrai, hélas! comme l'a dit Boileau, qu'un Mécène aisément puisse faire un Virgile. Rien qui ne soit fatal ici-bas. Les éclosions d'art ne font pas exception. Elles ont des causes historiques et physiologiques que personne ne peut créer ni même modifier. Des historiens de l'art, Alfred Michiels et surtout Hippolyte Taine, ont parfaitement déterminé les causes de ces éclosions et dcft formes qu'elles ont prises. On s'explique fort bien pourquoi la littérature, la poésie, qni est le plus complet des arts, n'ait pu fleurir amplement à des époques où la langue française n'était pas, en Belgique, d'un usage général et ne possédait encore qu'à l'étnt plus ou moins latent les qualités qui correspondent le mieux à notre idéal national. Félicitons-nous de la fécondité d'un pays qui, après nous avoir donné en quatre siècles successifs les Van Eyck, Roland de Lattre, Rubens et Grétry, sans compter leur disciples, n'est nullement épuisé et fait lever aujourd'hui une soudaine moisson de gloire littéraire.

Les Wallons, d'ailleurs, parlent le français du même droit que les Bretons, les Champenois, les Normands, les Provençaux. Le français est leur langue : ils s'en servent, enfin, pour exprimer largement et splendidement le rêve si profondément original de leur race. Et cette langue française est maintenant un instrument si merveilleux et si complet que la vraie jeunesse littéraire flamande elle-même l'emploie pour peindre aussi son rêve ; et sous cette forme, qui semble paraître étrangère à M. le ministre, l'idéal flamand s'affirme avec un éclat que vos poètes de langue flamande n'avaient jamais révélé. C est un fait. Je le constate simplement.

Je demande, en terminant, à M. le ministre d'examiner la proposition que vient de faire Jules Destrée : établissement d'une librairie belge à Paris. De quelle manière?

J'avoue que je n'ai pas d'opinion faite à ce sujet. La question doit être mise à l'étude. Mais, je le répète, je prends surtout la parole afin de rectifier une grave erreur, afin qu'on

ne dise pas demain, dans la Belgique entière» à la suite de M. le ministre de Tinstruction publique, que tes Français gardent une certaine méfiance à Tégard de notre littéra ture. Cest le contraire qui est vrai ! Je n'en citerai qu'une preuve. Il y a quelques années déjà, un critique français, — c'était M. de Wyzewa, — émerveillé par la lecture de certaines de nos œuvres, écrivait : Prenons garde, les Belges vont nous enlever la langue française 1

Voilà, M. le ministre, ce que les étrangers pensent et disent de nos poètes et de nos écrivains ! {Très bien ! à gauche )

M. CoREMANs. — Messieurs, si j'ai bien compris l'honorable M. Demblon, la conclusion positive de ce qu'il vient de dire serait la création, par le gouvernement, d'une espèce de comptoir de librairie pour le débit de nos livres de littérature française belge, à Paris. L'idée me paraît très peu pratique. La bonne marchandise finit toujours par trouver des acheteurs. Faites de bons ouvrages, messieurs de la littérature française en Belgique, et je ne doute pas que vous ne trouviez enfin quelque débit en France et même en Belgique.

Nous avons eu une littérature française en Suisse, par exemple, et pour ne citer que Jean- Jacques Rousseau, Topffer et Cherbuliez, ils ont trouvé des acheteurs en France et ailleurs.

M. Destrée. — On a précisément créé une librairie suisse à Paris pour la vente des auteurs suisses.

M. CoREM ANS. — Avec Targent du gouvernement suisse ?

Croyez- moi, ce n'est pas l'existence d'un comptoir de librairie suisse à Paris qui a pu faire le succès de quelques littérateurs suisses de la langue française.

Jean- Jacques a écrit à Paris : alors déjà, comme aujourd'hui, Paris concentrait tout le mouvement littéraire de langue française.

Cette concentration est surtout vraie en matière de livres : on n'achète en France et en Belgique que ce qui vient de Paris. Je parle de la littérature française. La littérature bretonne, la littérature provençale, dont a parlé l'honorable membre, n'ont jamais trouvé pour leurs œuvres de nombreux acheteurs, même en Bretagne, ni en Provence. M. Demblon. — C'est une erreur 1 M. LE PRÉSIDENT. — N'interrompez pas, je vous prie. M. Demblon. — Je demande la parole.

M. CoREMANS. — Je le répète, tout le mouvement littéraire français est concentré à Paris. Et cela se comprend. Tous les grands hommes de province vont à Paris. Ils y tentent la fortune, réclament le baptême de la grande ville. N'avons-nous pas vu même nos grands hommes de provinces flamandes aller solliciter les suffrages des critiques parisiens? Et, la camaraderie aidant, le succès a quelquefois répondu à leurs efforts.

Faites des chefs-d'œuvre. Monsieur Demblon, en langue française : et succès et clientètd suivront. Faites des œuvre's originales; soyez vous-même ; soyez quelqu'un. Mais gardezvous de crier au chef-d'œuvre à propos d'un roman où, à chaque chapitre, je dois m'écrier : Ceci est pris dans VAssommoir, de Zola ; ceci dans Germinal ; ceci dans tel autre volume de Zola ! Un pasticheur ne sera jamais un homme de génie... M. Destréb. — Je demande \à parole.

M. CoREMANS. — ... et quoi qu'en disent les camarades dans leurs journaux, il n'est pas un maître.

Laissons la littérature se produire librement ; les chefs-d'œuvre pourront manquer, mais au moins nous n'aurons pas la responsabilité des œuvres médiocres ou mauvaises.

Mettre l'argent du gouvernement à créer un comptoir de librairie à Paris pour y débi-

ter aux Français des ouvrages d*auteurs belges ; comment pareille idée peut-elle éma-

. ner d'un cerveau parfaitement équilibré? (Rires à droite.) Le gouvernement n'a pas à

s'occuper de ces choses; faites de bons ouvrages et la renommée et la clientèle suivront.

Llionorable M. Demblon, faisant une confusion dont, sans doute, il ne se rend pas compte, dit, d*autre part, que c*est la littérature de patois qu'il faut encourager. Il y a, comme patois principaux de langue française en Belgique, le patois de Mons, celui de Namur et celui de Liège. Chacun de ces patois compte des littérateurs amateurs qui font des chansons charmantes quelquefois et des vaudevilles qui font rire. Mais je ne pense pas précisément qu'il faille, par des encouragements pécuniaires, pousser à donner une efflorescence exagérée à ces littératures de patois.

Nous, Flamands, nous ne demandons aucun encouragement pour n'importe quelle littérature de patois de langue flamande. Cependant, cette littérature fleurit : elle compte de nombreux amateurs, et je renvoie l'honorable M. Demblon à un travail considérable des frères Léopold, des Néerlandais, qui ont publié deux gros volumes sur les patois de langue flamande. Dans un ouvrage intitulé Van de Weichsel tôt de Schelde (De la Vistuleà TEscaut), ils ont rassemblé des bijoux admirables, vrais chefs-d'œuvre de nos différents patois flamands et saxons, avec leur prononciation et leur orthographe spéciales.

Mais est-ce cette littérature-là qu'il faut encourager? Je ne le crois pas. Qu'on encourage en Belgique la littérature néerlandaise d'un côté, la littérature française de l'autre : c'est bien. Mais laissons là les œuvres de patois français ou flamands. Quand je dis ce encourager » la littérature, je me trompe peut-être : ce n'est pas d'encouragements que doit vivre une littérature.

M. Demblon. — C'est vrai !

M. CoREMANs. — Elle doit vivre d'elle-même, parce qu'elle répond à des besoins sociaux. Donnez satisfaction aux appétits artistiques et littéraires de l'humanité et vous n'aurez pas besoin des écus de M. le ministre de l'intérieur.

M. Demblon. — C'est ce que nous disons.

M. Coremans. — Donc pas de protection gouvernementale en matière littéraire. Sous le régime du Roi-Soleil, on payait très bien les auteurs qui chantaient ses louanges ; on laissait croupir dans la misère ceux qui n'entonnaient pas d'hymnes en son honneur. Ce système est odieux et injuste.

M. Demblon. — Nous sommes d'accord.

M. Coremans. — Si nous sommes d'accord, il serait inutile que je continue. {Hilarité.)

Créer à Paris un comptoir de librairie pour compte du gouvernement belge serait une dépense inutile. La camaraderie rend, d'ailleurs, plus de services qu'un comptoir. Qu'un auteur belge produise une œuvre plus ou moins originale à certains égards, ne se trouve-t-il pas bientôt un camarade original en France pour comparer l'auteur à Shakespeare, au grand étonnement du monde littéraire des deux mondes? (Hilarité,)

Homère, Shakespeare, Rubens, Milton : qu'on les compare entre eux, qu'on les mette à la même hauteur. Mais être l'auteur de quelques petites pièces d'un théâtre de marionnettes où les interjections « ohl oh I » et c<ah! ah! » remplacent trop souvent les autres parties du discours, et se voir comparé à Shakespeare, cela dépasse la mesure.

M. Destrée. — Vous n'avez pas lu Shakespeare. (Nouvelles interruptions.)

M. Coremans. — J'ai lu au moins quatre fois autant que vous.

M. Vandervelde. — Avez-vous lu cet auteur?

M. Coremans. — Certainement! et il n'y a rien de comparable dans ses œuvres à celles de Shakespeare.

Je ne crois donc pas qu'il faille employer l'argent belge à faire débiter quelques livres, que la camaraderie aiderait à faire vendre : laissons pousser les moutons, ils feront leur chemin ! {Rires à droite.)

M. Demblon. — Je ne tiens pas essentiellement à l'instauration d*une librairie belge à Paris; mais j'attache une grande importance à la littérature belge de langue française. J*ai dit que, de même qu'en France il y a une littérature bretonne, une littérature provençale, etc., il y a dans notre pays une littérature française que nous pouvons revendiquer avec honneur.

Je n'ai pas donné au patois wallon une valeur exagérée, mais il répond à Tidéal modeste des ouvriers et des campagnards qui ne comprennent pas les grands théâtres : dés lors, il faut l'encourager.

M. Coremans a fait des allusions transparentes en disant qu'il y avait des écrivains belges qui imitaient les français, notamment Emile Zola. C'est de Camille Lemonnier qu'il veut certainement parler...

M. CoREXANS. — Vous êtes donc de mon avis?

M. Demblon. — Ohî nonl C'est une vieille critique et rien n'est moins exact.

Il est triste d'entendre des imputations semblables à l'adresse de Camille Lemonnier, qui a tant écrit et qui n'a pas 50 ans! Sans doute, chez tout écrivain, il y a des choses à contester; mais il ne faut pas oublier ses œuvres originales incontestables et qui ont une saveur et une couleur nationales.

N'oublions pas la faculté d'assimilation de nos artistes. Pour Rubens, par exemple, ce génie incomparable, ne peut-on retrouver le schéma de certains peintres italiens, notamment le Titien ? On lui reprochait aussi naguère ces imitations ! Or, qu'est-il resté de ces reproches? Un jour aussi on rendra justice à Lemonnier, dont maintes pages demeureront toujours! Quant à Maeterlinck...

M. CooMANs. — Mais c'est une réclame cela!

lA. Demblon. — Si vous le voulez, monsieur Coomans, je parlerai de V Académie des fous.

M. C00MAN8. — C'est un bon livre, cela, et je vous conseille de le lire. {On rit,)

M. LoRAND. — Un très bon livre!

M. Dbmblom. — Je l'ai lu.

M. Coomans. — Il a eu six éditions, sans réclame! {Nouveaux rires,)

M. Loband. — Et sans subside, j'espère?

M. Demblon. — On peut être très grand sans être comparable à Shakespeare. Et ce n'est pas parce qu'Octave Mirbeau a mis Maeterlinck au-dessus de Shakespeare qu'il faut lui dénier tout talent. Si l'on ne devait tenir compte que des écrivains qui égalent Shakespeare, on devrait se borner à cinq ou six génies !

Mais on peut citer maints autres écrivains belges remarquables qui ont fait resplendir le génie flamand. Oyez, par exemple, ce beau sonnet d'Albert Giraud...

M. Coremans. — Un lonnct uni défaut

Vaut tenl un long poème I

M. Demblon. — C'est Boileau qui la dit. Écoutez donc :

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