‹ La jeune Belgique [microform]Chapitre 147 sur 215 · LES GAINS · texte numérisé non relu

LES GAINS

ce En Belgique, le Coq rouge a été fondé en mai par plusieurs écrivains et penseurs qui se sont séparés de la Jeune Belgique.

Le comité de rédaction est composé de Louis Delattre, Eugène Demolder, Georges Eekhoud, Hubert Krains, Maurice Maeterlinck, Francis Nautet, Emile Verhaeren (secrétaire : Longûs, 6, Montagne aux- Herbes-Potagères, Bruxelles). A noter, dans le no 2 : « La patrie des intellectuels », déclaration internationaliste publiée à propos de la récente enquête du Mercure de France, »

Voilà qui est net. Si le Coq rouge n'est pas content, qu'il envoie un démenti aux Temps nouveaux.

Un dernier mot. Le Coq rouge se fait une spécialité d'insulter les écrivains que le ciel a négligé de doter de rentes confortables et qui gagnent leur vie dans la presse quotidienne. Cest d'autant plus étrange que le butor qui a rédigé l'article du Coq rouge dont nous venons de citer des extraits, travaille à gages dans une gazette conservatrice. Nous ne voyons pas l'utilité qu'il trouve à cracher publiquement sur l'argent qu'il empoche. Il oublie, de plus, que la plupart des membres de son comité de rédaction collaborent à des journaux politiques ; M. G. Eekhoud travaille à V Etoile belge, MM. Nautet et Sander Pierron à V Indépendance,

chise qui n'est pas faite pour nous déplaire, car elle donne raison à nos critiques et à nos diagnostics, Lisez ceci :

Barbares ! le beau malheur!

Et en somme pourquoi pas ? Puisque ce vocable ne signifie qu'étranger et qu'il a fallu la sotte suffisance romaine et gauloise pour y attacher un sens défavorable?

Ces barbares, ces étrangers, ils sont nés en Flandre, en Amérique, en Normandie, Dieu sait où ! Le hasard — sobriquet bétc de la grande déesse Nécessité — fit qu'on leur -enseigna, plutôt que tout autre, la langue française. Un jour ils sentirent grouiller des idées sous leur crâne et la volonté leur vint de les objectiver. Mais il se

TROUVA QUE CES IDÉES A EXPRIMER EN LANGUE FRANÇAISE N'ÉTAIENT NULLEMENT FRANÇAISES:

LA LANGUE MATERNELLE MANQUAIT DE BARBA- RIE, c'est- A-DIRE QUE TELLE QUELLE, ELLE ÉTAIT INAPTE A EXPRIMER LEUR ORIGINALITÉ PROPRE.

II nous semble qu'on nous donne raison.

Ces messieurs sont des Hurons, ils se sentent Huroos, ils pensent en Hurons, et ils font ce qu'ils peuvent pour transformer la langue française en langue huronne Ils renient la littérature française et la littérature française les renie, car « la grande déesse Nécessité » n'a pas deux poids et deux mesures.

On voit par les déclarations du Révél de

Gand qu'au mois de mai dernier noU'e ami

Mourzouck ne se trompait guère en mettant

dans le bec du Coq rouge cette profession de

foi:

Te suis un oiaeau du temûr

Fapon, papoae est ma harangue

Et je parle auni le Pied-Noir

Mais lb français n'bst pas va lamgub.

Voici le sonnet que M. Stéphane Mallarmé a rimé par jeu (quel jeu? celui des grandes orgues! î) pour M. Austin de Croze {Figaro du 3 août).

Toute r&me résumée Quand lente nous Vexpirons Dans plusieurs ronds de fumée Abolis en autres ronds

Ohé les barbares! Le Réveil de Gand plaide la cause de la barbarie avec une fran- 1

Atteste quelque cigare Brûlant savamment pour peu " le la cendre se sépare •on clair baiser de feu

Â3nti le chœur dei romancM A ta lèvre vole-t-»l Exclus-en si tu commences Le réel parce que vil

Le sens trop précis rature Ta vague littérature.

Nos chaleureux remerciements au Journal des gens de lettres qui continue vaillammant le bon combat contre les néo-barbares, les faux hommes sauvages et les primitife factices de Técole Verhaeren, Vielé-Griffin etO*.

Dans la Fédération artistique du 4 août, un excellent article de M. Edgard Baes, En voici quelques extraits intéressants :

« Tout d'abord il est nécessaire de se « £iire une idée exacte de Tessence de notre tt art, et de sa constitution primitive, car il u n*est pas né d'une pièce sous la main des « Van Eyck et, comme les autres, il a eu « ses prodromes, son époque élémentaire M de barbarie enfantine ; il est même pro- « bable qu*il en serait resté bien plus longtt temps à des tentatives grossières et frustes « sans le contact de Rome, héritière des « Grecs, puis souveraine religieuse, dont « Texemple a exalté les efforts de nos incultes <c artistes primitifîi ; ils ont puisé en elle, ce comme plus tard nos maîtres de la Ret( naissance, comme Rubens, comme les « classiques élèves de David, l'inspiration, i< le sentiment de l'idéal et même un art C4 tout fiaiit, qu'ils n'ont eu qu'à traduire et a transformer au gré de la nature septen- « trionale

« La civilisation première pénétra d'abord i< dans nos contrées, à la suite des conqué- « rants romains; plus tard, par les efiorts « des pieux missionnaires que l'évêché de u Rome envoya répandre sur notre sol la Ci semence de l'Evangile.

(( Non seulement ils apportaient avec eux Ci un rite nouveau, des cérémonies dont les C4 moindres détails étaient réglés d'avance, ce mais encore un art traditionnel, déjà en u usage depuis plusieurs siècles à Rome et i< dans les grandes villes italiennes, et dont « ils étaient dépositaires pour la plupart, « car les monastères d'Italie étaient de véri- « tables écoles d*art et de sciences de cette (c époque.

« Or^ on ne saurait croire combien un a art acquiert de puissance, de facilité et « de grandeur par l'adjonction dune science

« théorique complètement élaborée^ d'une c< méthode sûre et déjà expérimentée^ de « modèles étudiés et de principes détermi- « nés. Si les artistes sans vocation végètent <c dans le poncif et la copie, celui qui est né « pour produire par lui-même se dégage de « toute entrave après avoir puisé dans « Vétude la certitude, le savoir, l'audace, » Nous recommandons ces considérations aux admirateurs de la barbarie et du moyenâge. Le moyen-âge ne fut qu'une marche pénible et longue, durant des siècles, pour retrouver la perfection de l'art classique.

Les Spillebout ont deux manières de raconter ce qui se passe chez eux ; Tune, sommaire et approxim«tive,le Compte-rendu analytique; l'auire, seule complète et conforme à la pensée des orateurs, les Annales parlementaires. Nous devons avouer que les citations que nous fîmes dans notre dernier numéro ont été empruntées pour la plus grande partie au Compte-rendu ; d'où peutêtre certaines inexactitudes de fond et certaines imperfections de forme. La place nous fait défaut pour reproduire les textes intégraux ; il suffira de cette observation pour engager nos lecteurs à relire aux Annales les discours de MM. Destrée et Demblon.

Ville de Mons. — Le Conseil communal vient de décider l'organisation, dans les salons de PHôtel de ville, d'une Exposition des Beaux-Arts, à l'époque de la kermesse de Tannée i8g6, c'est-à-dire vers la fin du mois de mai prochain.

L'administration communale espère donner au Salon de Mons une sérieuse valeur artistique et elle compte que les artistes beiges et étrangers répondront avec empressement à l'appel qui leur sera adressé incessamment. (Communiqué.)

Dans le Mercure de France de septembre

lire le 3*» acte de César-Antéchrist par M. Alfred Jarry. C'est une fumisterie de •^ haute graisse «*, qui n'est pas exempte de talent. Il y a là une jolie vigueur dans le comique. Les amateurs de sauvagerie ou de barbarie y pourront trouver mieux que des phrases à torticolis et des tirebouchonneries mièvres : c'est de Timagerie brutale, drôle et nette, pas banale du tout.

Mais comment diantre ! ce 3* acte fera-t-il corps avec le premier, qui était tout bonnement absurde? Nous attendons avec curiosité la publication de l'ouvrage entier.

Nous avons reçu de la Havane un roman intitulé Enriqueta Faber par M. Andres Clémente Vazquez.

Cette femme célèbre, née en Suisse, épousa un jeune officier français qui fut tué à Wagram.

Veuve peu de mois après son mariage, affublée du costume masculin, elle étudia la médecine à Paris. Nantie ensuite du diplôme de chirurgien, elle accompagna les troupes impériales dans la campagne de Russie; elle se sauva miraculeusement à la Bérézina ; fut faite prisonnière en Espagne ; passa à la Guadeloupe; vint à Cuba, subit de brillants examens devant la Faculté de Médecine de la Havane et fut nommée, par le gouvernement, délégué de cette faculté à Baracoa où elle épousa canoniquement, toujours, sous les habits d'homme, une demoiselle cubaine. Sa femme laccusa (deux ans après son mariage) de l'avoir trompée ; les tribunaux la condamnèrent du fait de son mariage sacrilège, à la réclusion d'abord et au bannissement ensuite.

Partie fpour la Floride, elle y fit une grande fortune en exerçant la médecine et vint mourir à La Veracruz sous la robe de fille de charité.

Dans ce travail, dit l'auteur, ou plutôt dans cet essai romanesque, j'ai pi*is à tâche de faire passer sous les yeux du lecteur — comme dans un panorama vertigineux — des personnes, des événements, et des mœurs du premier empire napoléonien et

de répoque à laquelle des actes d'une politique libérale ont, pour la première fois, reçu une application à Cuba.

Dans son numéro du 31 juillet ÏArtmo derne a publié un article sur <c le théâtre hiératique » où Ton peut lire (enfin !) quelques remarques judicieuses. Nous nous faisons un plaisir de les reproduire.

Parlant des personnages des tragédies antiques, l'auteur apprécie ainsi leurs discours :

« Leur dominante, ce n'est pas la conversation vive, courte, animée, dialoguée à outrance, du théâtre contemporain, considérée, elle aussi, comme une condition de vie et d intérêt pour la pièce, c'est la tirade, oui la tirade tenue aujourd'hui pourodieusc.

Et, qui pire est, la tirade philosophique, abondante en maximes, en aphorisnies, en vers qu'on peut détacher pour en faire une règle, un conseil, un proverbe, un lapidaire souvenir.

« Eschyle, Sophocle, Euripide traitent ainsi les plus hauts problèmes concernant les hommes, les dieux, le monde, l'existence, l'âme. Leurs tragédies ont un aspect grandiose de leçons morales, divines et humaines. Ce sont de profonds historiens, des philosophes méditatifs, des croyants et des apôires. Ah! que leurs exposés religieux, politiques, métaphysiques sont loin des caquetages de ces pièces à thèse auxquelles l'ingéniosité de Dumas fils a donné un temps quelque faveur et qui sont désormais si complètement coulées à fond, ayant entraîné avec elles, dans les abîmes, le système lui-même que l'antiquité avait autrement compris et qui peut être renouvelé, nous le croyons. »

Et plus loin on lit ces intéressantes considérations :

<c La vie moderne, pour nous, nations de descendance aryenne, a pris une complication que la Grèce ignorait quoiqu'elle fût notre directe ancêire, motif pour lequel elle demeure notre inspiratrice de prédilection et nous incline à retourner à ses merveilleux souvenirs avec un entêtement indestructible. Tous les problèmes que les grands tragiques traitaient devant le peuple existent encore pour nous et existeront toujours, mais en des proportions et sous des aspects bien différents. Les cerveaux de notre race, qui alors apparaissaient en une si belle simplicité marmoréenne, coupés à larges pans et dessinés en quelques fermes

lignes, sont aujourd'hui des organes à mille facettes et effraient par le lacis et l'enchevêtrement de leur dessin. Comme les Grecs nous avons besoin que le génie vienne mettre de Tordre dans ce fouillis en extrayant du chaos des ombres les vérités primordiales et en nous les montrant dans leur force, leur majesté en pleine clarté».

VArt moderne a relu Eschyle, comme il Tannonçait à ses lecteurs le 14 juillet; ça lui a fait du bien.

Voici le passage du récent discours académique de M. Coppée qui a provoqué un si vif émoi dans le camp des Kamchatka :

On ne sait quel vent d'est, chargé de brume germanique, a soufflé sur un groupe de poètes récents. Us produisent fort peu ; mais la poésie de demain, la poésie de tout à l'heure, qu'ils annoncent par de nombreux , oracles, ne sera plus, à les en croire, qu'une musique confuse où quelques initiés pourront seuls entrevoir des symboles obscurs.

Ces jeunes gens se montrent particulièrement sévères pour les Parnassiens, qui, restés fidèles à la tradhion française, avaient la modeste ambition d'exprimer clairement leur pensée. On m'assure que l'absolue perfection de votre œuvre a trouvé çrâce devant ces esthètes impitoyables. Mais ils montrent, à l'égard de quelques-uns de vos contemporains, la férocité des peuplades sauvages envers les vieillards encombrants. Ces mœurs de Caraïbes littéraires nous étonnent un peu, nous qui avions, dans notre jeunesse, le respect de nos maîtres et de nos anciens.

Cependant ayons de l'indulgence. La jeunesse, même quand elle est violente et injuste, n'a jamais tout à fait tort. Puisset-il sortir, de cette agitation, une œuvre Traiment originale et belle. Nous Tappiaudirons de tout notre cœur. 11 est vrai que nous l'attendons depuis de longues années déjà. Mais elle surgira, n'en doutez pas, et alors, — s'il faut dire toute ma pensée, — nous nous apercevrons qu'elle ne sera pas très sensiblement différente , quant à la forme, des poèmes d'hier et d'aujourd'hui.

H n'y a jamais, en art, de brutale révolution. Une forme ne se substitue pas brusquement à une autre comme le chemin de fer aux pataches et le télégraphe à la petite poste. L'évolution — car, en pareille ma tière, le mot progrès serait une hérésie — se fait lentement, par nuances légères. Nous

serons éblouis, dans le chef-d'œuvre poétique qui triomphera demain, — ou plus tard, — par la nouveauté de Tinspiration.

Mais je suis bien tranquille, nous n'y trouverons ni rythme boiteux, ni vagues assonances. Le poète aura pu, je le veux bien, assouplir et perfectionner quelque peu le vieux et admirable outil que nous a légué le xvi« siècle; mais ses beaux vers ressembleront à tous les beaux vers, et auront quand même bien des traits de parenté avec ceux de Ronsard, de Malherbe, de Chénier et de Victor Hugo.

Est-ce un émUle de la célèbre Oona Fcrentes? On sait que M. Emile Verhaeren est l'un des trois rédacteurs en chef de VArt moderne. Or, ce bienheureux Art moderne découpe dans le Gi! Bios et reproduit sans faire la moindre réserve, un article où M. de Souza nous apprend que M. Emile Verhaeren est un Espagnol. Un Espagnol des Flandres, il est vrai.: don Emilio Verhaerens de Santo Amando lez Puers I...

Voici ce précieux document, où se trouvent d'ailleurs gratitiés d'une guitare quelques poètes qui jusqu'ici s'étaient modestement contentés de leur lyre :

<( Il faut saluer en Francis Vielé-Grifhn, Américain à la fois nordiste et sudiste, un de nos plus purs poètts français.

« Ce ne sont pas ses aînés qui Teussent contesté. On sait qu'il n'^ eut guère dans ce siècle en France que trois poètes français :

Lamartine, Musset, Vigny. Hugo fut le grand Espagnol, père, grand-père et arrièregrand-père d'une nombreuse descendance non moins espagnole. Qu'on suive la lignée :

Gautier, le Castillan fier et magnifique ; Banville, l'Andaloux sémillant et flamboyant; Baudelaire, TAragonais concentré, taciturne, cruel. Puis les coloniaux : Leconte de Lisle, de souche castillane comme Gautier, mais plus solennel et d'une fierté qu'on sait orgueilleuse d'avoir passé la Cl ligne » ; Léon Dierx, de souche murcienne, c'est-à-dire indolent et le rêve amolli par la chaleur du Capricorne; enfin, José- Maria de Heredia, qui, pour mieux affirmer cette intellectuelle descendance, a tenu d'abord à être Espagnol de chair et de sang y et qui, en conquistador de la famille, représente le triomphe de l'Espagne tropicale.

« Ce ne sont pas non plus ceux de sa génération qui contesteront à Francis Vielé- Griffin Ja qualité de Français Ce ne sera ni Emile Verhaeren, qui est un Espagnol des Flandres, ni Henri de Régnier, qui, bien que natif de cette contrée éminemment française dénommée jadis la Thiérache, est, avant tout, un Anglo-Espagnol des lies Barbades, se souvenant des côtes de Cuba aux bords du lac de Windermere. Ce ne sera pas non plus, comme on le verra, Saint-Pol- Roux, qui n'est plus Espagnol, mais Mexicain ; Papadiamantopoulo et ses fidèles de la ligue « moréatique », qui sont Grecs et font de la Grèce une Macédoine; Stuart Merril, le poète joailler, évidemment Newyorkais; Gustave Kahn, Oriental germanisé; Albert Mockel, Adolpe Retté, A.-Ferdinand Hérold, dont les imaginations habitent différents points de la frontière allemande.

« Tous — et j'en oublie — constateront, sans que cet aveu soit le moins du monde un blâme pour la nationalité de leur esprit, que Francis Vielé-Griflfin est, entre tous, le plus pur, le SEUL poète français. »

M. de Souza est un joyeux fumiste. Son Baudelaire d^Aragon, — Pierre-Charles le Cruel I — son Banville l'Andaloux, l'Espagnol des Flandres et le mirifique Anglo- Espagnol des Barbades se trouvent ainsi munis d'actes de naturalisation qui feraient envie au célèbre pochard à qui Ton doit cette déclaration : a Je suis soûl, donc Po-

lonais ! » Admirons aussi l'espagnolification de Leçon te de Lisie, qui était un créole de souche bretonne.

Parmi les Espagnols créés par M. de Souza il y a peut-être quelques vaches....

N'insistons pas I

Et inclinons-nous devont le SEUL, l'archiseul, le seul entre les seuls, le toujours plus seul poète français, qui est un Américain mi-parti, à la fois sudiste et nordiste: le monopoète, l'épipoète, l'unicelteet Tomnigalle F. V. G. !

Ah i Grifiin c'est Le seul Français !

Adieu fiston.

Lui dit Boston.

L'Alleghany L'a donc banni ?

Philadelphie Ijc certifie Et Baltimore Fait pis encore.

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