LES RUCHES
Avec un bruit pareil à celui des marées^ Sous la virginité florale des pruniers, Chuchotent, sourdement, les ruches affairées Où bourdonnent sans fin des f redons coutumiers.
Autour des vieux ruchers, mille graves abeilles, Portant l'âme des fleurs, hâtent leur vol nerveux. Tout près, les pruniers blancs effeuillent leurs corbeilles Sur le malade enfant qui repose sous eux.
Couché dans son fauteuil, il rêve de gambades Quand ses pieds affaiblis pourront le soutenir : Son œil chante au plaisir ses premières aubades! ... L'enfant regarde les abeilles revenir;
Il devine le miel dans le parfum que laisse Après lui chaque insecte en son vol musical : Il voudrait y goûter.,, mais il sent sa faiblesse Et ne sait que humer le parfum amical!
— Tel, aussi, mon esprit est une ruche active D'où sortent mes pensers bourdonnant sous le ciel : Je ne puis les dompter, tant ma force est chétive. Mais chacun de mes vers fleure un peu de leur miel!
Charles Viane
VERS