‹ La jeune Belgique [microform]Chapitre 196 sur 215 · DEUX SONNETS CRUELS · texte numérisé non relu

DEUX SONNETS CRUELS

Tes baisers ennuyés ont un goût de métal.

Tes lèvres ont le froid de ton âme sceptique, La factice langueur de ton œil magnétique Cache la profondeur de ton mépris brutal.

Mais ce mépris m'est cher, car ton regard vénal Ne me peut dérober, dans Vétreinte erotique, La révolte des nerfs sous ta chair élastique Et le dégoût haineux sous ton rire banal.

Il me plaît de te voir dans ta honte accablée. De goûter le frisson de ta caresse onglée, De humer la farouche odeur que tu répands;

Il me plaît de sentir ton corps vendu se tordre.

D'exaspérer V injure en tes regards coupants.

Et de baiser, vainqueur, la bouche qui veut mordre.

Les cernes violets de tes grands jreux luisants Racontent les baisers subis dans les nuits louches. Les marchés pleins d'ennui sur le hasard des couches, U attente aux soirs glacés des moroses passants.

Oh! les douleurs du froide les refus méprisants. L'hôtel douteux rempli de souvenirs farouches, La rencontre lassée et haineuse des bouches.

Et les réveils navrés des amours complaisants.

Mais lorsque délivrée enfin de ton supplice Le jour béni viendra d'une mort rédemptrice.

Forte de ton dégoût et de ton long ennui.

Vers Dieu tu vomiras un blasphème tragique

Et le monde entendra, comme un chant symbolique,

La clameur de ta haine épouvanter la nuit.

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