CONVALESCENCE
Ne parle qu'à voix basse, ô mon amie! et laisse Tes mots harmonieux couler avec mollesse.
Pour que — les yeux mi-clos et le Jront renversé — Ten sois jusqu'à la nuit languissamment bercé!
Lorsque ma bouche implore un aveu, ne prononce Qu'une mystérieuse et tremblante réponse,
Où Ton ne sente encor se trahir qu'à demi La complète union de l'amie à l'ami!
Voile un peu ce bonheur, si tu veux que je vive; Car mon faible regard craint sa clarté trop vive.,.
Même, pourquoi parler dans t extase? et que sert De troubler notre paix d'un aussi vain concert?
L'aveu qui de nos yeux attendris se dégage.
De notre chaste amour est le plus beau langage;
Regardons-nous longtemps : cest le seul entretien Qui puisse encor verser tout mon coeur dans le tien!
Pour la tranquillité de nos béatitudes
Les mots sonnent trop haut, — les plus doux semblent rudes :
Car un bonheur si calme est un ange couché Qui, s^ éveillant au bruit, s'envole effarouché...
Que tes baisers soient lents à fleurir leurs corolles! Ne presse ma langueur qu'en des étreintes molles!
De la sorte, en mon cœur déjà convalescent.
Par degrés lents et doux la guérison descend.
Mais il est frêle encore, — et lorsqu'un rien V effleure. Le voilà, cet enfant! qui s'attriste et qui pleure!
Franz ansel
Avril 1894,