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LE BUDGET DES BEAUX-ARTS

|e budget des beaux-arts provoquera cette année, nous dit-on, des discours intéressants. Tant mieux !

Nous profitons de l'occasion pour rappeler en peu de mots les idées que nous n'avons cessé de professer.

Occupons-nous seulement de la littérature. En principe, la Jeune Belgique est hostile à l'intervention directe de l'État. Chaque fois que l'occasion s'est présentée, elle a préconisé l'abolition des prix et des concours officiels, qu'elle croit plus nuisibles qu'utiles au développement de l'art littéraire.

La littérature doit être libre ; les plus beaux talents, surtout dans leur jeunesse, sont volontiers frondeurs et rebelles à mille choses que l'État vénère professionnellement. Trop de conservatisme d'une part, peut-être, et trop de révolte d'autre part ; peu importe ! Ce qu'il faut constater, c'est le conflit, qui expose l'État à patronner de préférence des sénilités médiocres et les écrivains à confondre leurs intérêts avec une vague anarchie. Ne mettons point Pégase sous le joug ; n'imposons point à la littérature un palmarès officiel. L'État constitutionnel, machine impersonnelle et aveugle, ne pourra jamais jouer le même rôle qu'un prince éclairé et ami des lettres.

Mais n'exagérons rien non plus. Il est certain que les récompenses officielles, si elles prêtent souvent aux critiques et parfois au ridicule, ne sont point d'effroyables monstres capables de broyer la littérature belge dans leurs mâchoires Nous avons brisé leur force avec l'autorité qu'on leur attribuait et elles sont aujourd'hui presque inoffensives. Elles étaient jadis dangereuses, elles ne sont plus guère qu'inutiles. Félicitons-nous-en et si l'État

tient absolument à les conserver, gardons notfe bile pour des sujets plus sérieux.

L'État pourrait rendre un très grand service aux écrivains belges s'il voulait bien favoriser la consommation de nos livres par des moyens qu'il lui est facile de mettre en œuvre. Voici ce que nous écrivions en 1891 (Jeune Belgique, t. X, 1891, p. 358): « Pour la littérature, âidez-la à con- « quérir le grand public français, puisque c'est en français que nousicri- « vons. Supprimez les prix et les récompenses et avec cet argent-là subsi- « diez une librairie à Paris, une LIBRAIRIE BELGE, grandement établie, « qui vendra exclusivement les livres — tous les livres, quels qu'ils soient « — édités en Belgique. Quinze ou vingt mille francs par an feraient « l'^afiFaire et grâce à ce, secours qui .n'humiliera personne,, car ce n'est pas « l'artiste que vous protégerez, mais son art même, — vous aiderez effica- « cément la littérature belge à conquérir sa place au soleil.

« Et que s'il y a des écrivains vraiment nécessiteux, subsidiez-les en « secret, comme on fait pour tant d'autres gens. Cela ne nous regarde pas, « cela ne regarde personne ; l'État a le droit, s'il lui convient, d'être « charitable même envers un poète ou un prosateur. »

Nos opinions n'ont point changé.

Il y a autre chose encore. L'État dispose d'un certain nombre de fonctions et de places, où la besogne à faire n'est pas très considérable, mais dont les titulaires doivent être des honmies possédant une certaine instruction et une certaine éducation ; tels sont, par exemple, les fonctionnaires attachés aux musées, à la bibliothèque royale et à diverses institutions analogues; tels sont encore certains fonctionnaires de l'ordre administratif. Que l'État, s'il veut accorder une petite rente et quelques loisirs à des écrivains peu fortunés, leur confère ces fonctions : il méritera leur gratitude et l'approbation du public.

Et, pour le reste, nous nous en tenons à notre programme : Pas d'intervention de rÉtat ! Pas de protectionnisme littéraire !

ODELETTES PAÏENNES

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