‹ La jeune Belgique [microform]Chapitre 72 sur 215 · A REINE · texte numérisé non relu

A REINE

Je sais que nous devons mourir; Je sais que la vie est un vain désir ;

Je sais que l'homme n'a qu'une heure Et qu'il faut aussi que la terre meure;

Je sais qtie le brûlant soleil Ira^ dépouillé de son feu vermeil^

Sombre et morne globe de glace^ Se briser sur un astre dans l'espace;

Je sais que tous les millions D'étoiles et de constellations

Qui tombent dans la nuit profonde^ Roulent sans répit vers la fin du monde

Et qu'en l'horrible immensité Seule régnera l'immobilité.

Mort suprême de la nature.

Qu'importCy ô mon coeur? La brise murmure.

Parmi les rosiers éclatants Les jeunes baisers chantent le printemps

Et les lys d'eau sur la rivière Parfument d'amour l'onde et la lumière.

Reine^ que le frêle bateau Berce notre rêve en glissant sur Feaul

Le feuillage indécis des saules Effleure parfois tes blanches épaules.

Où parfois comme un diamant Une goutte d'eau roule indolemment

Quand j'ai mal relevé la rame.

Qu'un plaisir léger suffise à notre âme!.

Il est doux, rinstant de bonheur Qui cueille, en passant, une fraîche /leur !

A ALBERT CHAPAUX

Les deux bienveillants^ dans leur munificence, Albert^ font comblé de leurs dons les plus doux. La fière beauté de ton adolescence Fit mille jaloux.

Parmi les soldats si ta rose jeunesse Connut les jeux fous du vin et des amours.

Tu riimitas point ceux de qui la paresse Dévore les jours.

Tes loisirs lettrés ont célébré la gloire D'un roi pacifique et pourtant conquérant Et notre petit pays qui dans l'histoire Bientôt sera grand.

Ton livre décrit les guerres dangereuses Au continent noir arrachant ses secrets, Les nègres fuyant sur leurs pirogues creuses Et dans leurs forêts.

L'éléphant traqué dans les herbes immenses.

Le tambour de guerre éclatant dans la nuit Et le vin de palme, et les cris et les danses Quun massacre suit.

Maint jeune héros te doit sa jeune gloire.

Nos adolescents en lisant leurs combats Brûleront comme eux de forcer la victoire Au seuil dm iripas.

Et le noble effort d'un prince magnanime Reçoit de ta main le laurier mérité Que lui réservait dans l'avenir sublime La postérité.

A VALÈRE GILLË

Que faire t Le nombre des fous Est infini^ dit FÉvangile.

Ah^ malheur! Misère de nous^ Valère Gille!

Prose hystérique et vers déments^ Discours gâteux et chaotiques^ J'entends partout des hurlements D'épileptiques,

Viens^ ami^ fuyons leurs sabbats !

Laissons les fous à leur marotte Et n'imitons point les combats De don Quichotte.

Sous la treille^ au fond du jardin Que parfument des fleurs vermeilles^ Fais apporter dès le matin Quelques bouteilles.

Cueillons^ pour fêter la beauté^ La fraîcheur divine des roses Et buvons à notre santé, Loin des névroses.

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