LE CHIEN MORT
Nous étions tous les deux dans le jardin où pousse
La violette au bord de l'eau.
Et la main dans la mnin, sur l'étroit banc de mousse
Nous regardions le clair ruisseau.
Car les eaux en chantant coulaient resplendissantes Aux rayons du grand soleil d'or...
Sur un lit de gazon, parmi les fleurs brillantes. Devant nous gisait un chien mort.
Les bousiers d'azur, avec les mouches vertes. Fourmillaient sur l'amas gluant;
Le crâne était broyé, les entrailles ouvertes. Le ventre suintait, béant.
Le sang s'était caillé dans les poils de la bcte.
Coagulés en noirs grumeaux.
Et l'odeur de la mort noua montait à la tète
Pénétrant, acre, en nos cerveaux...
J'entourai de mon bras sa taille bicn-aimée,
Aussi flexible que les joncs.
Et vers moi se pencha sa tête parfumée.
Qui m'inonda de cheveux blonds...
Regarde, dis-ie alors, comme en cette carcasse.
En ce chicu mort liquéfié, Un monde tout entier va, vient, passe et repasse,
Multicolore et varié!
Dans CCS orbites creux, entre cc^t crocs fétides. Vois, par ce printemps radieux.
Le rendez- vous d'amour des cloportes avides Et des charançons noirs et bleus.
Los mouches A charbon, lustrant leurs fines ailes, Pompent & deux les boyaux mous;
Regarde, les vols-tu. mâles avec femelles?
Cest partout l'amour; aimons-nous!...
Ma beauté regarda les insectes sans nombre, Kougit et baissa ses yeux bleus.
Et, cherchant le mystère, au fond du grand bois sombre Nous disparûmes tous les deux.
— Signalons, pour terminer, le copieux numéro du Réveil (janvier) qui publie la traduction de Novalis de Maeterlinck, des sonnets d*André Fontainas, et de la prose rythmée de Cli. Van Lerbcrghe qui nous fait de plus en plus regretter son silence.
Dans ce même numéro nous trouvons une lettre stupéfiante d'Albert Mockcl, faisant la cour au prix quinquennal en la personne de MM. Fréderix, Doutreponi et Wilmotie.
tt Je vais défendre Gustave Fréderix, écrit le naïf trouvère de Pierreuse », et il continue :
« Oui, Gustave Fréderix. Il a été voué aux bêtes à propos de la Princesse Maleine; mais en vérité, les bêtes c'était nous. »
Si M. Mockel parle au pluriel, c'est sans doute qu'il se croit, comme René Ghil, un Dieu en trois personnes.
M. Mockel aura beau s'en défendre; faire l'éloge, à propos d'un prix ofiBciel, des messieurs chargés de distribuer les quelques billets de mille du gouvernement, ressemble à la flatterie papelarde d'un solliciteur.
M .Friche s'est d'ailleurs chargé de répon-
dre en un mot aux éloges de M. Mockel.
Si ces messieurs, ccrit-il, sont incapables de juger la littérature contemporaine, pourquoi accepter ces fonctions?
Voilà donc où en est aujourd'hui la dignité, la fierté de nos écrivains! Ils se sont transformés en quémandeurs ou en courtisans.
Ils évalueront bientôt leurs oeuvres, comme ces mercenaires qu'ils font semblant de mépriser si fort. Ils bazarderont leur sincérité pour quelques pièces de cent sous.
Mais la Jeune Belgique^ du moins, continuera à défendre sa littérature contre tout contrôle oflBciel et à rappeler aux jeunes écrivains le souci de leur liberté. Elle réclame aujourd'hui ce qu'elle n'a cessé de réclamer : la suppression de tous les prix, subsides, encouragements, etc. etc.
Que l'on biffe le poste des belles-lettres du -budget des Beaux- Arts. Nous ne faisons pas de la littérature pour de l'argent.
Bulletin bibliographique :
H. de Nimal. — Vingt-cinq lettres inédites du peintre Navez.
Fr. Coppée. — Contes tout simples.
H. Lavedan. — Les Marionnettes.
E. Lmtilhac. — Les Félibres,
J. Sévreite. — Coriolan, par W. Shakespeare.
A. Soubies. — La Comédie française depuis Vépoque romantique,
A. Bouillct. — Le Jugement dernier dans Vart aux dou^e premiers siècles.
G. Larroumet. — Meissonier.
H. Peiitier. — Etude sur les Erinnyes de Leçon te de Liste.
Rav Nyst. — Un Prophète,
G. Veyrat. —La Caricature à travers les siècles.
R. Wagner. — Tristan et Yseult; traduction par Max Lyon.
J. Lorrain. — Sensations et Souvenirs.
G. Mendès. — La Grive des vignes.
J. Péladan. — Babylone.
A. Strindberg. — Plaidoyer d^unfou.