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ADRIEN GUILLON

CHRONIQUE LITTÉRAIRE

La Tétralogie : L * Anneau du Nibelung^ par Richard Wagner (traduction par MM. de Brinn Gaubast et Barthélémy) Paris, Dentu. — Histoires désobligeantes, par Léon Bloy. Paris, Dentu. — Les Raisons de Pascalin, édition du Mercure de France; Sur Deux Nomarques de lettres (Bibliothèque de la Plume); L'Ami inconnu, par M. Léon RioTOR. Paris, Lemerre. — Le Cœur et V Esprit, par Gustave Geffroy. Paris, Charpentier. — Apres Amour, par Ch. de Rouvre. Paris, Bibliothèque de la Plume. — Les Cheveux, ppr Léon Tricot. Liège, Miot. — Hélie, drame, par Léon Paschal. Revue wallonne, — Vers rame, par M. V. Remouchamps (collection du Réveil).

a conception originelle de Wagner avait rêvé, probablement, pour Bayreuth, une sorte de temple de Tart allemand où convoquer à des féeries périodiques, des festivals sacrés, les W nations delà Germanie. La parfaite et intégrale exécution des œuvres de Bach, Beethoven, Haydn, Mozart, etc., les représentations du J^ing, auraient communiqué aux pèlerirrs de ces olympioniques musicales, ravis à leur milieu et à leurs pensers ordinaires, une sorte de patriotisme intellectuel, de nouvelles notions et plus hautes; traversé leur âme du sillage d'ennoblissants souvenirs, d'exemples souverains...

Le choix même des mythes ravivés par la prodigieuse volonté du maître ne dénonce-t-il point ce dessein? En effet, les chansons de geste norraines, cette tradition préhistorique et semi-fabuleuse des Eddas, des sagas Scandinaves et du Nibelungen-Nôt, les conflits théogoniques et politiques célébrés en ces épopées sont familiers au public allemand autant, certes, que pouvait l'être l'histoire des Atrides ou d'Œdipe aux auditeurs d'Eschyle et de Sophocle.

Et, aussi, le cycle wagnérien porte, précisément, les marques des œuvres humaines prédestinées à la mémoire populaire, telles que VIliade et V Odyssée, la Divine Comédie, le théâtre de Shakespeare, — accessibles sous leur aspect immédiat à la pluralité des intelligences, et prestigieuses ; et qui, toutefois, recèlent d'autres et infinies acceptions, virtuelles, seulement, pour la catégorie supérieure des esprits. A l'égal de la vie même, elles apparaissent complexes et simples, littérales et mystérieuses ; et chacun en jouit selon l'amplitude de sa perspicacité esthétique, l'étendue de son habilité d'étonnement et d'émotion.

La visible beauté du Temple luit aux yeux de la foule, la charme et fascine son rudimentaire instinct d'eurhythmie ; mais le symbole qu'il proclame et glorifie, son hermétique splendeur, intrinsèque et plastique, sont efficaces pour l'unique initié...

— Les ouvrages de Wagner incitent à d'involontaires parallèles, à d'elliptiques assimilations, séduisantes, plutôt, souvent, qu'exactes : — on dirait, par exemple, que la mélodie et la polyphonie, — la prédominance de la ligne ou de la couleur, — le structure grecque ou gothique, sont les formes

nécessaires de deux imaginations opposées, entre lesquelles, parfois, Tadmiration hésite.

Gluck module la douleur individuelle d'Orphée et les inflexions de la période musicale sculptent, pour ainsi dire, le profil mélodique du héros, la noble stature passionnée de l'hiérophante dont le seul aspect, sur l'horizon lumineux, domine et subjugue l'univers et perturbe le cours immuable du Destin.

La douleur de Wotan est celle du Monde, au milieu duquel, malgré sa suprématie, le Dieu se sent impliqué et dont il subit les lois. Le monde concourt, sans cesse, au drame, réfrène, paralyse ou précipite les actes des personnages. La mer, le fleuve, la forêt, la montagne interviennent, élèvent la voix, s'énoncent par l'organe de leurs interprètes naturels, les oiseaux, les ondines, les elfes... La puissante frondaison orchestrale de la Tetralogie, l'enchevêtrement ramifié et prodigieux de ses thèmes; ses motifs conducteurs amalgamés, modifiés, résorbés, en cette espèce d'atmosphère symphonique ambiante, décor ondoyant, rideau fluide d'harmonies et de lueurs ; — toute cette énorme vie compliquée et multisonante résume la vision, d'abord panthéiste, du poète : — l'homme et la nature s'étayant, participant Tun de l'autre, antagonistes ou complices, mais indissociables.

Tout se subordonne et se présuppose; chaque geste, chaque parole, chaque désir vont retentir et se répercuter, rencontrer le secours ou l'obstacle, l'énergie favorable ou l'inertie adverse... Et cet organique conflit, la lutte et l'émulation éternelles, la hiérarchie armée des êtres et de^ choses s'expriment dans les accents sinués, la complexité des timbres, le chœur nuancé et sublime, les échos indéfinis de cette musique.

On ne peut laisser d'évoquer les estampes de Durer, ses paysages habités de présences étranges : — forêts minutieuses où l'erratique chevauchée du seigneur, flanqué de la Folie et de la Mort, s'escorte de bêtes fourbues et haletantes; — dont mille insatiables regards d'animaux rampants, velus, ailés, juchés sur les arbres, surgis d'entre les taillis, — d'insectes hissés parmi les herbes et les fleurs, accompagnent et surveillent le passage.

Les architectes du moyen âge brodaient et enjolivaient leurs cathédrales d'une flore enchantée, les peuplaient d'une grouillante faune grimacière et chimérique qui, suspendue aux balustrades, réfugiée dans le chapiteau des colonnes et les encoignures, introduit auprès de l'autel l'eflfigie emblématique de la nature inférieure, la rend, ainsi, témoin de la liturgie, l'associe symboliquement, au culte... Et, en un sens analogue, l'œuvre total de Wagner pourrait être envisagé comme le merveilleux et puissant édifice, arcbouté de légendes, dont les assises et les étages se superposent pour ériger très haut, dans l'azur et la gloire, le pur tabernacle de Parsifal..,

Ces réflexions condensées à propos de la traduction de la Tétralogie, par MM. de Brinn' Gaubast et Barthélémy, serviront de compte rendu à cet excellent volume auquel toute réclame, d'ailleurs, est inutile. Ces poèmes dramatiques, dont Wilder avait donné un si extravagant simulacre, en voici une version littérale, autant que possible, subtile, et éclaircie d'un commentaire musicographique et linguistique abondant et judicieux qui ajoute encore à l'attrait de ce louable livre.

M. Léon Bloy s'est constitué le héraut, ou mieux, le gonfalonier de nobles idées, de justes doctrines, à la vigoureuse défense desquelles il dépense un courage et une éloquence également extrêmes. Sa sincérité, certes, ne saurait être suspectée; mais Ton pourrait croire que son naturel tempérament belliqueux, Tardeur polémique de son esprit ont dirigé son choix, à Torigine, plutôt que l'évidence de la vérité; — le discrédit actuel de celle-ci, la foule de ses détracteurs, offrant une carrière presque illimitée à l'audace et aux armes de l'écrivain...

— A l'analyse, et abstraction faite des invectives, les Propos d'un entrepreneur de démolitions, le Désespéré^ Un Brelan d excommuniés, ne laissent qu'un assez maigre résidu de substance personnelle. Des phrases, souvent, revêtent d'impérieuse et rude majesté, intiment d'un ton bellement hautain, presque providentiel, parfois, des opinions ou des dogmes absolus; mais l'accent monotonement outré, la virulence ininterrompue, l'extraordinaire vocabulaire, magniloquent et ordurier, de ce style oratoire ; ces successifs ouragans d'injures érudites, en même temps, et poissardes, amènent le lecteur à une rapide satiété.

M. Bloy associe étrangement, en effet, à une rhétorique puissante, à des virtuosités verbales excessives, une monstrueuse copromanie; la dilection, on dirait presque la vocation, de l'hyperbole et de l'image scatologiques î C'est une façon de saint Jean-bouche-d'égoût!

La morbidité de ce phénomène se dénonce, surtout, en des ouvrages tels que ces Histoires désobligeantes ourdies, elles aussi, de vociférations et de fécales métaphores, sans plus l'excuse de la controverse ni de la colère. — Ces contes sont satiriques, peut-être, dans l'intention de l'auteur ; mais on n'affronte pas la souillure du cloaque, fût-ce pour s'instruire... Quel enseignement — que l'on y chercherait, en vain, au reste, — quelle leçon rachèteraient l'ignominie de fictions semblables au conte qu'il intitule Le cabinet de lecture?.,.

Ces Raisons de Pascalin, publiées en cahiers revêtus d'une belle couverture verte, volontiers on se les imaginerait composées, pendant ses heures de loi sir, par quelque typo idéologue, dans l'intellect duquel toute la copie manufacturée à l'atelier aurait déposé de successives et disparates alluvions.

11 semble qu'on se promène en un roman d'Emile Souvestre, avec les émules de Jérôme Paturot ou la troupe scolastique d'Argumentabor, parmi dts personnages affublés de noms anguleux comme des bonnets universitaires.

Agostinus, Ratiocine, Pascalin ont recueilli l'hoirie dialectique des phraseurs verbeux et confus de 48. M. Riotor a associé à leurs confabulations encyclopédiques le type poétique de Thésaur, un bienfaisant sémite, doux à régal du caniche dont il porte le nom ennobli ! providence de ses loca-

taires et qui tient registre exact et catalogue de ses générosités. Malgré cet appareil allégorique un peu suranné, les Raisons de Pascalin comptent nombre de pages intéressantes; comme aussi, d'ailleurs, ce roman de M. Riotor, L'Ami inconnu, d'une jolie tonalité, discrète et attendrie; et le petit volume où il a rassemblé des études sur Barbey d'Aurevilly, ce monarque, et Léon Cladel, ce béotarque des lettres !

Deux véhémences, certes, mais sans parité possible; — sj)ontanée et native, chez l'un, effulguration de la tête intrépide de laquelle jaillit ce chefd'œuvre effréné et lucide : Ce qui ne meurt pas ; ampoulée et factice, chez le second, nourrie de regain révolutionnaire, de rubriques jacobines, et discourant par la bouche déclamatoire de fallacieux et loquaces rustiques, pauvres Jacques qui cruellement compensaient le silence opprimé d'une dizaine de siècles ! . . . i

Mentionnons, pour réparer un oubli, le recueil de nouvelles et de contes de M. Gustave Geffroy, Le Cœur et l'Esprit, Ce livre de valeur réclamait une étude développée qui serait bien tardive actuellement — et au moins inutile, nul curieux d'analyse experte et délicate ne pouvant avoir négligé l'œuvre nouvelle du critique de la Vie artistique

M. Charles du Rouvre publie dans la Bibliothèque de la Plume un roman. Après amour, où il pose et résoud un curieux problème psychologique; — M. Tricot, chez Miot, à Liège, un joli volume de contes. Les Cheveux ; et M . Léon Paschal, dans la Revue wallonne, un « drame à la manière ancienne » : Hélie,

Il y a des phrases, des visions heureuses dans le Vers l'âme de M. Remouchamps, et l'écrivain peut s'écrier sans forfanterie : « J'ai réalisé quelques-uns de mes fantômes. » Fantômes qui, souvent, à la vérité, paraissent de notoires épouvantails échappés violemment de certains livres à la mode ; mais rhabillés, pour ainsi dire, d'un style original et expert.

ARNOLD GOFFIN

Eugenio de Castro.

Le nom de M. Eugenio de Castro, bien connu de nos lecteurs, est en passe d'acquérir la grande notoriété européenne En France, en Allemagne, en Angleterre, dans les pays du nord aussi bien que chez les nations méridionales, la renommée du jeune poète portugais se répand et, pensons-nous, c'est justice, car s'il ne nous est pas donné de lire dans le texte original ses vers, que des amateurs éclairés déclarent aussi remarquables pour leur harmonie que pour la vigueur du style et la vivacité des images, nous nous en remettons à ces témoignages avec d'autant plus de confiance que diverses

traductions ont permis aux lecteurs français d'apprécier le talent de M. E. de Castro en tenant compte des particuliarités de goût propres à chaque nation.

A l'heure présente, plusieurs jeunes revues françaises parlent de M. E. de Castro avec le plus vif enthousiasme. On remarque tout spécialement les articles de M. L.-P. de Brinn' Gaubast qui étudie avec une sympathie ardente la jeune littérature portugaise et qui, dans cette nouvelle renaissance lusitanienne dont il dit merveille, accorde la première place à l'auteur de Belkiss et de Interlunio,

Du temps que le jeune et aimable poète brésilien, M. Jean Itibéré da Cunha, habitait Bruxelles, j'avais de temps en temps le plaisir de l'entendre me traduire, avec une verve toute originale, des chants poétiques de M. de Oliveira-Soarès et de M. Eugenio de Castro et il se plaisait à faire valoir le langage vif et pittoresque et la musique riche et un peu sauvage parfois des vers de Oaristos et de Horas. Déjà, dans ses deux volumes publiés à Coïmbre en 1890 et 1891, M. E. de Castro accordait une grande importance aux qualités de la forme poétique ; il réemployait des maîtres délaissés, il rajeunissait des rythmes anciens, presque oubliés, ou des genres abandonnés ; on le loue aussi d'avoir assoupli — d'aucuns disent affranchi — le vers alexandrin et d'avoir restauré le vers libre : notre ignorance de la versification portugaise ne nous permet pas d'apprécier ces réformes et ces innovations ; il se peut qu'entre le vers libre portugais et le soi-disant vers libre de quelques jeunes prosateurs français, il n'y ait qu'un parallélisme apparent ; peut-être ce vers libre est-il aussi léjgitime que le vers libre des Allemands ou que le mélange irrégulier de vers réguliers qu'en français on a toujours appelé « vers libres » jusqu'au jour où les brouillons et les écervelés, oublieux de l'art de La Fontaine et de Molière, ont follement appliqué à une sorte de prose musicale le nom qui appartenait en propre à une forme déterminée de vers. Je ne puis, à mon grand regret, examiner cette question et la discuter. Mais je ne saurais croire qu'un esprit net pousse la littérature de son pays dans des voies vagues et incertaines, ainsi que le font malheureusement en France de jeunes écrivains qui en sont arrivés à ne plus savoir distinguer les vers de la prose et qui auraient grand besoin de réentendre le BourgeoiS'Gentilhomme, si tant est qu'ils n'ignorent pas tout à fait leurs classiques.

Mais laissons de côté la question du vers libre et louons M. E. de Castro de ses autres entreprises rythmiques : on ne risque guère de s'égarer en réveillant et en rajeunissant les anciens rythmes de sa race ; c'est, au contraire, un travail pieux et toujours fécond : rappelons-nous ce que Goethe doit à la poésie populaire de l'Allemagne, ce que Victor Hugo doit à l'étude du vers d' Agrippa d'Aubigné, de Ronsard et de Malherbe.

Parmi les éloges qu'on décerne à M. de Castro, il en est un qui frappe tout particulièrement l'attention et qui requiert l'estime: M. de Castro, dit un critique du Mercure de France, s'entend merveilleusement à rajeunir les anciens sujets symboliques. C'est à nos yeux une aptitude maîtresse, Tune de celles qui caractérisent les poètes de race, les vrais héritiers des

chantxes sacrés des anciens âges, qui dans leurs magnifiques symboles enfermaient les idées les plus hautes de Thumanité. Dans son œuvre, extraordinairement abondante, le jeune poète portugais miarque une tendance très caractérisée vers les grands sujets symboliques et légendaires ; je n'en veux pour preuve que deux ouvrages récents : Belkis, reine de Saba (drame) et l'églogue intitulée Tirésias. J'emprunte à l'^rm/ïa^e l'analyse succincte de de ce dernier ouvrage :

Répondant à un chevrier, qui le plaint et qui l'interroge, Tirésias, aveugle et vieux, lui déclare qu'il veut être envié. Il lui conte sa jeunesse heureuse et pastorale, les olympiades sereines vécues dans Tinsouciance, à rêver, à dormir la nuit sous les étoiles, à jouir du miel des abeilles, des fleurs des champs, de la beauté du jour, des merveilles de la Terre; il lui dit quelles aspirations vers l'absolu, nées de ces spectacles, sans doute, mais inas^ souvissables en eux, empoisonnèrent ensuite bientôt tous ses plaisirs, jusqu'à l'heure où, par un hasard, il ait surpris et contemplé, se baignant dans les eaux divines de THippocrène, Minerve, en réternelle fraîcheur de sa nudité merveilleuse... Certes, outragée dans sa pudeur, la Déesse a fermé les yeux du téméraire ; mais qu'importe à ces yeux qu cm^ plit, atout jamais, la lumière d'une révélation surnaturelle ?

Voici maintenant, d'après le Mercure de France^ le canevas de Belkiss^ reine de Saba, d\Axum et de Hymiar :

C'est, en somme, la lutte déchirante que se livrent la chair et Tâme, la chair de la reine de Saba (vierge que torture le désir), et sa jeune âme influencée par les désespérants conseils de son premier éducateur, le sage pessimiste Zophesamin. Ce dernier lui prédie le mépris et surtont la crainte jes amours charnelles, tandis que la soif de luxure et la passion de l'Inconnu poussent invinciblement Belkiss vers Salomon, son idéal, qu'elle adore avant de Tavoir vu. La nature et l'instinct l'emportent, comme toujours, sur les suggestions de la raison : Belkiss dort aux bras de Salomon, -^ et ne tarde point à constater que Zophesamin n'avait pas menti; qu« il est doux d'avoir un désir », mais que « réaliser ce désir équivaut à l'assassiner»; que « la possession tue le bonheur », et qu'« il n'appartient qu'à ceux-là qui se créent continuellement d'irréalisables désirs, aveuglément persuadés qu'ils les verront réalisés...» Délaissée, la reine de Saba ne survit pointa la mort de ses illusions, et chante, en son délire, les strophes d'une vieille chanson, qui expriment, sous une forme poétique et vague, la doctrine de Schopenhauer (chère à l'auteur) sur la traîtrise de la nature.

Le critique du Mercure de France qualifie ce drame de « chef-d'œuvre ». Nous espérons qu'une traduction, annoncée d'ailleurs, permettra bientôt au public français de s'associer en connaissance de cause et en toute sympathie à ce jugement.

MEMENTO

Le Coq mouillé, afin de colorer son piteux silence, déclare d'un petit ton pincé qu'il se gardera de donner dans les polémiques provinciales.

Venant du. Coq mouillé^ cette déclaration est d'un comique irrésistible.

La plupart des polémiques entamées par la Jeune Belgique depuis son premier numéro jusqu'en 1894, et dont la plupart furent menées soit par Max Waller soit par M. Albert Giraud, furent soulevées à la demande expresse des beaux messieurs du Coq mouillé.

Un exemple parmi les plus récents a6n de rafraîchir la mémoire de lanimal.

Quand M. Albert Giraud ouvrit le feu contre M. Frédérix, ce ne fut assurément point par animosité personnelle, mais sur les instances de quelques camarades mécontents du critique de V Indépendance, et pour sauver d'un mauvais pas certain romancier dont M. Frédérix avait publié des lettres par trop enthousiastes.

Détail piquant, et qui se rapporte à la suite de la même campagne, la Jeune Belgique refusa de publier des vers où M. V....

attaquait la personne du critique de Y Indépendance, parce que ces vers de polémique étaient mal fichus, grossiers et sans esprit. Quinze jours après M. V.... collaborait à V Indépendance, tout en continuant dans XArt moderne une campagne hallucinée contre le journal du bel air.

Edifiant, n'est-ce pas ?

Ceux d'entre nous qui tinrent la plume dans ces escarmouches littéraires ne regrettent point ce qu'ils ont fait. Au besoin, ils le referaient sans doute. Mais il sied mal à l'organe de MM. Eckhoud, Verhaeren et Demolder de nous reprocher nos polémiques. Elles n'étaient pas provinciales lorsqu'elles s'engageaient pour leur défense ; elles ne le deviennent que lorsqu'elles sont dirigées contre eux.

Le cinquième vent de l'esprit a soufflé dans la revue de M. Pierron. Il a soufflé contre M. Coppée.

Cette polémique éolienne, loin d'être provinciale, est très boulevardière.

La dernière perle trouvée dans le fumier du Coq rouge-. M. Emile Verhaeren, dépeignant rincendie d'un clocher, écrit :

« Fracassante, avec heurts et chocs et sauts et bondissements la première (cloche)

CHOVA. »

Choya????

Voilà bien de tes verbes, Muse... déchoyée !

M. Maurice des Ombiaux vient de publier, à Y Office de publicité^ un guide en Thudinie à l'usage des touristes lettrés.

Un de nos amis de la première heure, M. Charles Sainctelette, a succombé aux suites de la terrible maladie qui le minait depuis longtemps.

Ce brave et loyal garçon, qui fut un passionné d'art er un fantaisiste spirituel, figura joyeusement, avec Charles-Henry de Tombeur, un disparu qui n'est pas oublié, parmi les fondateurs de la Basoche.

Il fut un des boute-en-train de l'atelier

Dardenne, à l'époque où l'on chantait la

complainte :

Un peintre avait son atelier Quarante, rue de l'Eaiyer.

Ce souvenir mélancolique était dû à

Charles Sainctelette, qui comptait beaucoup

d'amis parmi nous.

Edouard Oubus, le charmant poète de Quand les violons sont partis, vient de mourir à Paris, sans avoir pu donner la mesure de son talent plein de grâce et de joliesse.

Nous le vîmes naguère, à Bruxelles, chez M. Gustave Kahn, et nous nous rappelons sa figure Pierrot neurasthénique, comme dit M. Laurent Tailhade, ses gestes fins, sa maigreur élancée, sa parole vive et frêle.

Pauvre Pierrot !

A propos de Tincident provoqué par M. Demblon à la Chambre, on lit ce qui suit dans le XX^ Siècle^ le journal dirigé par M. d'Ursel :

« Nous savions qu'il y avait à gauche plusieurs comédiens, tels les fameux frères Defuisseaux, dans toutes les péripéties des grands débals parlementaires. Mais jamais nous n*avons eu un spectacle semblable à celui d'aujourd'hui, et nous avons pu assister à la déclamation d'un nharmant sonnet, commis en l'honneur de Camille Lemonnier et débité par Coquclin Demblon.

£t quand il nous a lancé en terminant son sonnet : « un grand espoir rentre dans le soleil », ma foi, nous avons pensé que Coquelin Demblon ferait bien de rentrer dans la lune. »

Le sonnet dont il s'agit ayant paru le jour même au Compte rendu anal y tique y le grimaud du XX^ Siècle n'est donc pas excusable d'avoir travesti le dernier vers.

Si M. d'Ursel faisait rédiger son journal par ses larbins, le XX^ Siècle, serait sans doute plus exact et plus courtois.

A la suite de la «déconcertante campagne de charité» entreprise à Paris par M»" Buffet et Bru, accompagnées de M. M. Claudius, la rédaction du Coq mouilléy déguisée en « miséreux », est allée chanter dans la cour des ministères.

Dans le Réveil de Gand, M. Maubel se lamente mélancolico-symboliquement au milieu d'un jardin d'acclimatation. Il décrit une maison vague dans un jardin vague, lequel se trouve être le jardin du Parnasse, et, ipso/actOy un parterre de cages animalières.

Les connaisseurs de devinettes prétendent que la maison symbolise la Jeune Belgique.

Hélas!...

Aux amateurs de symboles nous recom~ mandons de méditer celui-ci. Apollon, dieu de la lumière et de la poésie, fut un jour sollicité par le jeune écrivain Phaéion, qui voulait essayer de conduire le divin quadrige.

Le dieu, qui favorise volontiers la jeunesse, donna au jeune homme quelques bons conseils, où il résuma les règles du métier.

Mais Phaéton était un individualiste et un contempteur des lois du Parnasse; il traita Apollon de « vieux Boileau », fouetta l'attelage et se mit à zigzaguer à sa guise; — (traduction : il fit du vers libre, de la logique libre, des néologismes libres, des pataquès libres). On connaît la catastrophe finale.

M. Phaéton fut broyé et rôti. Ainsi en arrivera-t-il des livres écrits sans boussole, sans méthode, sans esthétique; le pilon et le feu les attendent, à moins que l'épicier...

Pour un symbole, mes enfants, voilà un symbole.

On lit dans le Journal, sous la signature de M. Mirbeau :

M. René Barjeau vient d'avoir, dans le Gaulois, une miraculeuse idée. Cette idée, que Barnum regrettera toute sa vie de n'avoir pas e|ue le premier, consiste à exhiber, dans des vitrines spéciales de l'Exposition de igoo, nos meilleurs gendelettres, non pas en cire ou sur toile, ce qui ne serait nullement miraculeux, mais vivants, oui.

Mesdames et Messieurs, vivants ! Philosophes et historiens, poètes et romanciers, critiques et dramaturges, journalistes de tout poil et de tout format, chacun, amateur ou professionnel, y aurait sa place et y exercerait publiquement ses fonctions, pourvu, toutefois, qu'il pût justifier d'une gloire quelconque ou d'une belle camaraderie. On pourra voir et toucher'. Les gendelettres à un mètre, comme la lune ! Tel est le programme.

Plusieurs écrivains belges ont déjà envoyé leur adhésion à M. Barjeau.

Nous irons les voir.

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